Quand l’amour se creuse un trou – Film d’Ara Ball

Premier long métrage d’Ara Ball, Quand l’amour se creuse un trou est une histoire d’amour défiant la morale et le conformisme.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=-LeP-PkYmWA

Produite grâce au Fonds des talents de Téléfilm Canada, Quand l’amour se creuse un trou est une comédie sentimentale écrite et réalisée par Ara Ball. Le film met en vedette Robert Naylor (le gamin turbulent de 10 1/2 de Podz) et la toujours populaire France Castel, tous deux engagés dans une histoire d’amour défiant la morale et le conformisme. Le film a été présenté en première mondiale au Festival Longue vue sur le court le 1er juin 2018 à Montréal.

Dédié à la mémoire de la grand-mère du cinéaste, Quand l’amour se creuse un trou peut se voir comme un hommage à la sagesse et à la liberté mises ici en opposition à la banalité du quotidien de parents rangés, dont les convictions sociales et politiques semlent s’être perdues avec le temps. On retrouve dans cette idylle de jeunesse un peu particulière le style franc et direct cher au réalisateur, habitué à traiter frontalement des sujets forts, tels l’immigration, l’exclusion ou encore la pédophilie.

Depuis la fin de ses études en cinéma, Ara Ball travaille comme monteur vidéo et poursuit en parallèle une carrière de cinéaste qui a livré trois courts métrages à ce jour: L’ouragan Fuck You Tabarnak! (2013), Le pédophile (2015) et Vie d’ruelles (2016).

Robert Naylor dans Quand l’amour se creuse un trou (Crédit Stéphane Lavoie)

Robert Naylor dans Quand l’amour se creuse un trou (Crédit Stéphane Lavoie)

Entretien avec Ara Ball

Tu as été très actif dans le milieu du court métrage avant de te lancer dans ce projet. Tu nourrissais l’idée de Quand l’amour se creuse un trou depuis longtemps ?

L’idée m’est venue en 2016 au FICFA (Festival international du cinéma francophone en Acadie) en visionnant un film dont j’ai oublié le titre ! J’en ai parlé autour de moi, je le présentais comme un Harold and Maude québécois, à ma manière, et les réponses positives m’ont encouragé. Après en avoir parlé à mon producteur (Kacim Azouz Steets), j’ai compris que le projet pourrait se faire rapidement, notamment grâce au Fonds des talents de Téléfilm Canada. Je suis parti au Pérou pour écrire l’histoire. Parallèlement, ma directrice de casting approchait déjà les acteurs que nous avions en tête. À mon retour au Québec, j’ai appris à ma grande surprise qu’ils avaient tous accepté de jouer dans le film ! Entre l’idée initiale et le début du tournage, il n’y a eu qu’une dizaine de mois, ce qui est extrêmement rapide. D’ailleurs, je suis quelqu’un qui travaille rapidement ; lorsque j’ai une idée, je ne travaille sur rien d’autre, je m’y consacre entièrement.

Ceux qui sont familiers avec tes courts métrages seront peut-être surpris en visionnant ce film. Il laisse transparaître une grande douceur, une tendresse, alors que tes courts étaient très crus. C’était un choix conscient d’aller dans cette direction, une façon de déjouer les attentes ?

Pour être franc, je considère que Quand l’amour se creuse un trou me ressemble plus que mes courts métrages. Je m’identifie beaucoup à Miron, le personnage principal, même si je ne vois pas le film comme un récit autobiographique. À son âge, j’étais aussi lunatique et souvent plongé dans mes réflexions. J’ai été très proche de ma grand-mère, nous étions de grands amis. Elle me parlait des années 1950 et 1960, elle a aussi fait mon éducation cinématographique. Mon père et ma belle-mère étaient un peu sévères avec moi ; visiter ma grand-mère était une façon de m’échapper. J’ai pris cette amitié et je l’ai transformée en une relation amoureuse entre un adolescent et une dame plus âgée. Je voulais montrer cette douceur, qui est une facette de ma personnalité, et en profiter pour me développer en tant que cinéaste. Je n’ai pas abandonné ce côté plus cru et vulgaire qui caractérise mes courts métrages, mais j’avais le goût pour ce projet d’aller dans quelque chose de plus poétique et philosophique.

Le film est porté par quatre personnages, Miron, ses parents, et Florence. Comment as-tu choisi les acteurs qui allaient les interpréter ?

Tout d’abord, pour ce qui est de France Castel, je dois admettre que je ne connaissais aucunement son travail ! Je l’ai découverte dans les capsules d’une émission qui s’appelle Les Loges, sur laquelle j’ai travaillé comme monteur. Immédiatement je l’ai trouvée géniale, même si elle apparaissait à peine deux minutes dans la capsule. C’était avant le début du projet, donc j’ai pu écrire le personnage de Florence en pensant à elle. Dans les montagnes du Pérou, j’écoutais beaucoup de Miles Davis et de Nina Simone, surtout quand j’écrivais son personnage. De retour au Québec, ma copine me dit : « Il faut que tu écoutes Tout le monde en parle. » France était une des invités et parlait de son amitié avec Miles David et Nina Simone ! J’ai également écrit les personnages des parents, Thérèse et David, avec Julie Le Breton et Patrice Robitaille en tête. J’ai toujours voulu travailler avec eux, je sentais qu’ils allaient avoir une belle chimie à l’écran, mais j’ignorais encore une fois qu’ils collaboraient souvent ! Quand je les ai rencontrés, ils m’ont avoué chacun qu’ils avaient accepté leur rôle parce que je l’avais écrit pour eux. Pour Miron, ce fut plus complexe. Je n’avais aucun acteur en tête. Nous avons donc fait des auditions. Ma directrice de casting me faisait plusieurs suggestions, et Robert Naylor revenait souvent en tête de liste. À sa rencontre, j’ai ressenti quelque chose, je me suis vu en lui.

Parlons de cette relation entre Miron et Florence. Ils partagent un sentiment amoureux, mais pour Miron c’est aussi une occasion d’être compris par une personne d’expérience, alors qu’il a beaucoup de difficulté à communiquer avec ses parents.

Je crois que Florence représente à ses yeux ce qu’il aimerait retrouver chez ses parents. C’est un garçon intelligent, sensible, très conscient de ce qui l’entoure. Il a soif d’expériences, de connaissances, il est comme une éponge. Avant tout, il est touché par l’humanité et la bonté de Florence. C’est ce que je voulais montrer dans le film, cette façon d’aimer l’autre pour ce qu’il est réellement. Les parents de Miron sont obsédés par l’apparence, ils s’accrochent à une conception de la vie parfaite qui n’est plus en phase avec les valeurs qu’ils défendaient dans les années 1970. Miron cherche cette conviction que ses parents ont perdue et la trouve chez Florence. Leurs corps sont différents, mais dans leurs esprits ils sont très similaires. Florence aussi se reconnaît dans Miron, et elle reconnaît en lui son défunt mari. Ils décident de vivre cette histoire pleinement, au jour le jour, sans trop réfléchir à ce que les gens pensent d’eux. Ce sont les parents de Miron qui vont les forcer à s’expliquer, à justifier leur relation et leur amour.

— PROPOS RECUEILLIS PAR JASON BÉLIVEAU (cités dans le dossier de presse du film)

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