Cordélia – Film de Jean Beaudin

Second film de Jean Beaudin, Cordélia est un célèbre drame judiciaire qui met en vedette l’un des duos inoubliables du cinéma québécois : Louise Portal et Gaston Lepage.

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Réalisé par Jean Beaudin, dont c’était le deuxième long métrage de fiction après J.A. Martin photographe, Cordélia est un film important de l’histoire du cinéma québécois, ne serait-ce que parce que ce drame judiciaire sorti en salles en février 1980 est sans doute l’un des seuls – si ce n’est le seul – dans son genre à avoir été produit au Québec.

Image extraite du film Cordélia de Jean Beaudin, 1979 - Cordélia (Louise Portal) apprend de son mari (Pierre Gobeil) qu'il part pour aller trouver du travail en Californie - Capture écran VHS source filmsquebec.com

Cordélia de Jean Beaudin – Cordélia (Louise Portal) apprend de son mari (Pierre Gobeil) qu’il part pour aller trouver du travail en Californie – Capture écran VHS source filmsquebec.com

Adapté du roman La lampe dans la fenêtre de Pauline Cadieux, publié en 1976 et rapidement devenu l’un des rares best-sellers québécois, Cordélia relate l’histoire supposée « véritable » de la jeune Cordélia Viau, 32 ans, qui fut accusée d’avoir assassiné son mari avec l’aide de Samuel Paslow, dépeint comme son « amant ». Le procès, truffé d’irrégularités semble t-il, fut l’un des plus retentissants du Québec de la fin du XIXe siècle.

« J’ai eu envie de transposer l’histoire de La lampe dans la fenêtre en film, pour montrer la bêtise humaine. La démarche politique que comportait inévitablement l’histoire, puisqu’il s’agit d’une histoire vraie, m’intéressait moins que de montrer l’injustice dont une femme était la victime. Je crois d’ailleurs que les femmes sont encore aujourd’hui victimes d’injustices sociales même si elles ne sont plus pendues. » [1]

« Je pense que c’est Pierre Mignot, mon directeur de la photographie, qui m’avait donné le livre de Pauline Cadieux en me disant de le lire. L’hiver précédent, j’avais lu un article dans Perspectives sur Cordélia. En lisant le livre que j’ai trouvé ardu parce qu’il se présentait sous la forme d’un dossier, j’ai pris un crayon et je me suis mis à mettre en place les différents personnages du drame. C’est alors que m’est apparue toute l’intolérance mise en cause dans cette affaire, l’injustice de la justice, si on peut dire. » [2]

Image tirée du film Cordélia de Jean Beaudin, 1979 - Samuel (Gaston Lepage) assiste impuissant à l'arrestation de Cordélia - Capture écran VHS source filmsquebec.com

Cordélia de Jean Beaudin – Samuel (Gaston Lepage) assiste impuissant à l’arrestation de Cordélia – Capture écran VHS source filmsquebec.com

Au cours d’audiences interminables, la jeune femme (incarnée par Louise Portal), qui montait à cheval « comme les hommes », fut jugée non pas sur des faits avérés, mais bien d’après la morale et les présomptions. Elle et son amant (joué par Gaston Lepage) étaient des marginaux au comportement différent. Dans un Québec fortement dominé par la religion, ils furent sans doute jugés immoraux, et en payèrent le prix fort. Cordélia Viau est la dernière femme à être montée sur l’échafaud au Québec.

« Cordelia constituait une menace pour les autres femmes. Qu’une femme puisse être mariée, qu’elle n’ait pas d’enfants, qu’elle puisse s’amuser et recevoir des hommes chez elle, c’était inacceptable. Il fallait faire un exemple. Telle était l’attitude qui motivait le jugement rendu par te juge Taschereau à l’époque. » [3]

[1] : Jean Beaudin dans La Presse, 5 janvier 1980, p. 6

[2] : Jean Beaudin à Luc Perreault dans La Presse, 9 février 1980, p. C-11

[3] : Jean Beaudin à Luc Perreault dans La Presse, 9 février 1980, p. C-1

Image extraite du film Cordélia de Jean Beaudin, 1979 - Cordélia (Louise Portal) adresse une dernière prière avant de mourir - Capture écran VHS source filmsquebec.com

Cordélia de Jean Beaudin – Cordélia (Louise Portal) adresse une dernière prière avant de mourir – Capture écran VHS source filmsquebec.com

Critique d’époque

C’est sans doute la seconde partie qui laisse le spectateur insatisfait. Pourquoi? Peut-être à cause de la simplification des événements, de l’escamotage de deux procès et du « typage » des personnages. En effet, tout ici se bouscule rapidement. Le procès donne lieu à de courts monologues sans réplique, les personnages apparaissent tout d’une pièce, sans beaucoup de nuances et les événements se précipitent brusquement. Bref, l’auteur veut montrer ici l’acharnement d’une société sur une personne (et son amant) vivant à l’écart de la règle commune… Il faut bien admettre que, lorsque Cordelia est déclarée coupable et condamnée à la potence, le film est terminé. Toute la suite relève de la simple anecdote et du voyeurisme. D’ailleurs, i1 ne se passe littéralement rien durant ce dernier quart d’heure. L’auteur ne fait que prolonger le suspense inutilement. Le saut dans le vide, s’il crée un certain frisson chez le spectateur, n’apporte pas grand chose au récit, sinon de satisfaire la curiosité morbide des spectateurs (dans le film) suspects. [4]

[4] : Léo Bonneville dans Séquences : la revue de cinéma, n° 100, 1980, p. 154 à 156

Image extraite du film Cordélia de Jean Beaudin, 1979 - Sur l'échafaud : Cordélia (Louise Portal) la corde au cou au premier plan et son amant (Gaston Lepage) en arrière plan - Capture écran VHS source filmsquebec.com

Cordélia de Jean Beaudin – Cordélia (Louise Portal) la corde au cou, son amant (Gaston Lepage) en arrière plan – Capture écran VHS source filmsquebec.com

Récompenses

  • Prix d’interprétation à Gaston Lepage au Festival international du film et d’échanges francophones (FIFEF) ; Brest – France 1980
  • Génie 1980 des meilleurs costumes donné à Louise Jobin

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