Jimmywork – Film de Simon Sauvé

Jimmywork est un long métrage indépendant réalisé par le monteur Simon Sauvé. Un OVNI filmographique qui se situe aux confluents du documentaire, du documenteur et de la fiction.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=1SO7UHAPT1o

Jimmywork est le premier long métrage de Simon Sauvé. Après avoir travaillé comme monteur sur de nombreux projets, autant en fiction qu’en documentaire (le film de Roger Cantin La forteresse suspendue entre autres).

« En janvier 2000, équipé seulement d’une caméra Hi8 et d’un enregistreur numérique, j’entrepris le tournage d’un documentaire à propos de mon voisin, Jimmy, un homme qui avait de grandes attentes face à ce nouveau millénaire qui s’ouvrait devant nous. Quatre ans et plus de 200 heures de rushes plus tard, Jimmywork est l’aboutissement de cette longue et tortueuse cavalcade » — Simon Sauvé.

Présenté en première mondiale lors du Festival de Toronto 2004 et ensuite en sélection officielle du 32e Festival du nouveau cinéma de Montréal, Jimmywork a remporté le CHUM Television Award for Best Canadian First Feature lors de la 11e édition du Victoria Independent Film & Video Festival. Le film fut également sélectionné pour le Festival Visions du réel de Nyon où il remporta le Prix du jeune public. Le film fut églament mis en nomination au Jutra du meilleur montage en 2006.

James Weber dans Jimmywork de Simon Sauvé (©Atopia)

James Weber dans Jimmywork de Simon Sauvé (©Atopia)

 

Mot du réalisateur

Quand Jimmy me lançait «T’aimes ça gaspiller des cassettes, hein?» Je lui répondais: «T’occupes pas, la seule personne qui va en souffrir, c’est moi». «J’le sais», concluait-il, le plus sérieusement du monde, puis ce gloussement qui se transformait en un rire intoxiqué. Le tournage de Jimmywork s’est étalé sur trois ans, de janvier 2000 à septembre 2003, accumulant tout près de 200 heures d’anecdotes, de tranches de vie, d’infamies, de perversités, d’humour burlesque et de moments d’une navrante banalité. En partant du principe qu’en observant assez longtemps un personnage, un lieu ou une situation, les histoires et les rebondissements finissent par émerger naturellement, je me suis abandonné à cet exercice. J’ai plongé, je me suis fait l’archiviste du temps. À la fin du tournage de ce qui se voulait au départ un documentaire intimiste à propos d’un quinquagénaire paumé du Mile-End, j’avais maintenant la possibilité d’en faire une fresque gargantuesque sur un personnage devenu trop grand pour son quotidien.

La nature sauvage et résolument do it yourself de ce projet m’avait jusque-là épargné d’avoir à expliquer mes intentions et objectifs à quiconque, mais comme je songeais à trouver du financement pour pouvoir compléter le film, il devenait impératif de proposer une première ébauche de l’histoire le plus rapidement possible, que ce soit sous forme d’un scénario ou d’un premier montage. L’option du montage semblait la plus logique, le film ayant déjà été tourné. Je n’avais toutefois pas les moyens de louer une salle de montage et payer des assistants pendant les nombreux mois qui auraient été nécessaires pour accomplir l’ambitieuse tâche de démystifier 200 heures de rushes. J’ai choisi la première option: écrire un scénario. Mais qu’est ce qu’on va raconter au juste? Équipé d’un vieux Mac Classic et d’un Walkman, j’ai disséqué la matière en écoutant les kilomètres de son sync (DAT), retranscrivant chaque réplique de chaque scène sur papier. J’ai choisi de travailler uniquement avec les bandes-son plutôt qu’avec l’image parce que l’image porte l’attention sur les problèmes de cadrage, de lumière, de raccord et pousse à réfléchir aux obstacles qui se présenteront au montage; à cette étape, la priorité était plutôt d’organiser un récit cohérent.

Un piège avec les projets de longue haleine, c’est le risque de perdre l’objectivité face aux personnages. J’en étais d’autant plus conscient puisque je venais de passer plusieurs mois à côtoyer et filmer l’infatigable Jimmy: la fascination originelle s’étant évanouie, me détacher de l’expérience vécue du tournage était primordiale. J’ai d’abord commencé à retranscrire les bandes dans ma langue maternelle, le français; Jimmy étant anglophone, elles avaient été enregistrées en anglais. Bien que le matériel était déjà très riche dans sa forme originale, cette démarche m’a permis de sublimer les dialogues et par le fait même, de façonner de manière plus précise Jimmy en un anti-héros typiquement bukowskien. Dans le scénario, il est devenu le produit de mon interprétation. Que ce soit dans Sur la route (Kerouac) ou dans Au sud de nulle part (Bukowski), les auteurs partent d’une donnée biographique/historique réelle et la transforment, la réinventent — manière de mettre de la poésie dans le réel et de la vérité dans la fiction. C’est ce que j’ai voulu faire dans Jimmywork, en poussant le plus loin possible le mariage entre le délire fictionnel et la réalité crue. J’ai voulu atteindre le point où le spectateur ne se demande plus si c’est vrai ou non, mais accepte simplement de se faire raconter une histoire.

Le résultat de tous ces efforts de transcription, de traduction, de sublimation du récit en un scénario de 160 pages a été de me révéler qu’il y avait une histoire enfouie quelque part dans l’énorme tas de cassettes qui occupaient mon bureau depuis trois ans. Curieusement (mais pas étonnamment), cet effort n’a pas suffi à convaincre les institutions du premier coup. Ces dernières ne croyaient pas qu’un long métrage pouvait reposer sur les épaules seules de Jimmy, un tel personnage issu de la réalité. Ce n’est qu’au visionnement d’un premier montage (une version de 2 heures), un an après le dépôt initial, qu’elles ont saisi l’essence de Jimmywork.

Cette belle aventure se termine évidement en happy end: le financement fût éventuellement bouclé, le film complété, puis gonflé en 35mm, puis sélectionné dans un des plus grands festivals au monde… Mais en toute humilité, le seul mérite qui me revient vraiment, c’est d’avoir tenu le coup tout jusqu’au bout. Bon d’accord, j’ai opéré la machine à écrire et j’ai dû faire quelques choix éditoriaux en collaboration avec Santiago Hidalgo, mon script doctor extraordinaire. Mais à la fin, tout ça n’était que de mettre des mots sur des images qui parlaient déjà elles-même. Jimmy dépasse mon imaginaire, jamais je n’aurais pu l’inventer. Il a été tel une bête sauvage qui s’est laissée observer.

Malgré que j’éprouve un réelle fascination à filmer l’imprévisible, cette manière de faire du cinéma en glanant des fragments de réalité s’est imposée à cause du sujet lui-même. Je ne suis pas le seul à croire que dans la réalité vivent les plus grands acteurs, que dans la vraie vie se déploient les plus authentiques drames. Je crois que je n’ai pas fini d’explorer ce vaste territoire.

— Simon Sauvé, Janvier 2005

Image du non comédien James Weber dans Jimmywork de Simon Sauvé (©Atopia)

James Weber dans Jimmywork de Simon Sauvé (©Atopia)

Critique

Denis Côté, Ici Montréal, jeudi 21 octobre 2004

Un objet. Une poutine très intéressante. Par quelqu’un qui a davantage envie de faire du cinéma que de raconter une histoire. Jimmy Weber grisonne, boit, grappille les cennes et s’est brouillé avec sa famille. Portrait d’un homme ordinaire et paumé, pas particulièrement sympa, saisi par une caméra. Et si ce premier pas documentaire ne satisfaisait pas notre jeune auteur? On hésitera à trop en dire sur la suite, mais Jimmy a des plans dans le coin de St-Tite. Foireux, mais des plans quand même! Que regarde-t-on? On a une petite idée assez rapidement. On peut s’amuser et laisser Sauvé nous baratiner. Ça respire le Robert Morin et ça ouvre sur deux ou trois réels enjeux du cinéma fauché des marges (regard, éthique, rapport au spectateur, schizophrénie de la forme). En moins de temps qu’il ne le faut pour se décapsuler une bière ou pour se demander ce que vaut Jimmywork, voilà que celui-ci soulève davantage de questions que 95% de toute la cinématographie québécoise récente. Respect.

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