Sarrasine, La – Film de Paul Tana

La sarrasine est le troisième des quatre longs métrages réalisés par Paul Tana, qui s’est tourné depuis vers une carrière d’enseignant à la Faculté de communication de l’UQÀM .

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Librement adapté d’un fait divers survenu au début du 20e siècle, La sarrasine de Paul Tana (Les grands enfants, Caffé Italia Montréal et La déroute) s’inscrit dans la démarche de l’auteur de mettre en lumière l’immigration italienne au Québec et les conflits liés au choc de deux cultures.

La sarrasine (Tony Nardy et Enrica Maria Modugno - ©ACPAV)

La sarrasine de Paul Tana (Tony Nardi et Enrica Maria Modugno – ©ACPAV)

Mis en nomination pour dix prix Génie y compris celui du Meilleur Film (1992), La sarrasine raconte l’histoire d’un couple d’italiens qui, après s’être établi à Montréal, plonge dans le drame suite à un fâcheux accident.

La performance de Tony Nardi dans ce film lui valut de recevoir le Prix Génie 1992 du Meilleur acteur dans un rôle principal. Nardi trace ici le portrait sensible de Giuseppe, un Sicilien qui se retrouve bien malgré lui impliqué dans le meurtre d’un canadien français éméché. Giuseppe est condamné à la prison à vie, sa femme doit alors prendre une décision capitale.

Ce film important de la cinématographie québécoise étudie l’intolérance et le conflit opposant parfois les québécois de souche face à des immigrants de cultures et d’origines différentes. À travers ce fait historique, Tana s’attaque à un sujet fort et jette un regard très actuel sur notre société, comme peu de cinéastes d’ici l’ont fait. La sarrasine parvient à nous faire réfléchir sur notre capacité d’accueillir les nouveaux immigrants, tout en nous faisant voir toute l’ambiguïté de la situation. Un immigrant peut-il assimiler une culture d’adoption tout en risquant de perdre sa propre culture d’origine ?

À noter la présence au générique d’une jeune photographe de plateau, Lyne Charlebois, qui réalisera quinze ans plus tard le film Borderline.

Critique

Sans tomber dans une nostalgie stérile, revoir La sarrasine plus de quinze ans après sa sortie, c’est prendre la mesure de ce qui sépare le cinéma québécois d’hier et celui d’aujourd’hui, trop souvent sommé de répondre aux exigences d’une logique marchande de plus en plus prégnante. C’est renouer avec un cinéma de fiction fort et inspiré qui puisait aux sources de l’imaginaire et savait alors concilier l’art et la vie sans sacrifier aux recettes du spectacle. Un cinéma de fiction encore artisanal qui croyait résolument à la singularité de ses personnages et qui prenait à bras-le-corps le drame historique pour l’élever au niveau de la légende, à l’image du théâtre de marionnettes qui ouvre le film. C’est aussi se replonger dans un cinéma social qui osait penser, sans manichéisme démonstratif, les rapports de classes et les rapports minoritaires dans le Québec multiethnique au tournant du siècle dernier, alors que la société canadienne-française, encore sous le joug de l’Église catholique, faisait face à une immigration qui venait enrichir, mais aussi modifier en profondeur, son profil ethnoculturel. C’est enfin redécouvrir un cinéma qui, avec un souci d’authenticité des plus convaincants, entendait faire oeuvre de mémoire en nous livrant un regard intérieur sur la communauté italo-montréalaise de l’époque.

Gérard Grugeau, 24 images, n° 138, 2008, p. 28. – http://id.erudit.org/iderudit/21430ac

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