Coeur au poing, Le – Film de Charles Binamé

Réalisé par Charles Binamé en 1997, Le coeur au poing est le second volet d’une trilogie sur la solitude urbaine entamée trois ans plus tôt avec Eldorado et qui se poursuivra avec La beauté de Pandore, en 2000.

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Image de Pascale Montpetit et Guy Nadon dans Le coeur au poing de Charles Binamé

Pascale Montpetit et Guy Nadon dans Le coeur au poing de Charles Binamé (image extraite du film (capture VHS) – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Réalisé par Charles Binamé en 1997, Le coeur au poing est le second volet d’une trilogie sur la solitude urbaine entamée trois ans plus tôt avec Eldorado et qui se poursuivra avec La beauté de Pandore, en 2000.

Une heure où tu peux te servir de moi comme tu veux. C’est en ces mots que Louise, qui se fait appeler Rose, aborde des passants dans la rue afin de les inviter à passer une heure avec eux, en toute liberté, sans tabous ni contraintes. Ce laps de temps, aussi court soit-il, est pour elle une tentative – désespérée – de « rejoindre les autres », de trouver un sens à sa propre existence à travers leurs regards, leurs mots et leurs souffrances.

Laissant place à l’improvisation, ce drame existentiel ambitieux s’appuie principalement sur une suite de rencontres disparates qui glissent rapidement à l’écran sans jamais se rejoindre. En parallèle à cette mosaïque de moments éphémères, volés au temps qui passe, le récit retrouve une structure plus conventionnelle en montrant des attaches épisodiques mais plus concrètes que Louise entretient avec sa soeur ou son amant. Plusieurs sujets abordés ici (solitude, amour impossible, urgence de vivre…) rappellent ceux déjà évoqués dans Eldorado, avec moins de ferveur toutefois et une dose de morosité ambiante plus évidente. Élément clé de l’intrigue, la ville de Montréal est montrée sous plusieurs angles, avec ses coins emblématiques tels que le Plateau Mont-Royal, le pont Jacques Cartier ou le Stade Olympique.

Présenté en clôture des Rendez-vous du cinéma québécois, le 15 mars 1998, Le coeur au poing avait remporté deux Jutra pour les comédiennes Pascale Montpetit (meilleure actrice) et Anne-Marie Cadieux (meilleure actrice de soutien).

Lors des étapes de préparation, le film s’est appelé Vivre! et La folle envie de vivre ; il tire son titre final de « J’ai mon coeur au poing. Comme un faucon aveugle », un vers de Le tombeau des rois, recueil de poèmes d’Anne Hébert.

Image de Pascale Montpetit et Anne-Marie Cadieux dans Le coeur au poing de Charles Binamé

Pascale Montpetit et Anne-Marie Cadieux dans Le coeur au poing de Charles Binamé (image extraite du film (capture VHS) – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Mot du réalisateur

À l’origine, il y a dans Le Cœur au poing un personnage qui s’appelle Louise, un jeu avec lequel elle va aller à la rencontre du monde et d’elle-même, et les thèmes de la solitude et de l’isolement dans une ville qui est aussi une île… Cette proposition-là, faite à Monique Proulx, était une invitation à se joindre à un collectif de création ayant pour fondement l’exploration par l’improvisation.

Dans un premier temps, nous avons débuté par un large ratissage, sans les acteurs, de tout ce qui nous semblait pertinent à la proposition de base et à la manière de l’incarner dans les personnages. Puis en trouver d’autres, explorer leurs origines, leurs ressorts dramatiques et leur pertinence pour le récit. C’est sur ce squelette qu’ont débuté, à intervalles réguliers, environ quatre mois d’ateliers avec les acteurs clés du film.

Monique Proulx y était présente, tout d’abord comme observatrice de tout le matériau excavé en vrac par un travail d’improvisation sur le passé émotif des personnages, puis de plus en plus participante à mesure que s’affinait le regard. À partir des improvisations dont elle traduisait l’esprit et dont elle saisissait un fragment ou une « étincelle », elle construisait des dialogues qui étaient soumis aux ateliers suivants pour être vérifiés dans leur contenu et dans leur forme.

Ainsi, l’ensemble de la mise en scénario avançait, une sorte d’écriture « dans la chair » des acteurs, accompagnée à étapes d’un travail à la table qui nous amenait tous les deux à modifier continuellement notre matière, enrichie à chaque séance par les ajouts, les découvertes, la mise en commun de tous ces éclatements, de ce continuel brassage d’idées et d’émotions. Un « work-in-progress » qui n’a trouvé son véritable aboutissement qu’au dernier jour de tournage.

Extrait du dossier de presse

Image de Pascale Montpetit et Guylaine Tremblay dans Le coeur au poing de Charles Binamé

Pascale Montpetit (g.) et Guylaine Tremblay (d.) dans Le coeur au poing de Charles Binamé (image extraite du film (capture VHS) – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Critiques d’époque

Dans Le cœur au poing, le plaisir du spectateur se joue dans les cinq premières minutes; le petit manège de Louise vous apparaît saugrenu?, l’aspect ludique l’emporte sur le caractère réaliste, voire pathétique, des personnages qu’elle croise? Ces rencontres au hasard deviennent forcément des portraits superficiels puisque Louise demeure, du début à la fin, le véritable pivot du film, tous les autres personnages ne vivant uniquement qu’à travers son seul regard. Cette convention, établie rapidement et sans détour par Binamé et la scénariste Monique Proulx, pourra rebuter, mais ceux qui accepteront de jouer le jeu y gagneront au change. (André Lavoie, Ciné-Bulles, #171, p.10–11)


Le cœur au poing est avant tout un film qui se laisse porter par l’air du temps. Il repose sur un inventaire de tout ce qui est à la mode: les lieux (des friperies de la rue Mont-Royal aux restos chromés du boulevard Saint-Laurent), le tango et autres sud-américaineries, Lhasa de Sela, et un défilé de personnalités qui viennent faire leur tour de piste éclair (les Luc Picard, Micheline Lanctôt, Marc Labrèche, Pascale Bussières, etc., jusqu’à l’entomologiste Georges Brassard et Claude Chamberlan!). Il en résulte une sorte de salmigondis impressionniste et superficiel d’une époque, poussant l’indifférenciation jusqu’à vider et aplanit toutes les idées, tous les discours en les intégrant, mine de rien, à ce grand fourre-tout idéologique. (Marie-Claude Loiselle, 24 images, #91, p.43)

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