[Critique] Claire l’hiver : winter spatial

Drôle et débordant d’énergie, cette première fiction donne l’image d’une jeune artiste qui ose s’aventurer hors des formats traditionnels. Bricolage inventif, dénué de formalisme, cet essai est prometteur, à condition que la démarche narrative soit un peu mieux canalisée.

Image renversée de Sophie Bédard Marcotte dans son film "Claire l'hiver" (image fournie par la production)

Sophie Bédard Marcotte dans son film « Claire l’hiver » (image fournie par la production)

Sophie Bédard Marcotte signe un premier long métrage de fiction rigolo et léger qui, s’il se démarque nettement du style de J’ai comme reculé, on dirait [1], en reprend néanmoins plusieurs thèmes. Dans ce Claire l’hiver, court exposé sur l’incertitude, une photographe tente de passer la saison froide en évitant les écueils d’une relation amoureuse bancale, d’une menace d’atterrissage d’un vaisseau égaré dans l’espace, et d’une préparation sans moyens de la première expo de ses travaux. Comme dans plusieurs premiers films récents – on pense notamment aux Scènes fortuites de Guillaume Lambert – on retrouve ici une illustration plutôt amusante des préoccupations de la jeunesse québécoise. En tout cas, celle qui est engagée dans le milieu culturel. Au menu de l’hiver de Claire : des décisions importantes, des choix intimes, des normes sociales et techniques à respecter et la solidité d’une copine qui aide à surmonter certains caps.

Si l’on devine que derrière certaines observations, une part de réalité existe, la cinéaste a eu la bonne idée d’injecter à son portrait une dose non négligeable d’humour, voire d’ironie. Les dialogues, le comique de situation et sa bouille sympathique qui passe bien à l’écran, autant de moyens pour Sophie Bédard Marcotte de désamorcer les bombes. Son approche n’est pas pessimiste, ni moralisatrice. Le regard exempt de cynisme qu’elle porte sur son petit monde fait du bien. Mais le problème, c’est qu’en 65 minutes à peine, rien ne prend vraiment corps. La rupture, que l,on sent désincarnée, l’expo photo dont on peine à saisir l’enjeu dramatique. Même l’inspiration du vaisseau spatial – pourtant originale et prometteuse – ne parvient à son plein potentiel. Certes, l’ensemble est bigarré, dynamique, et possède un charme certain, mais il est très volatile, et donc, superficiel. On ressent cependant chez la jeune cinéaste l’envie de s’aventurer dans des voies formelles différentes, de ne pas suivre de codes, et l’on se plaît à savoir que son prochain film (un road trip à travers les USA) est déjà sur les rails, ne serait-ce que pour mesure l’ampleur de la progression. Mais, en l’état, on en restera sur l’impression que si elles avaient été mieux canalisées et structurées, les bonnes idées de Claire l’hiver auraient certainement livré un tout autre résultat. (Texte rédigé en octobre 2017, lors du FNC) – Note : 2,5 / 5

[1] – son premier film, un documentaire présenté à quelques reprises par la Cinémathèque l’été dernier

Mots clés

Les notes :

★★★★★ Excellent
★★★★ Très bon
★★★ Bon
★★ Moyen
Mauvais

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