20h17 rue Darling – Film de Bernard Émond

20h17, rue Darling est à la fois un roman de l’anthropologue Bernard Émond et aussi son deuxième long métrage de fiction, réalisé trois ans après son premier long métrage de fiction La Femme qui boit.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=K2iF2riYFAo

20h17, rue Darling est à la fois un roman de l’anthropologue Bernard Émond et aussi son deuxième long métrage de fiction, réalisé trois ans après La Femme qui boit.

« Au moins une fois dans ma vie, je ferai une bonne histoire avec un fait divers. Pour ne pas boire. Pour ne pas me tuer. Les histoires, c’est la seule éternité à laquelle un mécréant comme moi peut croire. » Voilà en quelques mots comment se présente Gérard, un ex-coureur de faits divers qui, un soir de soulerie, doit sa vie à un lacet défait. [1]

20h17, rue Darling fut présenté à la Semaine de la critique de Cannes en 2003 et remporta le Prix du public pour le meilleur long métrage canadien au Festival international du cinéma francophone en Acadie ainsi que le Prix de la Meilleure interprétation masculine à Luc Picard au Festival international du film francophone de Namur en Belgique. Le film obtint un très grand succès auprès du public et a été pour beaucoup,le révélateur de ce grand comédien qu’est Luc Picard.

Image des comédiens Guylaine Tremblay et Luc Picard dans 20h17 rue Darling (Bernard Émond, 2003 - ©ACPAV)

Guylaine Tremblay et Luc Picard dans 20h17 rue Darling (Bernard Émond, 2003 – ©ACPAV)

Notes du réalisateur

Un road movie dans dix rues

Même si la plus grande partie du film se passe sur un kilomètre carré dans le quartier Hochelaga, 20 h 17 emprunte la structure classique du road movie. Il s’agit d’une quête où le héros, à la suite d’une série de déplacements et de rencontres trouve (ou ne trouve pas) ce qu’il cherche. Dans 20 h 17, Gérard ne trouve pas ce qu’il croyait chercher, c’est-à-dire une raison à l’explosion de son immeuble (et un sens général à sa vie), mais il trouve ce qu’il ne cherchait pas: un nouveau rapport aux autres, un espoir incertain, la possibilité fragile de l’amour. Évidemment, la quête de Gérard était vouée à l’échec, comme l’est de nos jours toute quête d’un sens absolu. Mais ce qu’il aura trouvé lui permettra de continuer à vivre.

La quête de sens

Dans tous les road movies, le héros court après quelque chose et fuit autre chose: son passé, un acte regretté, un affront, une blessure, lui-même. Dans 20 h 17 l’alcool joue tous ces rôles. Toute la tension du film vient de ce que Gérard, qui poursuit une quête de sens, est constamment menacé d’être rattrapé par son passé et par sa passion pour l’alcool. Aussi bien dire que Gérard, le héros qui essaie de se reconstruire une vie et de se trouver des raisons de vivre, est constamment en proie à un désir d’autodestruction. Aspirant au sens, il est aussi attiré par le vide. C’est ainsi que l’alcool joue dans 20 h 17 un rôle beaucoup plus métaphorique que dans La femme qui boit. Dans La femme qui boit, l’alcool était au centre du film, et l’objet de descriptions presque ethnographiques. Malgré le jeu de la chronologie, le mouvement d’ensemble du film était simple: une femme buvait pour oublier et s’enfonçait dans la déchéance de façon prévisible et irréversible. L’enjeu de 20 h 17 est tout autre: c’est la quête de sens qui est au centre du film, une quête problématique à l’issue incertaine, qui se construit sur le modèle de l’enquête policière. Mais au bout du compte, ce n’est ni un film policier ni un traité de philosophie: c’est simplement l’histoire d’un homme en colère, qui court après la vie.

Un héros qui doute, un film de compassion

Gérard est un personnage précaire, un naufragé qui essaie de se réchapper, quelqu’un qui essaie de trouver un sens à sa vie et y parvient mal. Il remonte, mais il peut toujours retomber. Il y a donc dans le film une logique de la rédemption et de la chute. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Gérard n’a rien d’un héros positif. Colérique, parfois antipathique ou intolérant, il a été un journaliste sans scrupules et il n’hésite pas à empocher les mille dollars du garde du corps de M. Demers, à fuir devant ceux qu’il pourrait aider ou à poursuivre son enquête même s’il peut faire du mal. Mais Gérard est aussi quelqu’un qui doute. Il y a quelque chose dans le recours des Alcooliques Anonymes à une Puissance Supérieure qui l’irrite profondément: il y voit une atteinte à sa liberté et à sa responsabilité. Et cette irritation parcourt le film. Gérard a des problèmes avec les bondieuseries, mais enfin, c’est grâce aux A.A. qu’il a arrêté de boire, ce qui lui a sauvé la vie. Alors il croit sans croire, il fait comme si, il doute, il se rebiffe, il rechute, pareil en cela à ces héros de Graham Greene qui, ayant perdu la foi, pratiquent encore parce que sans ces gestes et sans ces rituels il ne leur reste plus rien. Au bout du compte, 20 h 17 est un film sur le doute, dont le héros est un mécréant, quelqu’un qui difficilement sort de lui-même et retrouve le chemin des autres et de la compassion.

Un acteur: le quartier

Adulte, j’ai habité dix ans à Hochelaga, qui est aussi le quartier où ma mère a grandi et où mes oncles et mes tantes ont passé leur vie. C’est un quartier que je connais rue par rue, que j’ai filmé (dans mes documentaires Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisse de traces et L’Instant et la Patience) et que j’aime profondément. Les trois quarts de 20 h 17 ont été tournés dans le quartier. Et la maison de la rue Lafontaine où Gérard a grandi est en réalité celle où mes grands-parents ont vécu.

On connaît les problèmes que vit Hochelaga, qui est un des quartiers les plus pauvres de Montréal. Pas moyen d’y échapper, les journalistes ne voient que cela. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il y a une vie associative extraordinaire dans le quartier. C’est le quartier du Chic resto pop, du Pavillon d’éducation communautaire, des Glaneuses et de dizaines de groupes de citoyens. Un quartier de solidarité et de résistance. Et puis, la vie y goûte quelque chose. Il y a une vie de quartier et un sens du voisinage. Il reste un peu de la culture populaire québécoise qui est en train de disparaître sous les assauts de la culture de masse. Et il y a quelque chose de profondément cinématographique dans le quartier, dans son délabrement et aussi dans sa beauté, dans l’animation de la rue Ontario, dans l’architecture des rues résidentielles, dans ce qui reste d’infrastructures industrielles (la Saint-Lawrence Sugar, le port) et par-dessus tout dans ses gens. C’est pourquoi j’ai voulu que la figuration soit le plus possible assurée par des gens du quartier. Il y a une attitude physique, une façon de s’habiller qui ne s’invente pas.

Visages

Dans plusieurs séquences (en particulier aux réunions des A.A. et à la Caisse populaire, mais aussi au restaurant et à la friperie) Gérard regarde les gens qui l’entourent. La caméra glisse lentement sur ces visages de gens ordinaires. Je veux qu’on regarde ces visages comme on s’attarde devant des tableaux et pour la même raison: pour y déchiffrer quelque chose. Il ne s’agit ni d’une coquetterie cinématographique ni d’un effet de style. Pour moi, tout le film est là, dans ce regard que Gérard porte sur les gens qui l’entourent, sur leur humanité et leur souffrance. Et puis c’est le pari du cinéma, en tout cas du cinéma que j’ai envie de faire: si on regarde quelqu’un avec assez d’intensité, peut-être qu’on en garde quelque chose, peut-être qu’on en comprend quelque chose. Ce n’est presque rien, mais s’il y a un sens à l’expérience humaine, c’est dans ce contact fragile que je le trouve.

Notes du réalisateur Bernard Émond parues dans le dossier de presse du film (retranscrites du site web de radio-canada)

Page d'accueil du microsite du film 20h17 rue Darling

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Référence : [1]: extrait du livre paru chez Lux Éditeur

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