Grand Rock, Le – Film de Raymond Garceau

Un paisible trappeur se perd dans l’argent facile et le milieu de la pègre. Premier long métrage de fiction d’un agronome de formation, entré à l’ONF en 1945.

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Carton du titre du film tel que vu dans la bande annonce du drame "Le grand Rock" de Raymond Garceau

Carton de la bande annonce du drame « Le grand Rock » de Raymond Garceau (capture écran – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Après avoir réalisé plusieurs dizaines de courts films documentaires, l’agronome de formation Raymond Garceau signait avec Le grand Rock sa première incursion dans le monde de la fiction. Son scénario, campé dans la campagne québécoise en plein coeur de l’hiver, relate l’histoire d’un jeune trappeur paisible qui finit par succomber aux attraits de l’argent facile après avoir quitté son quotidien terne et sa jeune épouse dépensière.

Traité sous la forme du polar – un genre inédit au Québec à l’époque – le récit de cet « homme pris au piège de l’amour et du crime », comme le mentionnait l’accroche publicitaire, peut être vu comme une métaphore de la perte d’innocence de la société québécoise, dépossédée de ses valeurs judéo-chrétiennes ancestrales à son entrée dans un monde moderne violent et cupide, corrompu par la télévision, la musique yé-yé, les gros chars ou les babioles futiles. Lire une analyse approfondie du film sur le site de l’historien Yves Lever.

Tourné dans la région de Joliette au cours de l’hiver 1967 avec peu d’argent, une toute petite équipe et plusieurs acteurs semi-professionnels, le film connut une longue gestation, ne sortant finalement que deux ans plus tard, sous les huées des critiques.

À noter que Le grand Rock était une double première pour l’ONF puisqu’il s’agissait du premier long métrage en couleur produit par l’organisme fédéral et du premier film à être tourné en vue d’une distribution commerciale en salle. [1] À l’origine du projet, le titre du film était Le Grand Roc.

Rock représente le jeune actuel qui est perdu parce qu’il ne peut pas s’adapter à cause de l’évolution trop rapide au Québec. Tous ces gars qui ont été habitués à vivre dans la nature, parmi les arbres et les haches, ne veulent pas faire du neuf à cinq. J’ai voulu montrer un personnage comme celui-là qui se dégrade. (-Raymond Garceau)

[1] : La Presse, 4 février 1967, supp. 1, p. 2

Citation ci-dessus extraite d’une visite de plateau de Luc Perreault, La Presse, samedi 8 avril 1967, p.39

Francine Racette dans Le grand Rock (la jeune femme est en robe de mariée)

La jeune joliettaine Francine Racette dans le rôle de Régine, « Le grand Rock » de Raymond Garceau (image extraite du film – capture écran – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Critiques d’époque

« Le grand Rock » est un photoroman mal fait, mal construit, mal filmé et mal interprété. On ne peut vraiment rien retenir d’une telle chose qui n’est, somme toute, que de la pellicule gâchée et du temps perdu. Basé sur un scénario des plus stupides, et surtout invraisemblable, le film se déroule de façon cahotante et irréfléchie. On escamote des scènes, on saute des périodes de l’action, et ce n’est surtout pas pour créer un style. Ces choses-là se sentent trop bien. La notion même de style échappe à Raymond Garceau (Robert Lévesque, Le Progrès du Golfe, 21 novembre 1969, p. 18)


Exception faite de quelques étincelles ici et là. Le Grand Rock tient pour l’essentiel à la fois d’un type fort répandu de films de seconde zone tissés de grosse corde et de facilités, et d’un genre de téléroman trop répandu aussi, évoquant et dialoguant nos problèmes avec force effets et clichés plus gros les uns que les autres. (Claude Nadon, Le Devoir, 8 mars 1969, p.17)

Le gros tort avec les cinéastes, c’est qu’ils se montrent les fesses. Ils ne veulent pas rester derrière la caméra. Des trucs, tu sais, à la Godard, des trompe-i’oeil, ça donne rien. C’est trop gratuit. 11 y a une espèce de hantise du Vietnam. Celle aussi des affiches: arrêter une affiche, geler un cadre, changer de couleur, du noir au blanc. C’est des « gimmicks », ça. C’est du vieux cinéma C’est vieux, vieux, vieux, ça. Mon cinéma, c’est de l’avant-garde, complètement. (-Raymond Garceau)

Citation ci-dessus extraite d’un texte de Luc Perreault, La Presse, samedi 1 mars 1969, p.29

Résumé

Rock est un jeune homme sans histoire, aimé de tous les résidents de son paisible petit village des Laurentides. Nouvellement marié avec la rêveuse, mais volage et peu économe Régine, il trouve une jobbine de serveur aux tables à l'hôtel de Paulus. Rapidement, ce "beau grand sauvage" épris de liberté et de nature finit par se sentir à l'étroit dans ce quotidien trop rangé. Il quitte son emploi après une altercation avec un client. L'alcool aidant, il sombre dans la colère et la violence et part s'isoler dans le bois, où il abat une femelle orignal, presque sous les yeux du garde-chasse. Son ami Freddy Brisebois le sauve de ce mauvais pas en le faisant entrer au service du tenancier d'un bar de danseuses dans la ville voisine... Obligé de rembourser les dettes contractées auprès de son mentor, Rock accepte de braquer la banque du village où travaille Régine. Le hold-up tourne mal, Freddy est tué. Puis c'est au tour de Rock d'être abattu par la police après que Régine l'ait balancé.

©Charles-Henri Ramond

Distribution

Guy Thauvette (Rock Duchesneau), Francine Racette (Régine), Jacques Bilodeau (Freddy), Ernest Guimond (Paulus), Pat Gagnon (Charlie), Ian Ireland (l'amant de Régine), Naomi Carter

Fiche technique

Genre: drame - Origine: Québec, ©1968 - Durée: 1h14 - Images: 35mm, couleurs, format 1.37:1 - Langue V.O.: Français - Visa: 13 ans et plus - Sortie en salles: 1 mars 1969 sur un écran à Montréal (St-Denis) - Tournage: du 8 février au 1er avril 1967, à Saint-Charles de Mandeville, région de Joliette - Coût: 178 000 dollars

Réalisation: Raymond Garceau - Scénario: Raymond Garceau - Production: Guy L. Coté - Société de production: Office national du film du Canada - Distribution: Office national du film du Canada

Équipe technique - Mixage: Ron Alexander, Michel Descombes - Montage images: Raymonde Pilon – Montage sonore: Bernard Bordeleau - Musique: Eldon Rathburn - Chanson: "La chanson du grand Rock" interpretée par Claude Valade et Robert Demontigny - Photographie: François Séguillon, Michel Thomas-d'Hoste - Prise de son: Claude Pelletier assisté de Serge Beauchemin

Infos DVD/VOD

Le grand Rock est disponible en visionnement intégral et gratuit sur le site de l'Office national du film du Canada: https://www.onf.ca/film/grand_rock/

Le film est également en location sur Illico et iTunes, grâce à Éléphant, mémoire du cinéma québécois.

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Né en décembre 2008, Films du Québec est un site d'information indépendant, entièrement dédié au cinéma québécois de fiction. Films du Québec contient les fiches détaillées des films québécois, des actualités, des critiques et des bandes annonces et bien plus.
Création et administration : Charles-Henri Ramond, membre de l'Association québécoise des critiques de cinéma.

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