Amanita Pestilens – Film de René Bonnière

Second long métrage de fiction québécois à être tourné en couleurs, Amanita Pestilens de René Bonnière est un film à part dans la cinématographie québécoise qui n’est plus disponible qu’en version 35mm. Il s’agit d’une des rares productions de fiction de la Crawley Films, compagnie canadienne indépendante.

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Comédie fantaisiste réalisée par René Bonnière, Amanita Pestilens est un film à part dans la cinématographie québécoise. Le film fut produit en 1962 par la Crawley Films, l’une des rares compagnies privées québécoises à cette époque dont les studios étaient basés jusque dans les années 80 à Chelsea, en Outaouais. Fondée à la fin des années trente par F.R. « Budge » Crawley et sa femme, la Crawley Film s’était tourné vers la fiction au début des années soixante en signant aussi The Luck of Ginger Coffey (1964). Crawley obtiendra une récompense de taille en 1975 en remportant l’Oscar du meilleur documentaire pour The Man Who Skied down Everest, une coproduction avec le Japon.

On cite souvent les images en couleurs de Amanita Pestilens pour le distinguer. Il s’agit en effet du second long-métrage de fiction tourné en couleurs au Québec, après Étienne Brûlé, gibier de potence, réalisé 10 ans plus tôt. Il ne faudrait toutefois pas oublier son tournage dans les deux langues officielles canadiennes avec la même distribution, ce qui est plutôt rare, ainsi qu’une une présentation au Festival International du film de Berlin en 1965.

Malgré cette sélection et une diffusion sur les télés allemandes, cette œuvre bien particulière n’eut jamais de sortie en salles. Car au-delà de ses spécificités techniques, c’est par son approche cinématographique décalée qu’Amanita Pestilens se distingue de ses congénères. Satire de la vie de banlieue à l’orée des années 60, le film montre le délire obsessionnel d’un père de famille, obsédé par la netteté de son gazon. Coincée entre comédie noire, satire sociale et chronique familiale, le film ne correspond en rien au cinéma québécois d’alors, largement formaté par les codes du cinéma direct. Ceci pourrait expliquer pourquoi le film ne reçut aucun echo auprès des distributeurs québécois.

Autre caractéristique d’Amanita Pestilens, sa distribution hétéroclite, faisant côtoyer Jacques Labrecque le folkloriste numéro un du Québec (l’une de ses rares apparitions au grand écran) avec la grande comédienne Huguette Oligny. Geneviève Bujold, alors âgée de 20 ans, obtient ici son premier rôle important au cinéma, tandis que le reste de la distribution comprend plusieurs visages familiers tels que ceux de J.-Léo Gagnon, de Denise Bombardier ou de Jean-Louis Millette.

Présenté à de rares reprises sur grand écran (Musée de la Civilisation en janvier 2012 et Cinémathèque québécoise en octobre 2014), le film est actuellement indisponible dans tous les formats de diffusion privée (VHS, DVD ou fichier numérique). Les bobines originales sont conservées dans les voutes de Bibliothèque et Archives Canada.

Dans le livre Vingt ans de cinéma au Canada français, Robert Daudelin précise à propos du film : Comédie de mœurs tournée à Montréal et en banlieue, Amanita Pestilens est une aventure malheureuse dans la carrière souvent intéressante de René Bonnière ; interprété par des comédiens mal habilités aux exigences du cinéma, handicapé par un scénario faiblard et des dialogues de patronage, c’est le type même de l’expérience ratée sans aucune chance de rachat. Dans l’histoire du long métrage canadien, Amanita Pestilens est un triste souvenir ; dans la carrière de René Bonnière aussi.

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