Petite fille qui aimait trop les allumettes, La – Film de Simon Lavoie

Cinquième long métrage réalisé ou coréalisé par Simon Lavoie, La petite fille qui aimait trop les allumettes est une relecture personnelle de l’œuvre célèbre de Gaétan Soucy.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=WkLIfiFcfJ0

Cinquième long métrage réalisé ou coréalisé par Simon Lavoie, La petite fille qui aimait trop les allumettes est une relecture personnelle de l’œuvre célèbre de Gaétan Soucy (1958-2013) qui avait fait grand bruit à sa sortie en 1998, en plus de remporter le Prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec. Réputé inadaptable à l’écran, le roman avait été l’objet de plusieurs projets de films, dont un qui devait être réalisé par Érik Canuel à la fin des années 2000. C’est en 2013 que Simon Lavoie a été contacté par le producteur Marcel Giroux. Après avoir été coopté par l’auteur de l’oeuvre originale juste avant sa disparition, Lavoie s’est attelé à la tâche hautement casse-gueule que celle de faire revivre à l’écran un univers riche et complexe baigné dans la noirceur d’un Québec marqué par les dogmes et la religion. Il livre un film brutal et audacieux, à l’horreur très graphique, mais laisse cependant percer une part de lumière au bout du tunnel.

La petite fille qui aimait trop les allumettes a été projeté en première mondiale au Festival international du film de Toronto dans la catégorie Contemporary World Cinema, où il a reçu une mention comme meilleur film canadien. La première québécoise a eu lieu dans le cadre de la 46e édition du Festival du nouveau cinéma.

Titre de la version internationale : The Little Girl Who Was Too Fond of Matches.

Notes du réalisateur

Pour moi, La petite fille qui aimait trop les allumettes est un récit initiatique ayant qualité de métaphore. Le film parle d’identité, d’affranchissement et du poids d’un passé qui conditionne le présent. C’est le récit de l’émancipation progressive d’une jeune fille qui s’ignore et qui n’a pas appris à nommer les choses du Monde, à être au Monde. La mort de leur père tyrannique qui détenait seul les clefs de l’univers pour cette jeune fille et son frère constitue « l’année zéro », ce moment décisif, crucial, où tout vient à changer; Frère s’enfoncera dans une sorte de repli, et la jeune fille, elle, tentera de s’émanciper et de s’affranchir, notamment par la connaissance. Cette connaissance passe en partie par cette appropriation du contenu de quelques « livres interdits » oubliés ici et là par Père. Notre jeune fille s’obstine à déchiffrer ces ouvrages qui agissent comme une fenêtre ouverte sur le monde, qui participent de cette prise de conscience. Cette appropriation fera en sorte que la doctrine de Père – qui se fissure déjà largement de son vivant – s’écroulera littéralement sur elle-même à sa mort, dans l’esprit de la jeune fille. Après cette « grande noirceur » qu’était son existence jusqu’alors, il sera donné à notre protagoniste l’occasion de faire sa place dans le Monde.

Pour l’écriture du scénario, je suis reparti de l’impression première que m’avait faite la découverte de ce roman, à l’époque. D’abord le sentiment d’être devant un matériau littéraire fulgurant, de haut profil artistique. Une première intuition se forma donc dans mon esprit : de ce roman sans compromis devait naître un film sans compromis. Mais la transposition d’une telle œuvre littéraire au cinéma n’était pas aisée et n’allait pas de soi. Il m’apparaissait qu’il fallait, pour y parvenir, faire des choix tranchés, des choix assumés. J’étais persuadé en premier lieu qu’il me fallait purger ce récit littéraire de tout ce qui n’était pas filmable, pour parvenir à le transposer à fond dans le pur langage du cinéma. Il fallait privilégier l’action et l’évocation par les images, plutôt que par une narration parlée. Par conséquent, les données narratives qui étaient impossibles à incarner dans des scènes ou qui ne pouvaient pas être évoquées par des images (ou transmises par des dialogues dépouillés) devaient être écartées en totalité ou en partie du scénario dans une optique d’économie narrative. Y perdrait-on au change ? J’avais la certitude que non. Au contraire, ce récit fabuleux porté par des personnages singuliers pouvait selon moi « fonctionner » sans une voix off qui viendrait expliquer, relater et commenter l’action. Les jeux de dialectique, le travail sur la langue, les niveaux de mise en abîme et le métalangage qu’opère l’auteur, s’ils participent bien sûr d’une logique interne indissociable des aspects narratifs du roman, n’en appartiennent pas moins à la littérature. Ils ne devaient pas masquer ni nous faire douter de la force et du pouvoir d’évocation brut de ce récit. Dans mon film, j’ai voulu redonner toute sa place à cette extraordinaire histoire, à ce récit âpre et d’une force poétique prodigieuse qu’a créée Gaétan Soucy et qui se trouve parfois dissimulé derrière l’ornementation littéraire baroque non moins digne d’intérêt du roman. Dans mon adaptation, je souhaitais donc que l’on vive les choses avec le protagoniste principal, et ce, en même temps que lui. Qu’on soit plongé au cœur de l’action, à ses côtés, au cœur des bouleversements qui surviennent dans sa vie.

Notes extraites du site internet du film: https://www.lapetitefillequiaimaittroplesallumettes.com/film

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