Jeune Juliette – Film de Anne Émond

Quatrième long métrage d’Anne Émond, Jeune Juliette relate les péripéties d’une adolescente en crise qui devra apprendre à accepter sa différence.

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Lien YouTube : https://youtu.be/watch?v=4inJc5pFYjs

Avec Jeune Juliette, Anne Émond signe son quatrième long métrage, après Nuit #1 en 2011, Les êtres chers en 2013 et Nelly, sorti en 2016. Partiellement autobiographique, cette chronique douce amère rejoint les rangs, déjà bien fournis, des productions locales récentes qui ont pour thème l’enfance et l’adolescence. À l’instar de Une colonie, La chute de Sparte, Le bruit des arbres et tant d’autres, Jeune Juliette aborde quelques-uns des drames liés à cette étape complexe de la vie. À commencer par la quête de soi, le harcèlement ou l’acceptation de diverses formes de différences. Désireux de proposer des modèles positifs et inspirants pour la jeunesse, ce récit initiatique se démarque des productions précitées – et des précédents films d’Anne Émond – par son traitement décalé, teinté d’humour, et un style « pop » que l’on n’a pas l’habitude de voir pour traiter de sujets aussi graves et complexes.

Notes d’intention de la réalisatrice

« J’ai hâte à quelque chose, mais je ne sais pas à quoi », confie Juliette à son père, en tout début de film. Elle décrit ainsi avec grande éloquence, bien qu’inconsciemment, cette période de la vie tellement excitante mais aussi tellement chargée d’angoisses. Elle ne sait pas ce qu’elle deviendra, mais elle sait qu’elle a hâte de le devenir.

Juliette vivra diverses expériences qui feront qu’elle ne pourra plus jamais être la même. Elle prendra conscience de l’importance (voire même de l’existence) du regard que posent sur elle les gens. L’enfant qu’elle est ne se rend même pas compte qu’elle est rondelette; c’est dire qu’elle ne se rend pas compte que les autres le remarquent, bien sûr. L’enfant qu’elle est peut croire naïvement (magnifiquement, en même temps) que le gars inaccessible dont elle est amoureuse l’aimera bientôt en retour. L’enfant qu’elle est peut croire que sa mère, qui l’a pratiquement abandonnée, l’accueillera à New York à bras ouverts. La fin de l’enfance, c’est un peu cesser de croire à l’impossible.

Je me suis un peu inspirée de ma propre jeunesse pour écrire ce scénario. J’ai moi-même été plutôt grosse, de huit à dix-huit ans, environ. Lorsque je repense à cette période, deux faits m’amusent et me semblent intéressants au niveau dramaturgique. D’abord, ce n’est que très tard, vers mes quatorze ans, que j’ai pris conscience de la situation. Avant qu’à l’école, un élève m’interpelle directement comme « la grosse Émond », je n’avais jamais réfléchi à mon corps, ni comparé celui-ci avec celui des autres. Je pense que je ne m’étais tout simplement jamais aperçue que j’étais en surpoids. Cette inconscience a sans doute mené au deuxième aspect intéressant de cette histoire : le fait d’être grosse ne m’a jamais empêché de rien. J’avais des amies, peu, mais elles étaient loyales et passionnantes. J’essayais toutes sortes de styles, de hippie, à gothique, à punk rock : j’étais plutôt audacieuse et bien dans ma peau. Je tombais amoureuse de garçons qui ne m’aimaient pas en retour dans la réalité, mais ils déclenchaient chez moi de vives rêveries et je vivais avec eux de « vraies histoires imaginaires ».

Jeune Juliette, je l’espère, est un film drôle, coloré, attachant et un peu décalé, à l’image de ses protagonistes. C’est un film qui contemple avec le sourire cette époque de l’adolescence où tout nous semble si dramatique et crucial alors que l’on constatera bientôt à quel point cette époque était belle et simple. C’est un film drôle sans être insipide, nostalgique sans être lourd. Et puisqu’on parle de nostalgie, Jeune Juliette fait quelques références bien senties à mes premiers chocs cinématographiques, ceux de l’enfance, de L’effrontée de Claude Miller à Breakfast Club de John Hugues.

Le cinéma présente très rarement des personnages féminins qui s’aiment et s’assument, malgré leurs failles. On en a besoin, et, personnellement, je crois que j’aurais beaucoup aimé avoir accès à des « Jeune Juliette », dans ma jeunesse. Je souhaite avoir fait un film sur la victoire de la singularité. Les grands gagnants, les vrais héros, ici, ce ne sont pas les représentants de la « norme », ce sont les jeunes différents et pleins de failles mais aussi pleins de personnalité. La rondelette effrontée, la maigrichonne androgyne, l’anxieux surdoué. C’est d’eux dont je suis curieuse, et personnellement, c’est d’eux dont j’attends beaucoup, dans l’avenir.

Notes d’intention de la réalisatrice extraites du dossier de presse

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