Someone’s Daughter – Film de Wiebke von Carolsfeld

Dans ce suspense aux allures de film de survie, la réalisatrice aborde le remords et la culpabilité et illustre les limites de la justice dans les cas d’agressions sexuelles.

Someone’s Daughter est une suspense psychologique réalisé par la Germano-Canadienne Wiebke von Carolsfeld, qui signe ici son quatrième long métrage de fiction, après Marion Bridge (2002), Stay (2013) et The Saver (2016).

Le film est porté par les performances de Pascale Bussières (Ma vie en cinémascope) et François Arnaud (la série Heated Rivalry) dans la peau d’une avocate de la défense et de son ancien client, accusé de viol. Kidnappés par le père de la victime, et laissés seuls sur une île isolée, ils devront apprendre à collaborer pour s’en sortir. Sous ses airs de film de survie, Someone’s Daughter explore plusieurs thèmes graves, comme la culpabilité et le remords, tout en laissant une place importante au rôle délicat et aux limites de la justice dans les cas d’agressions sexuelles.

Présenté en première mondiale lors de la 30e édition de Fantasia, où il a remporté le Prix du public bronze dans la catégorie Meilleur long métrage québécois, Someone’s Daughter sort en salle au Québec le 23 octobre 2026. Le titre de la verison doublée en français est Sans témoin.

Trois questions à la réalisatrice

La période de développement pour Sans témoin a duré cinq ans. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous battre pour que cette histoire spécifique puisse être racontée et vue sur le grand écran?

En fait, l’histoire remonte à plus loin. La première idée est venue du procès de Jian Ghomeshi et de son avocate, Marie Heinen. La question que je me suis posée était: comment se fait-il que cette brillante avocate choisisse de défendre cet homme qui semble si manifestement coupable d’agressions sexuelles ? Mais Sans témoin ne parle pas d’elle, ni de cette affaire en particulier. Il y a une tendance chez les hommes accusés d’agressions sexuelles d’engager des avocates. Trump le fait, Bill Cosby aussi, tout comme Nygard ou, plus récemment, Frank Stronach. Alors pourquoi ces avocates acceptent-elles? Nombre d’entre elles affirment qu’elles ne font que leur travail, qui est de défendre au mieux leur client. Qu’il doit y avoir une présomption d’innocence. Que tous ont droit à un avocat. Que ce n’est tout simplement pas à elles de juger. Mais que se passerait-il si l’une de ces avocates était confrontée directement aux conséquences de ses actes ? Si sa vie dépendait soudainement de quelqu’un qu’elle avait fait acquitter ? Et si elle ne pouvait plus se cacher derrière le « Je ne faisais que mon travail » ? […] Au fil des années nécessaires pour porter l’idée initiale à l’écran, l’histoire a pris de nombreux tournants, mais mon intérêt pour le sujet ne s’est jamais dissipé.

Quelles étaient vos inspirations?

J’ai mené des recherches approfondies sur des avocates ayant défendu des agresseurs sexuels. J’ai lu leurs livres, écouté leurs entrevues, j’ai discuté directement avec des avocats de la défense et je leur ai même fait lire le scénario. Une autre source d’inspiration me vient de mon enfance en Allemagne, où je me demandais comment mes grands-parents et leurs parents avaient pu laisser le fascisme s’installer. Souvent, l’excuse était : « Je ne faisais que mon travail.» Une justification étrangement similaire à celle de certains avocats de la défense. Malheureusement, les histoires traitant des conséquences de notre système judiciaire pour les victimes de violences sexuelles restent bien trop rares. Prima Face, écrit par Suzie Miller et brillamment interprété par Jodie Comer, aborde évidemment des thèmes similaires, mais cette pièce est sortie bien après les premières versions de Sans témoin. La plupart des films de vengeance, ou ceux qui mettent en scène la survie en milieu sauvage, se concentrent encore sur l’expérience des hommes, à quelques exceptions notables près, comme Une jeune femme pleine de promesses (v.o. Promising Young Woman).

Tout le film se déroule en forêt au Québec. Comment était votre expérience de tournage dans ces conditions et avec une équipe réduite? Quels défis avez-vous rencontrés?

À certains égards, ce tournage a été particulièrement difficile. Nous avons filmé dans les Cantons-de-l’Est, souvent dans des endroits très isolés, dont plusieurs n’étaient accessibles qu’à pied ou en bateau. Il n’y avait pas de loges pour les acteurs et tout le matériel devait être transporté sur place, puis ramené. Pourtant, ce fut aussi un tournage magnifique. L’équipe savait à quoi s’attendre et nous avons tous adoré être en pleine nature. Nous avons également été chanceux que la météo soit clémente, avec seulement une journée de pluie. Comme l’équipe était réduite, une véritable camaraderie s’est développée et chacun y mettait la main à la pâte. Le professionnalisme et l’enthousiasme de Pascale et François ont également beaucoup aidé. La phrase : « On promet que c’est la dernière fois qu’on mouille Pascale » est devenue une blague, car il a fallu la mouiller encore et encore. Et pourtant, elle ne s’en est jamais plaint. C’est vraiment une personne remarquable. Le plus difficile a sans aucun doute été le tournage des scènes dans l’eau. Écrire une longue scène de canoë est facile, mais la tourner sur un immense lac (dans ce cas le lac Memphrémagog) est une véritable épreuve. Notamment une scène où les deux acteurs entrent dans l’eau, avec une cascade, plusieurs caméras, une équipe de sécurité sous-marine et tout le monde entassé sur deux pontons, etc. Bref, je ferai beaucoup plus attention à l’avenir en écrivant ce genre de scènes.

Les questions et réponses reproduites ci-dessus sont extraites du dossier de presse de Someone’s Daughter, fourni par Filmoption International.

Résumé

Une femme est kidnappée par un inconnu puis laissée seule sur une île perdue au beau milieu d'un lac bordé d'une dense forêt. Elle s'appelle Sam et est avocate au criminel. Lui, est un soixantenaire dont la fille s'est suicidée après avoir été violée. Sam rejoint le chalet qui jouxte la berge. Elle y retrouve Paul, qui lui avoue bientôt avoir été l'un de ses clients, il y a une quinzaine d'années de cela. Sam se souvient qu'en effet elle l'avait fait acquitter d'accusations de viol sur une adolescente. Livrés à eux-mêmes, sans réseau cellulaire ni moyen de regagner la civilisation, Sam et Paul vont devoir collaborer s'ils veulent s'extirper de cette fâcheuse situation.

©Charles-Henri Ramond

Distribution

Pascale Bussières (Sam), François Arnaud (Paul), Peter Outerbridge (Borden, le père), Michael Greyeyes (Kent, le cammionneur)

Fiche technique

Genre: suspense psychologique, film de survie - Origine: Québec, 2026 - Durée: 1h36 - Langue V.O.: Anglais - Visa: 13 ans et plus - Tournage: août-septembre 2025, Estrie et Centre-du-Québec - Budget approximatif: 2 M$ - Première: 21 juillet 2026, Fantasia - Sortie en salle: 23 octobre 2026

Réalisation: Wiebke von Carolsfeld - Scénario et dialogues: Doug Taylor, Wiebke von Carolsfeld - Production: Frederic Bohbot, Kacim Steets Azouz - Production associée: Barbara Rosenstein, Valerie Shamash - Production exécutive: Robert Vroom - Sociétés de production: Bunbury Films, Rebel Films, Prospector Films avec la participation financière de Téléfilm Canada, SODEC, Fonds des medias du Canada, Hollywood Suite, Le Fonds Harold Greenberg, et des crédits d'impôts fédéraux et provinciaux - Distribution: Filmoption International

Équipe technique - Conception sonore: Sylvain Bellemare, Luc Raymond- Costumes: Valérie Gagnon-Hamel - Direction artistique: Félix Larivière-Charron - Montage images: Marie-Pier Dupuis – Musique: Peter Venne - Photographie: Léna Mill-Reuillard

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