Genèse – Film de Philippe Lesage

Troisième long métrage de fiction de Philippe Lesage, Genèse est une fresque en trois temps qui illustre les émois amoureux de jeunes à la recherche de leur sexualité.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=LgbbgLB_X6Q

Troisième long métrage de fiction de Philippe Lesage, Genèse est une fresque en trois temps qui illustre les émois amoureux de jeunes à la recherche de leur sexualité. Comme l’avaient été les deux précédentes fictions du cinéaste, Genèse possède une part autobiographique importante, et vient refermer le triangle sur l’adolescence, entamé en 2012 avec le documentaire Laylou qui suivait quelques adolescentes au plus fort de l’été, et poursuivi trois ans plus tard dans Les démons, aventure d’un gamin de onze ans aussi terrifié par lui-même que par l’Autre.

Lancé en août 2018 en compétition officielle au Festival International du Film de Locarno, Genèse a connu un beau parcours dans les festivals internationaux, en remportant sept prix au total: à Valladolid en Espagne, à Los Cabos au Mexique, au FNC à Montréal et à Namur en Belgique. Parmi ceux-ci, Théodore Pellerin a été primé deux fois, à Namur et Montréal.

Notes à propos du film

Le sujet

L’adolescence sous différents prismes, à travers les thèmes du désir, du questionnement sexuel et amoureux, de la peur du regard des autres et de la société. La genèse est-elle ce moment charnière de la jeunesse, où la promesse d’une première rencontre peut tout changer ?

D’abord je dois dire qu’il n’y pas d’âge pour qu’une première rencontre puisse tout changer. L’amour révolutionnaire peut survenir à tout moment. Une première rencontre ou la première fois d’ailleurs, cela n’existe pas vraiment. Aime-t-on la première fois que l’on embrasse ou que l’on perd sa virginité ? Presque jamais. Mais la réalité c’est qu’une année dans la vie d’un adolescent équivaut en termes d’intensité et de découvertes à cinq, dix, quinze ans de celle d’un adulte. C’est pour cette raison que l’adolescence devient une période fascinante cinématographiquement et qu’on n’a pas fini de s’y intéresser. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour les jeunes protagonistes du film parce qu’ils se livrent à l’amour sans se protéger. Je préfère les cœurs téméraires à ceux qui reculent de peur de se blesser. Or, c’est le propre de l’adolescence de s’amouracher des mauvaises personnes, de faire des erreurs, d’en faire trop, ou pas assez. Ce n’est qu’après s’être blessé qu’on apprend à se dissimuler, à faire des calculs, à faire des choix rationnels. L’aveuglement amoureux me fascine bien davantage. Guillaume et Charlotte vont au bout leur quête, ils vont peut-être frapper un mur, se faire mal, mais ils vont se relever. Je suis persuadé que c’est en se donnant le moins que l’on se vide le plus. Eux, ils donnent tout. Les adultes sont faits pour décevoir, mais on ne peut pas reprocher à la jeunesse d’être décevante parce qu’elle est avenir. C’est sans doute son principal attrait. C’est pour cela qu’elle me touche et continue de m’inspirer. Pour moi, le titre, Genèse, va dans le sens de cette citation de Leonard Cohen: « Love is the only engine of survival ».

L’autobiographie

La recherche autobiographique dans votre cinéma, à travers le documentaire ou la fiction, a traité de l’enfance et de l’adolescence, quid de l’âge adulte?

Dans mes documentaires, je m’intéressais à des univers qui m’étaient étrangers, mais envers lesquels j’étais attiré, par peur, par esprit de défiance ou par simple curiosité. J’ai tourné dans un hôpital Ce cœur qui bat parce que je suis un hypocondriaque et qu’il n’y a pas une journée sans que je craigne de mourir. Faire le film ne m’a pas libéré de ma névrose, mais j’ai découvert un monde fascinant et paradoxalement plein de vie. Lorsqu’on m’a enfin donné la chance de passer à la fiction – j’en rêvais depuis toujours – j’ai retourné paradoxalement la caméra vers moi, en plus de satisfaire mon plaisir d’écrire en amont plutôt que dans une salle de montage. Mais il ne s’agit pas non plus de placer un miroir devant soi qui nous empêcherait de voir le monde au-delà de sa petite personne. Le plus petit peut aussi contenir le plus grand et tout un monde à la fois beau, laid, menaçant, exaltant, peut être reflété à travers une seule petite goutte de pluie. La naissance de la sexualité avec toutes les questionnements, angoisses, peurs, désirs et passions que cela peut susciter est devenue la matière première de ces deux films. La sexualité est quelque chose qui évolue, qui est toujours en mouvement et ce mouvement-là, me fascine.

La structure

Une fresque en trois actes? Comment les histoires dans Genèse sont rattachées? Pourquoi ce saut dans le temps? Quel est le lien entre les personnages, et donc entre les films, notamment Les démons? Pourquoi on quitte soudainement Guillaume et Charlotte pour retrouver Félix quelques années après Les démons?

Je m’explique mal qu’il y ait des formes qui soient permises et acceptées en littérature et qui ne le sont pas au cinéma. Par exemple, il est permis dans un roman de changer de narrateur en plein milieu d’un récit ou de terminer une histoire par un poème. Pourquoi y a-t-il si peu de ce type d’audace narrative au cinéma? On m’avait une fois reproché que dans Les démons, je changeais de point de vue brutalement au milieu du film, introduisant un nouveau personnage, contrevenant ainsi à une règle que cette personne s’était inventée ou croyait connaître. Quel est le problème si cela surprend, mais fonctionne pour de nombreux spectateurs qui ont décidé de me faire confiance et de baisser leur garde? L’aspect conventionnel du cinéma m’ennuie. Je veux faire des films que j’ai envie de voir et qui me stimulent, qui osent et qui sortent des sentiers battus. Mais je ne cherche pas à surprendre pour surprendre non plus. Dans Genèse, la finale est une variation sur un même thème. On peut appeler cela comme on veut, une coda, un épilogue, un poème, un court métrage qui complète ce que l’on vient de voir, cela m’importe peu. Oui, le personnage central de Félix des Démons revient dans cette dernière partie, mais on n’a pas besoin d’avoir vu ce film pour décoder quoi que ce soit. On doit prendre cette nouvelle histoire pour ce qu’elle est : la rencontre entre deux jeunes gens qui sont comme tétanisés par leurs premiers émois l’un envers l’autre, et où le simple geste de se prendre la main suffit et devient à la fois le début et la fin de tout ce qui importe! Après, ils vont s’agiter comme nous tous pendant toute une vie pour retrouver cet émoi-là.

L’intemporalité

Il y une espèce de flou autour de l’époque où semble se situer votre film. On pourrait croire que nous sommes dans les années 90, puis tout à coup, un détail nous ramène aux débuts années 2000 ou même à aujourd’hui. Pouvez-vous nous en parler?

Le discours générationnel m’ennuie beaucoup. Depuis la nuit des temps, la génération qui nous succède est toujours regardée avec méfiance et mépris. Le discours qui tracent des gros traits ou des catégories entre les X, les milléniaux ou les boomers ne m’intéresse pas. Je suis intéressé par ce que nous avons en commun, pas parce ce qui nous différencie selon une grille réductrice et simpliste. Je brouille les pistes d’une époque fixe dans Genèse parce que je veux exprimer ceci: nous éprouvons face aux premières amours le même vertige, le même désarroi, la même fébrilité, la même force du désir, que l’on soit née en 1995 ou en 1945.

Notes à propos du film extraites du dossier de presse français de Genèse (Shellac Distribution)

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