[Critique] Décharge: poubelle la vie!

Pour la quatrième fois en un an, le cinéma québécois tente une incursion dans l’enfer des gangs de rues, de la drogue et de la prostitution.

Sophie Desmarais dans Décharge de Benoît Pilon

Sophie Desmarais dans Décharge de Benoît Pilon (©Forum Films)

Décharge possède d’excellentes idées de départ et abonde de métaphores intéressantes. Le résultat final est toutefois plutôt inégal, les prémisses du scénario ne se concrétisant qu’à moitié, en partie à cause d’un scénario aux nombreux raccourcis et manquant parfois de profondeur.

Pierre (David Boutin), un ancien toxicomane marié et père de trois enfants se retrouve confronté à son passé lorsqu’il rencontre Ève (Sophie Desmarais), une jeune prostituée, et tente de l’aider à sortir du milieu. Après l’avoir prise sous son aile – à l’insu de sa femme (Isabel Richer) – Pierre devra se rendre à l’évidence : la jeune femme n’est pas prête à se libérer de ce fardeau.

Deuxième long métrage de fiction de Benoît Pilon, Décharge reçoit un traitement sans ferveur et sans passion pour traiter du problème de société que sont les gangs de rue, la drogue ou la prostitution. Avec son parti pris neutre, le film avait tout pour être un film de qualité. Or, le scénario signé par Pilon et Pierre Szalowski (scénario de Ma fille mon ange) manque de profondeur et élude une bonne part de ce qui aurait dû être le cœur de son sujet. Il en va ainsi du personnage sous-exploité d’Isabel Richer (et de son métier de psychologue), de même que la mise en parallèle du métier d’éboueur du personnage principal et de sa volonté de nettoyer les rues du fléau duquel il a réussi à échapper quelques années auparavant.

Le scénario ne parvient qu’à effleurer ces bonnes idées (la ville comme une décharge à ciel ouvert) et les évacue trop rapidement pour que le film marque suffisamment les esprits. Décharge aurait peut-être gagné en force si les motivations de cet homme  désireux de s’affranchir d’une culpabilité pesante avaient été plus fouillées et approfondies.

Inégal dans son traitement (des images froides et austères contrariées par une musique omniprésente et démonstrative), Décharge possède une ambiance presque surréaliste qui a parfois du mal à faire ressortir l’émotion ou la compassion. Sans être raté, Décharge se place néanmoins assez loin des films précédents de Benoît Pilon.

En résumé

Vouloir aider ses semblables n’est pas forcément une idée lumineuse si l’on en juge par le scénario de Décharge. Dans son deuxième film de fiction, Benoît Pilon dresse un portrait qui se veut lucide sur les problèmes de société que sont la drogue et la prostitution. Hélas, la distance souhaitée par les scénaristes rend le film plutôt froid et par conséquent assez peu touchant. La finale du film, aux multiples raccourcis, nous laisse sur notre faim.

Décharge – Québec, 2010, 1h34 – Un éboueur montréalais s’éprend d’une jeune femme travaillant dans la rue. Il se met en tête de la sortir de son milieu de vie. – Avec: David Boutin, Isabel Richer, Sophie Desmarais – Scénario: Benoit Pilon, Pierre Szalowski – Réalisation: Benoit Pilon – Production: Richard Lalonde (Forum Films) – Distribution: Remstar

Ma note: 

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