Rivière sans repos, La – Film de Marie-Hélène Cousineau

Adapté du roman éponyme de Gabrielle Roy, le film suit le parcours d’une jeune femme inuite indépendante, au carrefour de la modernité et de la tradition.

https://www.filmsquebec.com/wp-content/uploads/Riviere-Sans-Repos_affiche.jpg

Lien YouTube : https://youtu.be/watch?v=No-wu8KXxuE

La rivière sans repos est un drame réalisé par Marie-Hélène Cousineau, avec la collaboration de Madeline Ivalu. Adapté du roman éponyme de Gabrielle Roy, le film suit le parcours d’une jeune femme inuite indépendante se trouvant au carrefour de la modernité et de la tradition. Admirative devant la majesté indomptable de sa région, elle découvre dans cette source d’inspiration un moyen d’avancer par ses propres moyens.

Le film a été présenté en première mondiale à Split (Croatie) en septembre 2019, puis lors du Festival du nouveau cinéma (12 octobre), et a eu droit à quelques projections publiques à Winnipeg, Montréal et au Nunavut au courant de l’automne.

Intention de la réalisatrice

Lorsque j’ai lu pour la première fois La rivière sans repos, le roman de Gabrielle Roy, j’ai tout de suite vu se déployer cette histoire devant mes yeux. Débutant comme une jeune fille naïve, Elsa se transforme en la femme indépendante qu’elle n’aurait jamais pensé devenir. Elle prend des décisions que personne aurait imaginé qu’elle puisse prendre et surprend aussi bien sa famille que les colons blancs de son village du Nord. Gabrielle Roy a fait le portrait vivant de la vie et de la trajectoire d’une jeune femme inuk forte. La couleur sombre de la forêt boréale et la majestueuse rivière Koksoak sont le cadre de cette histoire avec en arrière-plan la seconde guerre mondiale et le début d’une colonisation encore plus agressive du Nord.

Elsa, adolescente inuk du Nord québécois dans les années 40 rencontre des gens et voient des choses que jamais ses grands-parents auraient pu imaginer. Elle est astucieuse et indépendante, avide de connaître le « nouveau monde » autant qu’elle se languit du confort des traditions anciennes qui disparaissent trop rapidement. C’est à travers ses yeux que je souhaiterais que le public saisisse son univers. Tandis que la grande rivière Koksoak coule sur le pays d’Elsa, de même les émotions traversent son corps et la portent d’une saison de sa vie à une autre; sa vie qui emprunte des détours tandis que nous la voyons évoluer de jeune fille de 16 ans à femme de quarante.

Peut-être que Gabrielle Roy a conçu l’histoire originale comme une tragédie, Elsa est finalement vaincue par les forces et les conditions de changements sociaux qu’elle ne peut ni prévoir ni contrôler. Alors que je commençais le travail avec l’actrice Malaya Qaunirq Chapman, nous avons créé une autre version du personnage d’Elsa. Dans le film, Elsa tente de prendre le contrôle de son destin malgré les nombreux écueils qu’elle doit affronter. Plutôt que de se lamenter sur son sort, elle prend possession de son destin et façonne son propre monde intérieur.

Pour les hommes qui sont avec elle, Elsa est incompréhensible. Ils ne peuvent pas comprendre son bonheur et désapprouvent ses choix de vie. Ils veulent qu’elle se marie et cesse de gâter son fils ou de vivre d’un endroit à l’autre, mais Elsa est comme l’eau vive de la rivière qui coule sans s’arrêter et elle accepte que la vie, par nature, est constamment changeante. Comme nous la voyons s’arranger pour faire ce qu’elle aime le plus, nous sommes témoins de son accomplissement. Cette prise de conscience s’accompagne de la réaffirmation de son indépendance et de son désir de vivre en paix avec elle-même.

Intention de la réalisatrice extraites du dossier de presse de La Rivière sans repos fourni par Isuma Distribution International

Note de François Ricard, auteur de Gabrielle Roy, une vie

Ce roman, publié simultanément dans sa version originale française et en traduction anglaise (Windflower) à l’automne 1970, elle l’avait écrit à partir d’un souvenir qu’elle gardait d’un voyage en Ungava une dizaine d’années plus tôt. Ce souvenir était celui d’un paysage grandiose, austère et magnifique à la fois, et surtout d’une jeune Inuite de Fort-Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq) qu’elle avait aperçue en train de caresser son enfant aux cheveux bouclés, hérités d’un père de race blanche. De cette image était née la figure d’une héroïne qu’elle avait nommée Elsa et dotée d’un destin qui, aux yeux de la romancière, incarnait à la fois celui d’une femme semblable à toutes les femmes, prise dans les jeux et les drames de l’amour humain, et celui d’une grande civilisation traditionnelle confrontée subitement à l’envahissement et aux valeurs de la modernité apportées par les Blancs venus du Sud. Dès lors, c’est le combat « sans repos », c’est l’hésitation déchirante entre ces deux mondes, l’un représentant la fidélité au passé immémorial et l’autre, l’appel irrésistible du « progrès », qui allait gouverner toute l’existence d’Elsa et dont son fils, Jimmy, serait l’incarnation vivante. Que devait-elle faire de cet enfant issu de deux mondes opposés ? Comment fallait-il l’élever, quels modèles, quelles valeurs lui enseigner ? Et elle-même, écartelée comme la tumultueuse rivière Koksoak qui sépare et unit à la fois le nouveau Fort-Chimo et l’ancien village de ses ancêtres, comment devait-elle vivre sa maternité et sa condition de femme, à la manière de sa propre mère et des femmes de son peuple ou comme le faisaient les mères modernes ?

Évidemment, il n’y a pas de réponse simple à ce dilemme, et la romancière n’en propose pas. Mais à travers Elsa et sa famille autochtone, elle pose la question jusqu’au bout, non comme un problème théorique ou sociologique, mais à travers l’existence concrète des êtres pour qui cette question taraude leur identité même.

Extrait de la note de François Ricard, auteur de Gabrielle Roy, une vie (Éditions Boréal), disponible dans le dossier de presse de La Rivière sans repos fourni par Isuma Distribution International

Qui sommes-nous ?

Né en décembre 2008, Films du Québec est un site d'information indépendant, entièrement dédié au cinéma québécois de fiction. Films du Québec contient les fiches détaillées des films québécois, des actualités, des critiques et des bandes annonces et bien plus.
Création et administration : Charles-Henri Ramond, membre de l'Association québécoise des critiques de cinéma.

Catégories

Archives