Ange et la femme, L’ – Film de Gilles Carle

Offrant une large place à l’onirisme, L’ange et la femme de Gilles Carle est une métaphore étrange, très éloignée de ses précédentes œuvres. Difficile d’accès, le film fut boudé par les critiques et le public et reste à ce jour l’un de ses moins connus.

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Image extraite du film L'ange et la femme - Morte dans la neige - Au début du film, Fabienne dévale une pente, morte, puis s'arrête, gisant dans la neige. La finale reprend la scène à l'identique.

L’ange et la femme – Morte dans la neige – Au début du film, Fabienne dévale une pente, morte, puis s’arrête, gisant dans la neige. La finale reprend la scène à l’identique (capture d’écran ©filmsquebec.com)

Écrit et tourné par Gilles Carle sans grandes ressources, L’ange et la femme est un conte fantastico-érotique fabriqué avec quelques amis et des comédiens ayant accepté de mettre leur salaire en participation dans la production. [1]

Métaphorique au possible, nourri de références au cinéma de Bergman ou aux expressionnistes allemands, L’Ange et la femme reste encore à ce jour l’oeuvre la plus étrange et sans doute la moins étudiée du grand cinéaste québécois, alors que c’est sans doute celle qui offre le plus matière à psychanalyse.

Délaissant pour un temps la naïveté de Les mâles ou celle de La vraie nature de Bernadette, Carle nous offre une sorte de métaphore sur notre destin, appelant à une re-naissance intime dont les fondements sont faits de beauté magique, d’amour pur, de spiritualité et d’art. Le film convoque aussi bien le rêve idéalisé d’une relation amoureuse mais aussi la dureté de la réalité, qui peut comporter une issue stérile, comme le montre la séquence finale qui revient exactement là où il avait commencé.

Image extraite du film L'ange et la femme - Gabriel (Lewis Furey) tente de ranimer les souvenirs de Fabienne amnésique (Carole Laure)

L’ange et la femme – Gabriel (Lewis Furey) tente de ranimer les souvenirs de Fabienne amnésique (Carole Laure) – (Capture d’écran ©filmsquebec.com)

Contenant plusieurs scènes d’érotisme explicites [2], L’ange et la femme évoque aussi des désirs enfouis. Entre autres celui de retrouver la beauté originelle de la femme. Même si la pornographie n’a ici rien de bien choquant, le corps de Carole Laure est toutefois mis en valeur avec insistance dans une sorte d’idolâtrie de la femme en fleur un tantinet redondante que Carle retrouvera en filmant les courbes de Chloé Ste-Marie dans La postière (1992).

Intentions du réalisateur

L’ange et la femme vient d’une idée que j’ai eue à l’âge de dix-sept ans. c’est une espèce de rêverie adolescente que je réalise à quarante ans. Il s’agit d’une sorte de poème sur la relation qui se noue entre une jeune femme et l’ange qui l’a kidnappée. Évidemment, le film n’est pas tel que je l’aurais probablement tourné à l’époque. J’ai ajouté à l’idée initiale une préoccupation que je n’avais pas à dix-sept ans : la recherche de ce qui est réel chez les êtres. S’y sont aussi greffés des thèmes qui, au fil des années, m’ont intéressé, et plus particulièrement celui des rapports entre le rêve et la réalité.

D’une certaine façon, L’ange et la femme est un film qui va, jusqu’à un certain point, à l’encontre de ce que je suis. C’est un film anti-moi qui me ramène à moi-même. En satisfaisant un rêve de jeunesse, je fais une forme de cinéma qui m’a toujours manqué. Le film risque peut-être de donner une vie nouvelle au cinéma québécois, de l’orienter dans de nouveaux sentiers. [3]

Image tirée du film L'ange et la femme de Gilles Carle - L'un des ravisseurs de Fabienne lui administre une dose de tranquillisant (Capture d'écran ©filmsquebec.com)

L’ange et la femme – La mort : l’un des ravisseurs de Fabienne lui administre une dose de tranquillisant (Capture d’écran ©filmsquebec.com)

Réception critique

L’ange et la femme obtint le Prix de la critique à Avoriaz en 1978 et remporta un succès d’estime auprès de la critique française. Ce fut loin d’être le cas au Québec, où la presse le bouda allégrement, allant même jusqu’à l’accuser de voyeurisme malsain (Carole Laure avait brièvement été sa compagne avant de vivre avec Lewis Furey).

La fantaisie qui caractérise le sujet du film dans son ensemble se fige peu à peu dans les schémas les plus éculés d’un cinéma de consommation le plus banal. La vision d’auteur qui caractérisait les films de Carle s’est singulièrement estompée et si L’Ange et la femme annonce et préfigure Exit, le prochain film de Carle, on pourra penser que ce dernier a trouvé là un titre qui traduit parfaitement une démarche devenue de plus en plus stérile et vidée de ce qui jusqu’ici lui avait donné un sens. [4]


L’ange et la femme déborde de signes et de symboles qui se jettent dans tous les sens comme des balles perdues qui semblent vouloir atteindre une cible unique. En fait, le film suggère beaucoup plus qu’il ne montre. Dommage que plusieurs se soient collés aux seules images réalistes. Gilles Carle nous offre des clefs pour ouvrir les portes de son film, quand il se donne la peine de nous montrer dans l’escalier un livre de Jung : « L’Homme et ses symboles ». [5]


L’ange et la femme est le film le moins réussi qu’ait réalisé Gilles Carle. Il est dommage qu’après le très beau La tête de Normande Sainte-Onge, son meilleur film, Carle se soit livré à un exercice de style gratuit qui n’exerce aucune forme de fascination et qui se replie sur lui-même sans établir aucun lien avec le spectateur. On reste de glace devant cette espèce de rêverie expressionniste qui ne parvient pas à émerveiller. [6]


Office des communications sociales : Le réalisateurs se permet diverses complaisances gratuites et s’attarde à des effets répétitifs dans un récit ennuyeux agrémenté de jolies images. L’interprétation est artificielle, comme le reste. Cote : 5

Image extraite du film L'ange et la femme - Fabienne (Carole Laure) effrayée devant la mort prochaine.

L’ange et la femme – Fabienne (Carole Laure) effrayée devant la mort prochaine – (capture d’écran ©filmsquebec.com)

Notes et références

[1] et [4] Luc Perreault dans La Presse, samedi 16 avril 1977, page D9

[2] dans la version présentée sur certaines télévisions françaises et disponible en DVD, l’une d’entre elle aurait été coupée.

[3] entrevue accordée à André Leroux dans Le Devoir du samedi 9 avril 1977, p.XI

[5] Janick Beaulieu dans Séquences, numéro 89, page 28

[6] André Leroux dans Le Devoir, 16 avril 1977, p.18

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