Bilan cinéma québécois 2009

Avec près de la moitié des entrées québécoises de l’année, de père en flic a été l’arbre gigantesque cachant une forêt bien malingre.

A quelle heure le train pour nulle part (Aubert - Bertrand)

A quelle heure le train pour nulle part (Aubert – Bertrand)

Quand la fin d’année approche, les marronniers fleurissent. Les marronniers, en plus d’être des arbres très majestueux, sont, en terme de journalisme, ces nouvelles qui reviennent périodiquement et qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau d’une année sur l’autre. En cette période de fêtes, bilans et rétrospectives vont ainsi refleurir dans les journaux, les sites internet et les blogues et occuper l’espace de quelques jours les préoccupations des lecteurs et analystes.

À mon tour donc de vous livrer mes premières impressions sur l’année cinéma québécois 2009.

Les statistiques officielles feront leur apparition dans quelques jours et insisteront sans doute sur la bonne santé du cinéma québécois. En effet, la perte de vitesse constatée depuis quelques années devrait être stoppée cette année (en cela il faut remercier De père en flic). Sans attendre les chiffres, qui diront ce que les analystes veulent en dire, on peut déjà constater que l’année qui s’achève a confirmé des tendances importantes dont les contours se précisent année après année.

En 2009, ce sont 22 films québécois qui auront été distribués sur les écrans de la Province, ce qui correspond à ce que l’on connaît depuis quelques années (1). Cet article ne se concentre que sur ces films et ne tient pas compte des productions considérées canadiennes par la Régie du Cinéma ou l’OCCQ, donc, des films comme La Donation de Bernard Émond ou J’ai tué ma mère de Xavier Dolan ne sont pas pris en compte ici. Voir les films québécois sortis en salles en 2009.

Nuages sur le film de répertoire

Certes il y aura en 2009, six films qui franchiront la vieille barre mythique du million de dollars (il faudra bien la remonter un jour cette barre…). Mais la première tendance qui se dégage de 2009 est bien moins rose. Elle concerne le net déclin de l’assistance des films dits de répertoire (2). Cette année, bien que leurs films représentent près du tiers des productions distribuées, les indépendants ont du se contenter des miettes, tant par leur présence sur les écrans que dans les tableaux du box office. D’après mes données, les sept films de répertoire ont pris l’affiche sur environ 20 écrans à leur sortie en salles, soit une moyenne de moins de 3 salles par film. À l’opposé, les films commerciaux ont disposé de plus de 900 écrans à leur premier week-end, soit une moyenne de plus de 60 écrans par film (3). Résultat, les films de répertoire ne représenteront pas plus de 0,5% des projections et n’attireront qu’environ 5 000 spectateurs pour toute l’année (4). On peut difficilement toucher le fond plus que ça. Et en étant montréalais, je m’estime chanceux!. Bonne santé oui, mais pas nécessairement pour tout le monde.

À mon sens, ces chiffres sont assez inquiétants. À ce rythme, dans quelques années, qui ira encore voir ce type de films, et ou iront-ils les voir ? On a beaucoup parlé de l’arrêt de l’ex-Centris en début d’année et sans vouloir à tout prix trouver un lien de cause à effet, force est de constater que le spectateur de films de répertoire est à classer parmi les espèces en voie de disparition. Dommage, car l’offre proposée était alléchante si l’on pense à Demain, À quelle heure le train pour nulle partNuages sur la ville (titre prémonitoire ?), ou Before tomorrow.

Du rire mur à mur

De père en flic, champion incontesté du box office québécoisL’autre tendance, qui n’en est plus vraiment une, c’est la forte prédominance des comédies dans les choix du public. Est-ce la conséquence de la crise ? Toujours est-il que le public a clairement délaissé les films sombres et plus difficiles pour privilégier la bonne humeur. Pas étonnant donc de retrouver cinq comédies sur les 22 films québécois de l’année. Le public en veut, on lui en donne. Porte-étendard tout désigné, De père en flic s’est taillé la part du lion et a raflé plus de 40% des entrées pour tous les films québécois cette année (5). Ainsi, plus des deux tiers des entrées en salles se sont portées sur des comédies. Il faudrait remonter dans les statistiques pour vérifier la fréquence du phénomène, mais ce chiffre est tout bonnement hallucinant.

Accaparant toute l’attention des médias et du public, De père en flic est presque parvenu à éclipser les autres grosses sorties québécoises de l’été. Distribués en tir groupé bien ordonné, Les Doigts croches, Les Grandes chaleurs, Les Pieds dans le vide et 1981 ont obtenu des résultats forts convenables, mais aucun d’eux n’a vraiment réussi à accrocher le wagon de cette locomotive décidément trop rapide.

Et les autres ?

En dehors de la comédie, la variété du cinéma québécois, tant vantée lors des bilans et des discours, aura été bien réelle cette année. Du thriller aux comédies dramatiques pour jeunes et ados en passant par les drames dont certains capitalisaient sur l’empreinte de leur sujet dans notre imaginaire collectif (Dédé à travers les brumes et Polytechnique), les genres cinématographiques ont été diversifiés. Ajoutons à cela un peu de fantastique, du policier ou de la comédie noire et la boucle est bouclée, le cinéma de genre se porte plutôt bien en 2009 au Québec.

Toutefois, si le choix était vaste, la qualité (ou l’absence de qualité) de certains produits a eu raison de leur carrière. Nombreux sont ceux qui ont du faire face à des échecs cuisants, malgré des budgets plus que respectables (Serveuses demandées, Cadavres, Le Bonheur de Pierre, Grande Ourse la clé des possibles, Pour toujours les canadiens et même Noémie le secret qui semble bien mal parti). Comme tout spectateur averti a pu le faire, j’ai assisté à quelques polémiques entourant certains de ces échecs et mettant aux prises professionnels et médias sur la place publique. Un combat certes pas toujours très relevé, mais révélateur des conditions parfois tendues avec lesquelles la profession doit composer.

Si je n’en retiens que trois

Before Tomorrow (Madeline Ivalu)

Before Tomorrow (Madeline Ivalu – ©Alliance Vivafilm)

Sur le plan de la qualité, le cinéma commercial de 2009 ne m’a pas vraiment satisfait. J’ai même trouvé le niveau plus faible que les années précédentes. Pour prendre des exemples récents, je n’ai pas vu cette année d’équivalent à Maman est chez le coiffeur, à Ce qu’il faut pour vivre ni à Babine. Ces exemples représentent ce que je pense être la « mission » du cinéma commercial : une belle qualité technique sans négliger pour autant un minimum de prise de risque scénaristique. Je n’en ai pas vraiment vu de tel cette année. Dans ma mémoire, 2009 restera donc une année de transition, en attendant mieux l’an prochain.

Pas étonnant donc que mon top trois de l’année soit composé de trois films hélas trop peu populaires:

  1. Robin Aubert et son inclassable À quelle heure le train pour nulle part, définitivement mon coup de coeur de l’année,
  2. Simon Galiero et ses Nuages sur la ville, un premier film qui promet,
  3. Before tomorrow le très beau film de Madeline Ivalu et Marie-Hélène Cousineau.