Dernier glacier, Le – Film de Jacques Leduc et Roger Frappier

Réalisé par Jacques Leduc et Roger Frappier, Le dernier glacier est un docu-fiction directement inspiré par la fermeture de la mine Iron Ore de Schefferville au début des années 80.

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Le dernier glacier est docu-fiction directement inspiré par la fermeture de la mine Iron Ore de Schefferville en novembre 1982. Le film a été réalisé par le duo Jacques Leduc / Roger Frappier, qui avaient déjà eu l’occasion de collaborer sur d’autres projets auparavant.

Le film met en vedette le deux grands comédiens québécois Robert Gravel et Louise Laprade dans les rôles d’un couple déchiré par l’arrêt brutal du seul employeur de la ville, et qui se voit forcé de remettre en question un avenir avec lequel ils avaient appris à composer.

Le dernier glacier de Jacques Leduc et Roger Frappier : Carmen (Louise Laprade) écoute la télé distraitement. On y relate les détails financiers liés à la fermeture de l'Iron Ore of Canada - (capture d'écran DVD - source : filmsquebec.com)

Le dernier glacier de Jacques Leduc et Roger Frappier : Carmen (Louise Laprade) écoute la télé distraitement. – (capture d’écran DVD – source : filmsquebec.com)

Le dernier glacier aborde autant l’histoire collective du Québec que l’histoire individuelle des gens qui l’ont façonné. Dans les passages fictionnels du film, on y voit la solitude et l’isolement d’un couple de migrants, à l’instar de ce qu’illustrait déjà Tendresse ordinaire, réalisé par Leduc douze ans plus tôt et dans lequel une femme aimante attendait patiemment le retour de son mari, travailleur à Schefferville. Les scènes documentaires rapportent les témoignages des résidents. Ils évoquent leur appropriation de ce pays hostile, et rapportent sans détour la déception et les espoirs perdus. Ressenti comme une trahison des pouvoirs publics, l’arrêt brutal des activités de la mine y est froidement exposé par le biais de la captation des commissions d’étude mises sur pied après la fermeture, durant lesquels chiffres et détails financiers tentent de justifier l’injustifiable. Sans prendre parti, Leduc et Frappier montrent à quel point ces justifications économiques semblent bien loin des réalités et des préoccupations des habitants de la région. En outre, le film montre comme rarement les rapports existants entre les communautés autochtones et les blancs, formant ainsi un portrait très riche d’une cohabitation parfois tendue.

Michel Rivard, en plus d’interpréter la chanson thème du film Schefferville, le dernier train, extraite de l’album « Sauvage » (1983), y tient un rôle important à leurs côtés.

La première québécoise du film s’était déroulée à Rouyn lors de la 3e édition du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Le dernier glacier peut être vu en intégralité sur le site web de l’ONF.

Le dernier glacier de Jacques Leduc et Roger Frappier : Carmen (Louise Laprade) et Léonard (Michel Rivard), l'ami de la famille - (capture d'écran DVD - source : filmsquebec.com)

Le dernier glacier de Jacques Leduc et Roger Frappier : Carmen (Louise Laprade) et Léonard (Michel Rivard) – (capture d’écran DVD – source : filmsquebec.com)

Contexte

Les deux cinéastes Roger Frappier et Jacques Leduc travaillaient ensemble depuis six mois lorsque la nouvelle de la fermeture de Schefferville leur est parvenue. Cette ville minière dont les gisements de minerai de fer, disait-on naguère, étaient inépuisables et qui fut pendant trente ans le symbole du développement économique du Québec, fermait ses portes à cause de la chute du marché de l’acier.

Quelques jours après l’annonce de la fermeture de la mine, les deux réalisateurs se trouvaient déjà sur place. Leur projet à pu prendre forme grâce à l’appui non équivoque d’un producteur, Jean Dansereau, et du directeur de la production française d’alors, Jean-Marc Garand, qui leur débloquait un budget de démarrage confortable. « On a tout écrit sur place, relate Leduc. Il y a eu deux versions, une entièrement fictive et la seconde, mêlant le documentaire à ta fiction. La deuxième, c’était après Noël, on l’a faite parvenir à l’ONF pour que ça passe en catastrophe. » Très vite, les entrevues faites avec des travailleurs aboutissaient à une même constatation: la fermeture de la mine provoquait chez de nombreux couples de sérieuses remises en question. D’où l’idée d’inclure dans le scénario l’histoire d’un couple. Raoul et Carmen, que la fermeture montrerait partant dos à dos. « La fermeture, c’était la goutte qui faisait déborder le vase. Ces couples qui s’entredéchiraient. c’était difficile de ne pas en tenir compte », de préciser Leduc. [1]

[1] : extrait d’un long article de Luc Perreault paru dans La Presse, 17 novembre 1984

Le dernier glacier de Jacques Leduc et Roger Frappier : Carmen (Louise Laprade) et Raoul (Robert Gravel) se séparent pour de bon. Il retourne à Sherbrooke, elle reste à Schefferville - (capture d'écran DVD - source : filmsquebec.com)

Le dernier glacier de Jacques Leduc et Roger Frappier : Carmen (Louise Laprade) et Raoul (Robert Gravel) se séparent – (capture d’écran DVD – source : filmsquebec.com)

Critique d’époque

Le dernier glacier est un film témoin, fait dans l’urgence de l’instant, dans l’urgence de dire l’événement, avec une attention toute particulière aux lieux, aux paysages et à leurs victimes. Présence du froid, des grands espaces, de la neige. Présence aussi des fêtes, des réunions à la brasserie et des rites amérindiens. Le dernier glacier présente un constat et laisse place à toutes les interprétations dans un langage formel bien loin de la linéarité des oeuvres documentaires traditionnelles. Un film essentiel. [2]

[2] : Suzanne Laverdière, 24 images, n° 24, 1985

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