Yes Sir! Madame… – Film de Robert Morin

Fascinante symbiose entre documentaire et fiction, Yes Sir! Madame… de Robert Morin explore avec le ton satirique qu’on lui connait la question d’identité individuelle et collective.

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Image du cinéaste Robert Morin se filmant dans une glace de salle de bain (image extraite du film "Yes, Sir! Madame...")

Robert Morin l’homme à la caméra (image extraite du film « Yes, Sir! Madame… » – Coll. filmsquebec.com)

Yes Sir! Madame… est un essai expérimental tourné en Super 8mm par Robert Morin qui explore avec le ton satirique que l’on connait la question d’identité tant individuelle que collective à travers le portrait d’un « parfait bilingue » qui tente de trouver sa place dans cet étrange pays qu’est le Canada. Dans cette satire de notre société stérile, Morin dépeint le destin de cet homme aux limites de la folie, déchiré par une dualité montrée ici comme synonyme de tragédie.

« J’étais allé aux Îles-de-la-Madeleine pour faire de la caméra pour un ami… À un moment donné, j’avais tellement de matériel pris sur le vif qu’une histoire à commencé à se former. Et à partir du moment où j’ai su que le personnage allait s’en aller en politique, ça a déboulé. Mais ça a quand même été long: cinq ou six ans de travail pour aboutir à 75 pages de voice-over… Ces films-là, comme Yes Sir!… ou Le voleur vit en enfer, sont faits comme de la peinture ou du free-jazz. C’est ma réponse à tous ces projets. Ça c’est justement un projet que je me suis payé en disant « Ça va aller nulle part. Et â m’a libéré. » » (Robert Morin, dans Moments donnés – Robert Morin: entrevues de Jean-Pierre Boyer, Fabrice Montal et Georges Privet, p.166)

Tourné avec peu de moyens, Yes Sir! Madame… fut élu Vidéo de l’année aux Rendez-vous du cinéma québécois (février 1995) et reçut également les honneurs de la sixième Semaine internationale de vidéo de Genève (novembre 1995) ainsi que le Grand prix au tout premier International Festival of New Film and Video à Split en Croatie (1996).

Robert Morin est Earl Tremblay (image extraite du film "Yes, Sir! Madame..." - Coll. filmsquebec.com)

Robert Morin est Earl Tremblay (image extraite du film « Yes, Sir! Madame… » – Coll. filmsquebec.com)

Réception critique

On ressort de tout ça un peu mêlé, parce qu’à la fois ébloui par la virtuosité très ludique du style de Morin et dérangé par les courants sombres qui traversent son propos. Ceux et celles qui connaissent son travail antérieur en vidéo retrouveront ici l’auteur du Voleur vit en enfer au sommet de sa forme, mais pas plus optimiste qu’avant. La fuite hors de la raison et du langage, sinon dans la mort pure et simple, reste en effet une constante qui marque son travail depuis longtemps. Et ce n’est pas toujours très simple à avaler. (-Jean-Claude Marineau, Le Devoir, 18 novembre 1994, p. B10)

Rarement Morin s’interdit-il une réflexion mordante sur le bilinguisme de notre grand pays. Yes Sir! Madame… fait du bilinguisme un sujet en soi. Morin le décrit comme un objet d’imprécision, de confusion et, au bout du compte, de conflit. Élevé dans les deux langues, Earl (également anagramme pour Réal, ou real?) se dédouble pour mieux vivre en lui-même; le monologue bilingue qu’il faisait entendre en voix off devenait de plus en plus discordant au fur et à mesure que les bobines défilaient: la traduction de « he was much of a salesman » pour « c’était tout un voleur » exprime bien les deux tangentes que Tremblay ne pouvait plus parcourir. (-Martin Bilodeau, Le Devoir, 8 et 9 avril 1995, p. C5)

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