A tous ceux qui ne me lisent pas – Film de Yan Giroux

Premier long métrage de fiction de Yan Giroux, À tous ceux qui ne me lisent pas s’inspire librement d’une partie de la vie du poète québécois Yves Boisvert.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=B2LafuwLK20

À tous ceux qui ne me lisent pas est un drame biographique réalisé par Yan Giroux qui s’inspire librement d’une partie de la vie du poète québécois Yves Boisvert. Giroux s’est fait connaître avec ses courts métrages Surveillant (2011), Mi niña mi vida (2013), tous deux sélectionnés à Sundance, et plus récemment avec Lost Paradise Lost (2017). Le cinéaste a également réalisé des longs métrages documentaires, ainsi que des vidéoclips et des publicités.

À tous ceux qui ne me lisent pas est coécrit par Yan Giroux, avec l’auteur et dramaturge Guillaume Corbeil, connu principalement pour ses pièces de théâtre Unité modèle (2016), Tu iras la chercher (2014) et Cinq visages pour Camille Brunelle (2013). Il signe ici son premier long métrage.

Le titre de travail du film était: Les chaouins.

Entrevue avec les auteurs

Le poète Yves Boisvert a eu une carrière foisonnante avec plus d’une trentaine d’oeuvres sur une période de 35 ans. Quelle a été votre porte d’entrée dans son univers littéraire?

Yan – Yves, je l’ai rencontré quand j’étais adolescent. Il sortait avec la mère de ma première copine. Je commençais à écrire des poèmes, je lisais du Nelligan, du Rimbaud à l’école, mais je n’avais pas eu de liens concrets avec la poésie contemporaine. En côtoyant cette jeune fille, je suis entré en contact avec sa mère (qui a inspiré la Dyane du film) et Yves Boisvert. Quand j‘allais chez eux, on sentait une vie plus bohème que ce à quoi j’étais habitué : de la bière, des cigarettes, des notes partout sur la table de cuisine… c’était fascinant. Puis, je me suis mis à lire certains de ses livres et il est devenu le plus grand poète du Québec dans mes yeux d’adolescent. J’ai compris en vieillissant la place marginale qu’occupe la poésie… mais sa quête de liberté a continué à m’habiter.

Guillaume – Quand Yan m’a demandé d’écrire le film avec lui, j’ai été parachuté dans l’oeuvre de Boisvert. J’ai tout de suite été ébloui par son style, par sa manière de se faire côtoyer, souvent dans une même phrase, un appel aux astres puis à une tondeuse à gazon. Il injecte du sublime dans ce que d’autres ne prendraient même pas la peine de regarder.

Yan – Maintenant je gagne ma vie en publicité, et forcément dans ce milieu nous ne faisons pas toujours des choix qui sont en accord avec nos idées les plus pures. À mes yeux, Yves est toujours resté l’incarnation de cet idéal d’intégrité artistique. Il valorisait la création comme moyen de laisser une trace de son passage, d’intervenir sur le monde

C’était important pour vous de favoriser les évocations d’Yves Boisvert, ce qu’il reste de lui, plutôt que de miser sur son réel?

Yan – Au départ, j’avais souhaité faire un documentaire. Yves était malade et je voulais archiver sa parole, faire le point avec lui sur une vie sans compromis. Mais la maladie était trop avancée et il est malheureusement décédé avant que je puisse le revoir. Il a tout de même rédigé quelques notes à mon attention, des points marquants de son parcours que j’ai tenté d’inclure dans la fiction.

Pendant plusieurs mois, Guillaume et moi avons échangé sur les idées, les images fortes, la construction du récit. Comment résumer une vie en un film? C’est éventuellement grâce à Guillaume que j’ai compris que les faits importaient peu pour rendre hommage à cet homme. L’essentiel était de respecter sa personnalité, son engagement, quitte à prendre certaines libertés par rapport à sa vie réelle pour que le spectateur soit intéressé, touché par un poète qu’il ne connait pas.

Guillaume – C’est drôle, car nous étions aux antipodes, Yan et moi nous nous complétions. Yan était toujours attaché au vrai, tandis que j’étais toujours celui qui s’en méfiait. Les morceaux du casse-tête se sont placés quand je me suis dit: « Si ce projet existe, c’est que ce poète a eu un impact sur la vie de Yan. » Le film devait parler de ça, de la transmission.

Quand on pense à la poésie québécoise, les premiers noms qui nous viennent en tête sont ceux de Nelligan, Miron, Godin. Espérez-vous que les spectateurs de votre film redécouvrent les écrits de ce géant méconnu de notre poésie?

Guillaume – On l’espère, même si on ne peut présumer l’impact que le film aura. Mais je pense que le plus grand succès que pourrait connaître le film, ce serait d’amener les gens à s’ouvrir à d’autres poètes, à lire par exemple les textes de Queen Ka ou de J-F Nadeau que l’on voit dans le film, sinon d’Hélène Monette. Qu’ils aillent à la bibliothèque et partent de là ne serait-ce qu’avec un recueil de poésie. Oui, on veut honorer la mémoire d’Yves Boisvert, mais on veut aussi, et je dirais surtout, célébrer tous ces héros littéraires dans sa lignée.

Yan – La poésie résiste en détournant le langage, alors j’espère que cette attitude sera transmise par le film. Ce refus de l’utile et de la fonction, cette envie de déconstruire le réel. De défaire le monde, pour le refaire à sa façon.

L’entrevue ci-dessus est extraite du dossier de presse de À tous ceux qui ne me lisent pas fourni par Les Films Christal – Propos recueillis par Daniel Racine.

Biographie Yves Boisvert

Le poète Yves Boisvert tenant dans la main une grenouilleNé à L’Avenir dans le Centre-du-Québec en 1950 et décédé à Sherbrooke en 2012, Yves Boisvert a signé, depuis les années 70, une trentaine de publications. Ses oeuvres se situent à mi-chemin entre réalisme et surréalisme, tout près de l’oralité et du quotidien, et font l’analyse et la critique sociale du Québec actuel, mais aussi du monde. Plusieurs de ses écrits ont été traduits en anglais, en espagnol et même en roumain. En 1985, il participe à la naissance du Festival international de la poésie de Trois-Rivières notamment avec la création de la Promenade de la poésie, qui déploie les mots d’auteurs québécois sur les murs de la ville. Il récolte plusieurs reconnaissances tout au long de sa carrière, dont le prix littéraire du Journal de Montréal en 1988 pour Gardez tout et le prix Félix-Antoine-Savard en 2003 pour l’ensemble de son oeuvre, en plus d’être finaliste pour le Prix du Gouverneur général en 1992 pour La balance du vent. Peu avant sa mort, il reçoit le Prix à la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec pour la région de l’Estrie, où il vivait depuis plusieurs années. Cet honneur souligne « le parcours impressionnant de ce grand poète et l’importance de son oeuvre pour la littérature québécoise ». Une des oeuvres les plus marquantes d’Yves Boisvert est la trilogie-triptyque Cultures périphériques (Les Chaouins, La pensée niaiseuse, Mélanie Saint-Laurent) conçue en tandem avec l’artiste visuelle Dyane Gagnon.

Biographie d’Yves Boisvert extraite du dossier de presse de À tous ceux qui ne me lisent pas fourni par Les Films Christal

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