Marie-Queur – Film de Sam Fortune

Complètement tombée dans l’oubli, cette production québécoise expérimentale a connu un parcours sulfureux, largement rapporté dans les journaux de l’époque.

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Marie-Queur est un long métrage québécois dont la genèse mouvementée et le parfum de soufre avaient été abondamment relatés, fin 1970 début 1971, dans les manchettes du Télé-radiomonde et du Photo-journal. Quelques semaines après le début du tournage, les actrices Simone Piuze, Roxanne Langlois et Francine Robert, avaient en effet abruptement mis fin à leur contrat pour cause de mauvais traitements et de filmage de scènes érotiques très osées. Elles se plaignaient en outre d’avoir été abusées et harcelées par le dénommé Sam Fortune, producteur, scénariste et réalisateur. Quelques jours plus tard, elles furent rejointes dans leur cause par Paul Delaney, leur partenaire de jeu et auteur des chansons du film. Pas moins de 14 procès ont été intentés contre le film et son auteur.

Sam Fortune à la table de montage (image extraite du Télé-radiomonde du 10 juin 1971)

Sam Fortune à la table de montage (image extraite du Télé-radiomonde du 10 juin 1971)

Surfant sur la vague de scandale créée par la sortie puis le retrait du film danois Quiet Days In Clichy de Jens Jorgens Thorsen, la presse s’est délecté de l’affaire Marie-Queur, dénonçant le manque de sérieux de l’entreprise, qualifiant le film de « cacophonie pornographique », et donnant un portrait peu glorieux de son promoteur, immigré suisse dont le vrai nom serait Samuel Ozkohen. En retour, ce dernier – qui avait tout de l’hurluberlu arrogant – s’était lui aussi abondamment épanché dans les médias pour dénigrer ses vedettes, faire valoir son génie novateur et vanter la portée existentielle profonde de son oeuvre.

« Marie-Queur », ce n’est pas un film, c’est une idée. C’est la dimension des choses. Le moment présent dans l’absence. C’est un état de fait psychologique projeté sur grand écran. Des fois on est là, des fois on n’est pas là… C’est cet état d’esprit que traduit totalement, dans toutes ses dimensions, « Marie-Queur ». (Sam Fortune)

Après un long processus de montage – Fortune disait avoir fait 25 000 coupes -, Marie-Queur a finalement reçu l’aval de la Régie le 3 mai 1971, soit trois jours avant sa première au Cinéma de Paris à Montréal. Classé 18 ans et plus, sans autre forme de restriction, il tint l’affiche pendant quelques semaines dans ce même cinéma avant de sombrer corps et âme, tout comme le bien mal nommé Fortune et une bonne partie de sa distribution.

Le film est évidemment totalement invisible aujourd’hui. Malgré sa disparition, son existence bien réelle témoigne peut-être de la naïveté du monde du showbizz d’alors, en plus de représenter les efforts balbutiants de l’industrie du cinéma au Québec. Il est aussi possible que cette production soit, sans que l’on ne puisse plus le vérifier, une entrée de plus à ajouter à la liste des bien connus « films de fesse » québécois.

À l’origine, Marie-Queur aurait porté le titre de Roxanne, selon Bibliothèques et archives Canada, et Marie-Québec selon Télé-radiomonde.

Critique d’époque

Alors « Marie-Queur », moi, ça me fait rire comme un fou. Si vous n’y allez pas dans cet état d’csprit-là, vous risquez de vous emmerder drôlement. Avis aux freaks du Grand Montréal, aux « potés » et compagnie: you’re gonna have a hell of a time. (Pierre Brousseau, Photo-journal, 23 mai 1971, p.50)

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