Lucy Grizzli Sophie – Film de Anne Émond

Quatre ans après Jeune Juliette, la réalisatrice de Nelly change radicalement de registre avec ce suspense psychologique scénarisée par Catherine-Anne Toupin d’après sa pièce « La meute ».

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Lucy Grizzli Sophie est le cinquième long métrage de fiction réalisé par Anne Émond. Quatre ans après Jeune Juliette, la réalisatrice de Nelly change radicalement de registre avec ce suspense psychologique que Catherine-Anne Toupin a scénarisé d’après sa pièce « La meute » (qui était le titre de travail du film), en plus d’incarner le personnage principal. À ses côtés, on retrouve Guillaume Cyr et Lise Roy, qui partageaient les planches avec elle lors des représentations de la pièce.

Basé sur une structure narrative et sur des thèmes similaires à Les chambres rouges, Lucy Grizzli Sophie relate la rencontre explosive entre une femme traumatisée et un homme seul et désargenté, qui cache bien ses activités secrètes.

Présenté en première lors de la soirée d’ouverture des Rendez-vous Québec Cinéma, le 21 février 2024, le film sort en salle deux jours plus tard.

4 questions à Catherine-Anne Toupin

D’où vous est venue l’inspiration de cette histoire qui explore la complexité de l’être humain ?

Il y a eu un événement déclencheur alors que je jouais avec Guylaine Tremblay dans Unité 9. Dans la quatrième saison, pour la première fois, son personnage ressent de la colère et de la violence. La réaction du public a été brutale: on n’acceptait pas qu’un personnage de femme réagisse de manière violente à une situation violente. Elle était en prison, elle avait perdu ses deux enfants, elle avait été violée… tout lui était arrivé. Tant qu’elle pleurait dans un coin, on était à l’aise. Mais quand le personnage de Marie Lamontagne a exprimé de la colère et de la violence, et a refusé d’être une simple victime, le public québécois s’est rebellé et les commentaires étaient d’une violence inouïe. Je me suis dit que c’était vraiment intéressant : une femme qu’on présente dans une posture qui n’est pas celle d’une victime, et qui décide d’agir sur la situation, c’est une chose avec laquelle nous ne sommes pas à l’aise. Mettre en scène une femme qui laisse place à sa colère, ça dérange.

C’est ce qui vous a amenée à explorer différents spectres de la violence ?

Oui. Le personnage de Martin a une violence plus frontale. Sophie, elle, déploie une violence plus féminine, destructrice, mais ne verse pas dans la violence physique. La femme peut aussi perpétuer le cercle vicieux de la violence, et le film est une œuvre artistique qui nous y fait réfléchir. À la fin, on ne sait pas quoi penser. On est mal à l’aise par rapport aux personnages et à leurs actions. Ils sont à la fois bourreaux et victimes, et ces zones grises permettent de soulever des enjeux de société forts.

Comment les codes de ce genre ont-ils influencé le développement de la relation entre les deux personnages principaux ?

Le film est un thriller psychologique. Les revirements, les surprises — parce qu’il y a réellement des surprises — viennent du décalage entre qui les personnages prétendent être, et qui ils sont réellement. Il n’y a pas de fusils, pas de couteaux, pas de méchant, et pas de héros. Martin et Sophie, qui traînent tous les deux un lourd bagage, jouent l’un avec l’autre. C’est un jeu toxique, mais excitant. Je les vois comme des joueurs d’échecs qui déplacent leurs pièces, chacun avec un objectif caché, même si l’objectif de Martin est plus explicite. Les motivations de Sophie sont moins claires, car elles se modifient tout au long du film. Les deux personnages essaient tout de même de se rejoindre. Ils passent tout près de le faire, mais à la toute fin, les pièces volent en éclats. Cette histoire-là existe dans ses contrastes et expose comment notre humanité est remplie de contradictions.

Quel est le sujet qui sous-tend tout le film?

En 2015, quand Trump s’est lancé en politique, il y a eu une libération de la parole violente dans le discours public. C’est devenu acceptable de déverser son fiel et sa frustration dans l’espace public, que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux, ou en famille. On a perdu une forme de décorum et c’est en train de nous transformer, de nous désensibiliser comme société. On ne voit plus la violence autour de nous parce qu’on est devenus habitués. On la prend pour acquise. On ne la voit plus, on ne l’entend plus. C’est peut-être le plus grand message du film : les limites de l’acceptable reculent sans cesse. Et nous sommes tous coupables de cette perte de contrôle. C’est pour ça que j’avais envie de parler de ce que j’appelle la « violence ordinaire ». Même si on ne meurt pas de cette « violence ordinaire », on se fait constamment mal, individuellement et collectivement. J’avais envie que nous soyons confrontés à cette forme de violence et qu’on y réagisse.

Les questions et réponses reproduites ci-dessus sont extraites du dossier de presse de Lucy Grizzli Sophie fourni par Sphère Films

Trame musicale

Musiques préexistantes utilisées dans le film Lucy Grizzli Sophie: « Marlene » (Jackson Frank) interprétée par Jackson Frank / « Ma mère l’oye, M.60: le jardin féérique » (Maurice Ravel) interprétée par Andrey Gugnin et Vadym Kholodenko / « Gotta Get Up » (Josey James, Waylon Jefferson) / « Gnossienne No. 4 » (Erik Satie) interprétée par Klara Kormendi / « Best Things In Life Are For Free » (Ben Standage) / « Unstoppable » (Andrew Bojanic, Elizabeth Hooper, James Fenton Marr, Wendy Page) / « Rollin’ (Air Raid Vehicle) » (Wesley Borland, Kasseem Dean, Leor Dimant, William Durst, John Otto, Samuel Rivers) interprétée par Limp Bizkit / « Clint Eastwood » (Jamie Hewlett, Huford Brown, Damon Albarn, Earl Daley) interprétée par Gorillaz / « Petit piano » (Mathieu Gagnon) interprétée par Flore Laurentienne / « Take Yo’ Praise » (Camille Yarbrough) interprétée par Camille Yarbrough.

Résumé

Sophie est partie précipitemment de Montréal. Après avoir conduit pendant des centaines de kilomètres, elle loue une chambre dans un gîte du passant situé au bord d'un lac tranquille. Là, elle est accueillie par Martin et sa tante, la propriétaire. Encore sous le choc, Sophie accepte de rester quelques jours pour se reposer. D'un naturel affable, mais sans le sou et se sentant bien seul dans cette maison rurale isolée, Martin fait tout pour rendre agréable le séjour de leur hôte. Au fil de leurs soirées bien arrosées, les deux inconnus se dévoilent, laissant resurgir leurs démons et leurs peurs. Cependant, plus les jours passent et plus leur complicité s'installe, plus on se demande pourquoi Sophie tient tant à rester dans le coin.

©Charles-Henri Ramond

Distribution

Catherine-Anne Toupin (Sophie/Genevière), Guillaume Cyr (Martin), Lise Roy (Louise), Marjorie Armstrong (Chantal), David Bélizaire (Nico), Max Laferrière (Dave), Stéphane Krau (Luc), Jérémie Earp (James), Louka Amadeo Bélanger-Leos (William), Noé Poblette (Ami de William), Josée Laviolette (Micheline), Ariel Ifergan (Enquêteur)

Fiche technique

Genre: suspense psychologique - Origine: Québec, 2023 - Durée: 1h29 - Langue V.O.: Français - Visa: 13 ans et plus - Images: HD, ratio 2.39:1 - Tournage: durant 29 jours en juillet et août 2022, dans les Cantons-de-l'Est, en Outaouais, dans les Laurentides et dans la région de Montréal - Budget approximatif: 5,2 M$ - Première: 21 février 2024, Rendez-vous Québec Cinéma - Sortie en salles: 23 février 2024

Réalisation: Anne Émond - Scénario: Catherine-Anne Toupin, d'après sa pièce de théâtre de théâtre "La Meute" - Production: Félize Frappier, Louis-Philippe Drolet, Louis Morissette - Productrice associée: Sylvie Lacoste - Productrice déléguée: Marie-Laure Merriaux - Directrice de production: Anaëlle Béglet - Sociétés de production: Azimut Films, K.O.24 avec la participation financière de Téléfilm Canada, SODEC, crédits d'impôts fédéraux et provinciaux - Distribution: Sphère Films

Équipe technique - 1ère assistante à la réalisation: Karine Perron - Conception sonore: Christian Rivest, Sylvain Brassard - Costumes: Noémi Poulin - Direction artistique: David Pelletier - Distribution des rôles: Tania Arana - Mixage: Sylvain Brassard - Montage images: Richard Comeau (CCE), François Jaros – Musique: Martin Léon - Photographie: Olivier Gossot - Prise de son: Yann Cleary

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