C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès d’Anne Claire Poirier, survenu le 27 septembre, à l’âge de 94 ans. Première femme francophone réalisatrice et productrice à l’ONF, elle y a été active de 1960 à 1997, période durant laquelle elle a signé des films parmi les plus puissants de notre cinématographie, dont Mourir à tue-tête et Tu as crié LET ME GO.

Ci-dessous, les grandes étapes du parcours d’Anne Claire Poirier, telles que mentionnées dans le communiqué de presse fourni par l’ONF au lendemain de sa disparition. À noter que neuf de ses films sont accessibles sur la plateforme onf.ca. Le long métrage documentaire Entretien avec Anne Claire Poirier a été réalisé par Nicole Giguère en 2003. On peut également voir sur le site de l’ONF un portrait réalisé par Denys Desjardins dans le cadre de Une histoire du cinéma – 61 portraits vivants.
Anne Claire Poirier naît à Saint-Hyacinthe en 1932. Après une licence en droit et des études au Conservatoire d’art dramatique, elle entre à Radio-Canada, où elle est tour à tour comédienne, animatrice et critique de théâtre. En 1960, elle passe à l’ONF, où elle est affectée au service des versions, avant de devenir adjointe au montage et à la réalisation, puis monteuse.
Son désir de passer à la réalisation la mène à créer un des premiers films signés par une femme francophone à l’ONF : 30 minutes, Mister Plummer (1963), un documentaire sur l’acteur Christopher Plummer. L’année suivante, elle signe le court métrage de fiction La fin des étés, mettant en vedette Geneviève Bujold, qu’elle coscénarise avec Hubert Aquin.
En 1965, elle réalise le court métrage Les ludions, un film sur l’École nationale de théâtre, alors dirigée par Jean Gascon.
Son premier long métrage, De mère en fille (1968), documentaire qui suit une grossesse réelle, montre le corps de la femme enceinte, ses angoisses et émotions, et évalue la possibilité pour une femme de se réaliser entièrement lorsqu’elle devient mère. Il marque le coup d’envoi du cinéma féministe au Québec.
Avec ses collègues Marthe Blackburn et Jeanne Morazain, elle se bat ardemment, au début des années 1970, pour que des femmes puissent coordonner un programme de films « faits par des femmes, avec des femmes, pour des femmes » à l’ONF, un désir qui se concrétisera par la série de films En tant que femmes, qu’elles ont codirigée. Elle sera notamment productrice de J’me marie, j’me marie pas (Mireille Dansereau, 1973), de Souris, tu m’inquiètes (Aimée Danis, 1973) et du film Les filles c’est pas pareil (Hélène Girard, 1974).
De retour à la réalisation, elle signe Les filles du Roy (1974), un film important qui retrace l’histoire de la servitude des femmes au Québec, offrant un savant collage et une esthétique particulière, que l’on retrouvera dans ses fictions ultérieures.
Son récit le plus classique, Le temps de l’avant (1975), est produit dans le cadre d’En tant que femmes et traite de l’avortement. Ce long métrage de fiction avec Paule Baillargeon est à la fois une recherche en profondeur sur cette question très controversée à l’époque et une reconstitution du drame intérieur des femmes qui y font face.
De 1975 à 1978, elle est productrice exécutive du programme Société nouvelle et chef de studio à la Production française.
Dans son percutant Mourir à tue-tête (1979), elle se penche sur la question du viol individuel et collectif. Film mosaïque, il mêle l’hyperréalisme et la stylisation, les images d’archives et les discussions fictives entre une réalisatrice et une monteuse travaillant au film. Cette œuvre fait l’effet d’une bombe et demeure sa plus marquante.
Après la fiction La quarantaine (1982), elle tourne un téléfilm intitulé Salut Victor! (1988), interprété par Jacques Godin et Jean-Louis Roux et écrit en collaboration avec Marthe Blackburn, scénariste de tous ses films depuis Les filles du Roy.
Pour souligner le 50e anniversaire de l’ONF, en 1989, elle prépare un film de montage, Il y a longtemps que je t’aime, où elle témoigne de l’évolution de l’image des femmes dans les films y ayant été produits.
En 1996, elle signe Tu as crié LET ME GO, troublante et courageuse réflexion documentaire entourant la mort violente de sa fille Yanne, jeune toxicomane assassinée en 1992. Le film touche beaucoup le public et remporte plusieurs prix au pays et à l’étranger, dont celui du meilleur long métrage québécois décerné par l’Association québécoise des critiques de cinéma et un prix Génie. Elle quitte l’ONF en 1997.
Anne Claire Poirier a reçu divers prix et honneurs au cours de sa carrière. En 1985, elle est nommée chevalière de l’Ordre national du Québec et officière en 2008. En 1988, le gouvernement du Québec lui décerne le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction cinématographique québécoise. En 2001, elle reçoit un Prix du Gouverneur général du Canada pour les arts de la scène puis, en 2002, le Jutra Hommage. Elle a reçu le titre d’officier de l’Ordre du Canada en 2003.

