[Critique] La run: tapageur

Au cinéma comme ailleurs, la modération a bien meilleur goût. Tapageur et clinquant, La run dispose d’une réalisation névrotique et d’un scénario minimaliste.

Marc-André Boulanger dans La Run de Demian Fuica (image: K-Films Amérique)

Marc-André Boulanger dans La Run de Demian Fuica (image: K-Films Amérique)

Le cinéma québécois aime les bums! Le milieu interlope semble décidément bien à la mode ces temps-ci, avec ce second long métrage des frères Fuica, La run. Après Jephté Bastien et son Sortie 67, après Michel Jetté et les gangs de rues de Bum Rush, après le gentil dealer de The High Cost of Living, voici qu’on nous propose l’histoire d’un garçon tout propret, qui se retrouve obligé de dealer de la drogue pour payer une dette contractée par son père. Il plonge ainsi dans un monde sale et dangereux, pour un temps limité seulement, croit-il. Le scénario de La run nous apprendra ultimement qu’il n’en est rien.

On aurait aimé que La run soit un peu moins tape à l’Å“il. Or force est de constater qu’on a voulu nous en mettre plein les mirettes. Montages saccadés, musique dance ou hard rock parfaitement harcelante, scènes de transition inutiles et mille fois vues ailleurs. À la longue, ces transitions qui se ressemblent toutes, paraissent artificielles et ne servent pas le récit. À ce là s’ajoute plusieurs scènes qui auraient pu être très fortes, mais qui tombent plutôt à plat (le défoulement collectif sur Boutch par exemple) parce réalisées trop froidement ou avec trop peu de moyens.

Mais il aurait aussi et surtout été souhaitable que les personnages de La run aient un tant soit peu de profondeur. Or ici, ils sont beaucoup trop unidimensionnels et ne parviennent pas à provoquer l’empathie ou l’émotion ou tout autre réaction. Le personnage principal, Guillaume, le fils idéal, gentil et calme, qui n’évolue pas d’un iota dès lors qu’il plonge dans un milieu totalement opposé au sien et conserve un caractère tout aussi égal, ne souffrant d’aucun état d’âme. D’autres personnages, surtout les secondaires, souffrent quant à eux d’une représentation improbable (Boutch,  » Le Rat « ), voire ridicule ( » Conan « , le dealer incarné par Léonardo Fuica…). Une galerie de portraits bizarroïdes pas toujours traités de manière égale, plus proche d’une galerie de monstres que de réels visages de l’univers du crime organisé.

Sortant des rôles d’adolescents, Jason Roy Leveillée obtient ici son premier grand rôle dramatique. On lui souhaite des dialogues plus fournis dans ses rôles futurs. Marc Beaupré, qui nous prouve ici que l’on devrait le voir plus souvent et surtout Nicolas Canuel, parfait dans le rôle de patron mafieux droit et intègre.

En résumé

En plus de l’histoire – improbable – du gentil vendeur de pièces d’autos plongé dans l’enfer du monde interlope montréalais, le film des frères Fuica est plombé par de nombreuses redites et des scènes parfois proches du ridicule. La run est une série B tapageuse qui manque sa cible en voulant aborder une problématique sociale majeure.

La Run – Québec, 2010, 1h45 – Un jeune homme bien sous tous rapports doit rembourser une dette contractée par son père. Il se met à vendre de la drogue à domicile – Avec: Jason Roy-Léveillée, Marc Beaupré, Pierre-Luc Brillant, Nicolas Canuel – Scénario: Demian Fuica, Leonardo Fuica, Martin Poirier – Réalisation: Demian Fuica – Production: Leonardo Fuica – Distribution: K-Films

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