Allure – Film de Carlos Sanchez et Jason Sanchez

Première réalisation des photographes Carlos & Jason Sanchez, Allure relate la relation passionnelle et venimeuse unissant une femme de trente avec une jeune fille de 15 ans sa cadette.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=6YYgqzK6Ssk

Allure (Emprise en version française au Québec) est un drame psychologique écrit réalisé par les frères Carlos et Jason Sanchez, artistes visuels reconnus pour l’audace de leurs photographies grands formats. Ensemble, ils ont produit plusieurs oeuvres photographiques marquées d’inspirations cinématographiques; des mises en scènes complexes explorant l’étendue de la psychologie humaine.

Présenté en première mondiale à Toronto en septembre 2017, le film se nommait A Worthy Companion avant d’être renommé pour Allure. Il a depuis été présenté dans plusieurs festivals internationaux (dont ceux de Busan et Thessaloniki), et a été inclus dans le Canada’s Top Ten qui regroupe les dix meilleurs films canadiens présentés au TIFF. Allure a remporté trois prix lors du Whistler Film Festival, soit celui du Meilleur film (ex aequo avec All you can eat Bouddha de Ian Lagarde), de la meilleure direction de la photographie pour Sara Mishara et de la meilleure performance pour Evan Rachel Wood.

Evan Rachel Wood, Julia Sarah Stone dans Allure de Carlos Sanchez et Jason Sanchez

Evan Rachel Wood, Julia Sarah Stone dans Allure de Carlos Sanchez et Jason Sanchez

Entretien avec les réalisateurs

Entretien entre Carlos & Jason Sanchez et André Turpin publié dans le dossier de presse du film.

Le sujet de votre film, ainsi que la majorité de votre travail en photographie, touche au côté sombre de la nature humaine. Qu’est-ce qui peut expliquer cela?

C: Jusqu’à récemment, j’avais du mal à comprendre pourquoi je créais des oeuvres de cette nature. La réponse m’est venue en écoutant un entretien avec une romancière qui écrit beaucoup de nouvelles très noires. Le journaliste lui a demandé si elle était plus heureuse que ses histoires. À cette question, elle a répondu que non seulement elle était beaucoup plus heureuse que ses histoires, mais que son écriture lui permettait d’exorciser sa part d’ombre. Son travail est donc un moyen d’explorer cette facette afin qu’elle n’ait pas à la porter en elle. Je pense que nous ressentons la même chose.

Nous sommes intéressés à explorer les côtés les plus sombres de l’humain; nous sommes captivés par les individus et les histoires que la société préfère ignorer. Je crois que les personnes qui sont attirés par notre travail sont eux aussi captivées par la même chose, car nous dépeignons ces individus et leurs histoires sans jugement. Dans Emprise, Laura se comporte de manière immorale, violente et irrationnelle, mais au lieu de la condamner, le film propose plutôt de comprendre la raison de ses agissements en mettant en lumière la douleur qui l’affecte.

Vos personnages principaux sont des femmes. Pour un premier film, cet angle est risqué. Comment avez-vous réussi à ne pas tomber dans les pièges du point de vue masculin sur un sujet féminin aussi délicat ?

C: Je crois qu’il suffisait simplement d’être fidèle aux personnages et à leurs histoires.

J: Nous étions intéressés à faire un film sur les relations dans lesquelles les personnages se retrouvent liés à l’autre par une chaîne invisible. Les jeux de pouvoir, la culpabilité, les blessures non résolues et le besoin profond d’être en relation alimentaient nos personnages et nous voulions dépeindre ces sentiments de l’intérieur. Nous avons estimé que nous pouvions aboutir à un récit plus précis en élaborant l’histoire avec deux femmes. Si le personnage de Laura avait été un homme, nous nous serions battus à justifier les faits associés à un film sur un homme plus âgé qui séduit une jeune fille et la manipule jusqu’à ce qu’elle s’enfuit de la maison familiale. Ce n’est pas le film que nous voulions faire.

Votre scénario est-il basé sur des cas réels?

C: Non, Emprise n’est pas basé sur une histoire vraie. Nous avons cherché des cas similaires, mais nous n’avons rien trouvé de comparable.

J: C’est probablement parce que de tels cas ne sont pas rapportés, en particulier ceux avec une différence d’âge comme dans notre film. Il y a un stigmate associé à la dénonciation d’agression physique ou sexuelle commise par une femme. Au-delà de ce fait, il existe des éléments révélateurs dans la relation entre Laura et Eva qui se retrouvent dans la plupart des relations abusives.

D’un point de vue photographique, comment votre travail en photo a-t-il évolué vers ce film? En quoi la conception de vos photos est-elle différente de celle de vos images filmées et en quoi les deux médiums sont-ils similaires? Les principes de cadrage, de profondeur de champ, d’éclairage et d’étalonnage diffèrent-ils dans les deux cas?

C: Passer de la photographie au cinéma était un passage naturel dans notre cheminement artistique. Quand nous mettions en scène une photo, nous l’abordions toujours comme si nous faisions un film; on construisait un décor, on l’habillait, on l’éclairait, on travaillait avec des acteurs, etc… Tout ce qui manquait, c’était le mouvement, donc la transition fût assez facile. Nous avions réalisé beaucoup de publicités avant de tourner notre film, ce qui nous a vraiment aidé à gérer un plateau de tournage et son équipe, à découper des scènes, à faire la mise en place et à diriger des acteurs. En ce qui concerne la différence entre les deux médiums, je ne crois pas qu’ils sont si différents. Chaque image du film a été construite comme si c’était une de nos photographies. Nous étions aussi concentrés et critiques sur chacun des plans que nous le sommes avec notre travail en photo. Nous n’avons jamais tourné un plan juste pour tourner un plan. Tout a été pensé.

J: En ayant travaillé aussi longtemps à créer des images, je crois que nous avons définitivement trouvé une esthétique qui unifie nos photographies et ce film. Toute cette démarche nous a semblé très naturelle.

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