[Critique] Jeune Juliette

Avec cette dramédie pop aux visées commerciales assumées, Anne Émond rompt avec le ton grave et dénué d’espoir de ses productions précédentes.

Alexane Jamieson sur le tournage de Jeune Juliette (la jeune fille est dans une salle de classe et regarde la caméra en souriant)
Alexane Jamieson sur le tournage de Jeune Juliette (source: page Facebook du film)

Avec Jeune Juliette, Anne Émond signe une chronique aux visées commerciales clairement affichées, en rupture totale avec tout ce que nous connaissions d’elle. Léger et divertissant, le portrait de Juliette, rouquine rebelle à la recherche d’amour et de reconnaissance, propose des modèles positifs et inspirants, portés par des thèmes universels. Ils sont abordés au travers d’un récit aux accents véristes oscillant entre drôlerie et émotion, qui s’emploie à dénoncer les préjugés, évoquer la difficulté de s’accepter tel que l’on est, et sert un rappel senti au respect de la différence.

Fort heureusement, les messages de cette morale rassembleuse, bien ancrée dans l’air du temps, ne sont pas trop appuyés. Cela dit, malgré toute sa justesse, il faut avouer que le scénario manque d’originalité et, plus gênant, qu’il ne possède pas un arc dramatique assez éloquent pour suffisamment marquer les esprits. Le parcours de Juliette est un peu vite digéré, en plus de ressembler à un abécédaire studieux de multiples variations de la diversité (sexuelle, physique, comportementale, ethnique).

Ce qui surprend, ce sont les choix esthétiques effectués par la réalisatrice, qui se distancie très nettement de l’approche formelle plus « classique » des propositions québécoises de genre similaire. Les incrustations en grosses lettres de parties de dialogue, le « split-screen », la patine un brin « vintage », la trame sonore éclatée (cf. les Dolan, La disparition des lucioles, La femme de mon frère…): autant d’effets visuels branchés qui donnent au film de vagues allures « pop », presque désinvoltes. Cependant, j’ai trouvé que ce style, parfois un peu distrayant, finissait par s’accorder assez bien avec la relative légèreté de l’ensemble. Relative, car si ce langage cinématographique décomplexé semble vouloir s’adresser à un auditoire moins pointu, il n’élude à aucun moment la gravité et l’intimité du sujet. Le problème du mal-être de la gamine donne lieu à des séquences douloureuses, dont une très forte abordée avec délicatesse et sensibilité. Tout comme l’évocation des petites tragédies du quotidien, et celle de la séparation d’avec la mère, dont seule la voix parvient jusqu’à nous. À ces événements vécus avec peine lorsque l’on est ado, s’ajoute une subtile illustration du désÅ“uvrement de la jeunesse, amoureusement lovée dans des vies certes confortables, mais dans lesquelles l’idéal, la passion ou de hauteur d’âme sont souvent rigoureusement absents.

Au final, on retiendra de Jeune Juliette est que s’il est – de loin – le film le plus accessible d’Anne Émond, il n’est pas pour autant le plus anodin.

Jeune Juliette – Québec, 2019, 1h37 – une adolescente de secondaire un peu replète tente de trouver sa voie dans un monde où elle se sent étrangère – Avec: Alexane Jamieson, Léanne Désilets, Robin Aubert – Scénario et Réalisation: Anne Émond – Production: metafilms – Distribution: Maison 4:3

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★★ Moyen
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