Familia – Film de Louise Archambault

Est-il possible de ne pas reproduire les comportements malsains, innés ou acquis, de ses parents avec ses propres enfants? Question ardue à laquelle Familia tente d’apporter un éclaircissement.

http://www.filmsquebec.com/wp-content/uploads/2013/01/familia.jpg

Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=f30JP_lzPQM

Après s’être fait connaître avec son court métrage Atomic saké (1999), vainqueur du Jutra du meilleur court et du meilleur film au Festival Delle Donne International de Turin, Louise Archambault signe avec Familia son premier long métrage de fiction.

À travers le portrait d’une mère insouciante et de sa fille, Louise Archambault essaye de faire le point sur la transmission des valeurs entre générations et aborde de nombreux thèmes reliés à la problématique de la famille québécoise contemporaine, largement délaissée par les hommes.

Familia a remporté le prix du meilleur premier long métrage canadien au Festival de Toronto en 2005 et l’année suivante s’est adjugé le Prix Claude-Jutra de la meilleure première œuvre lors de la soirée de remise des prix Génie.

Familia de Louise Archambault: Gabrielle (Juliette Gosselin) et Marguerite (Mylène St-Sauveur).

Familia de Louise Archambault: Gabrielle (Juliette Gosselin) et Marguerite (Mylène St-Sauveur) – ©micro_scope

Entrevue avec la réalisatrice

De quelle façon et à quel moment ce projet a-t-il pris forme?

J’ai écrit le synopsis de ce film en 2000, il y a cinq ans. Le projet de Familia a pris forme à partir d’un thème : j’avais envie de parler des problèmes de communication entre les membres d’une famille élargie. J’ai donc écrit un synopsis et une première version du scénario. Mais, avec mes personnages de deux mères et de leur fille, c’était évident que je m’enlignais pour parler des relations mère-fille. J’ai donc décidé de synthétiser mon scénario autour de cette problématique en mettant l’accent sur la transmission des valeurs d’une génération à l’autre et en explorant la façon dont chacun développe sa propre identité.

Il y a donc eu, dans un premier temps, une période de recherche et d’écriture. Parallèlement à ce projet de film, j’ai réalisé un court métrage, Mensonges, dans le cadre de la série Entrez côté « court » diffusée à Radio-Canada et à Télé-Québec. Mensonges est une comédie sur les gestes et les mimiques que l’on fait quand on ment. Tout en poursuivant l’écriture de Familia, j’ai également travaillé sur Un crabe dans la tête, du réalisateur André Turpin, en tant que costumière et photographe de plateau.

Entre-temps, j’ai eu un enfant et j’ai pris un temps d’arrêt. Peu à peu, je me suis remise à l’écriture et on a déposé le film en production en 2003. On a obtenu le financement en septembre 2003, mais il a fallu attendre l’été 2004 pour tourner puisque l’histoire se déroule durant cette saison. Et on vient tout juste de terminer le film, en juillet 2005.

Est-ce que la naissance de votre enfant a influencé votre scénario, qui traite des relations parent-enfant?

Non, pas du tout. Vous n’êtes pas la seule à me poser cette question; les gens veulent savoir si le fait d’avoir un enfant a eu une influence sur le tournage et la façon de voir mon scénario. Je ne pense pas. Est-ce que le fait d’être mère a changé ma vision par rapport au sujet du film? Je ne sais pas, parce qu’on n’a pas la même relation, en tant que parent, avec un nouveau-né qu’avec un adolescent. C’est la petite enfance, et donc la relation n’est pas de type conflictuel. Mais s’il y a une chose que j’ai apprise en devenant mère, c’est d’essayer de ne pas juger les autres, de ne pas juger nos parents : ils nous ont donné ce qu’ils ont pu, tout en étant ce qu’ils sont. Il faut arrêter d’en vouloir à nos parents. On dit souvent que les problèmes des enfants découlent de leur relation avec leur mère. Il faut arrêter de penser comme ça et accepter de vivre notre vie avec un certain bagage familial. C’est à nous à évoluer dans notre
propre voie.

Est-ce que c’est si compliqué que ça de sortir d’un pattern familial? Pourquoi avons-nous tendance à nous comporter avec nos enfants de la même façon que nos parents ont agi avec nous? Est-ce que nos comportements sont innés ou acquis?

Comportements innés ou acquis? Je ne pourrais pas dire, je ne suis pas neuropsychologue. J’ai tout de même beaucoup lu sur le sujet, car, ce qui m’intéresse dans le métier de scénariste, c’est de faire de la recherche. On me
demande souvent si mon film est autobiographique, ce qui n’est pas le cas. J’ai une expérience personnelle et je lis beaucoup. Au moment de l’écriture du scénario, je lisais des revues scientifiques, dont plusieurs articles sur la bioneuropsychologie, car je m’intéressais à la mémoire et à la façon dont l’être humain est conçu. Ça me fascinera toujours. J’ai l’impression que je ne toucherai jamais le fond de ces questions parce qu’elles sont en perpétuel développement. Il y a quelques années, des études ont tenté de démontrer que la violence était innée et qu’on pouvait avoir les gènes de la violence. Enfin, je trouve que ça commence à être délicat au niveau éthique. Qu’est-ce qu’on fait avec un enfant qui a les gênes de la violence?

Innés ou acquis? Qu’en sais-je? Mais, avec mon expérience de vie, j’ai l’impression que c’est un peu des deux. On peut considérer que nos comportements sont innés et que, par conséquent, on ne peut rien faire pour changer. Je trouve ça dommage. C’est comme si on jetait l’éponge en se disant qu’on ne peut pas évoluer dans telle direction ou améliorer tel défaut parce que nos parents étaient comme ça, et donc, que c’est inévitable, on est comme eux. Il y a un équilibre à atteindre par rapport à cet « héritage » et c’est ça qui m’intéresse.

Selon les auteurs du livre Mères-filles : une relation à trois que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, il y aurait trois façons de briser un cycle de pattern indésirable : 1) ne pas procréer 2) se suicider ou 3) l’acceptation. C’est cette dernière
alternative qui m’intéresse, car elle implique une prise de conscience qui nous permet de développer notre propre identité et de devenir une personne à part entière. Le passé, au lieu d’être un obstacle à notre évolution, devient une force.

Source : dossier de presse du film

Qui sommes-nous ?

Né en décembre 2008, Films du Québec est un site d'information indépendant, entièrement dédié au cinéma québécois de fiction. Films du Québec contient les fiches détaillées des films québécois, des actualités, des critiques et des bandes annonces et bien plus.
Création et administration : Charles-Henri Ramond, membre de l'Association québécoise des critiques de cinéma.

Catégories

Archives