Nina Roza – Film de Geneviève Dulude-De Celles

Tourné au Québec et en Bulgarie, ce drame intense explore le déracinement, le deuil et l’absence, tout en se livrant à une réflexion sur la marchandisation de l’art.

Nina Roza est une drame psychologique écrit et réalisé par Geneviève Dulude-De Celles, qui signe ici son quatrième long métrage en carrière et son deuxième de fiction après Une colonie.

Ce film, qui s’appelait à l’origine Fleur bleue, suit Mihail, un immigrant bulgare installé à Montréal qui retourne dans son pays pour évaluer la production artistique d’une enfant de 8 ans, proclamée prodige de la peinture naïve.

Nina Roza a été présenté en première mondiale lors du 76e Festival international du film de Berlin, où il a remporté l’Ours d’argent du meilleur scénario. Rappelons que la cinéaste avit déjà été primée en 2019 à la Berlinale pour Une colonie, présenté dans la section Generation Kplus. Nina Roza ouvre la 44e édition des Rendez-vous Québec Cinéma le 22 avril et sort en salle le 24.

Entrevue avec la réalisatrice

Pourquoi as-tu eu envie de raconter une histoire qui paraît si loin de toi ?

J’ai d’abord été inspirée par le père d’une très bonne amie, immigrant d’Uruguay, qui n’était jamais retourné dans son pays d’origine. Le côtoyant depuis plus de 20 ans, j’ai eu la chance d’en apprendre plus sur son parcours. Sa relation à distance avec les membres de sa famille restés là-bas; sa décision, après plusieurs années, de ne pas retourner les visiter. Il n’y avait pas vraiment de traumatisme pour expliquer ce désir d’exil définitif… Simplement un inconfort à faire face à un passé qui ne trouvait plus d’écho dans le présent, à une autre vie, laissée derrière. En discutant avec lui, je me suis mise à m’imaginer quel serait son parcours s’il avait été poussé à remettre les pieds dans son pays d’origine. Qu’apprendrait-il en chemin?

Ensuite, il y avait un désir de témoigner de façon plus large de mobilité; celle de l’immigration, mais aussi celle d’expatriés temporaires. L’inspiration me vient ici d’un séjour de 6 mois en Europe de l’Est où j’ai eu la chance de travailler autant avec des Roumains s’apprêtant à émigrer au Canada que des expatriés français séjournant en Roumanie. Cette mobilité à deux vitesses, qui mettait en lumière nos iniquités et nos paradoxes, s’incarne à travers le parcours de Mihail et de la galeriste Giulia. Enfin, le personnage de Nina m’a été inspiré par une jeune peintre australienne du nom d’Aelita Andre. Comme Mihail, je l’ai découverte à travers une vidéo virale. Captivée par son cas, j’ai lu sur les enfants peintres prodiges, pour découvrir qu’une expertise devait être faite pour s’assurer de l’authenticité des toiles. C’est en imaginant Mihail en expert allant à la rencontre de cette enfant que m’est apparu le fil conducteur du récit.

Pourquoi avoir décidé d’aborder ces thématiques ?

J’ai toujours été intriguée par le monde de l’art contemporain. Mon père a enseigné les arts visuels et la sculpture; ma mère et ma grand-mère ont fait de l’illustration. L’art visuel a été ma porte d’entrée au cinéma. Jeune, alors que je suivais mes parents dans les musées, je défiais l’ennui en lisant les descriptifs des oeuvres. Réalisant l’écart, ou parfois la complémentarité, entre ces deux éléments (l’oeuvre et le texte qui l’accompagne), j’en suis tranquillement venue à me demander ce qui donnait réellement de la valeur à ces toiles : l’objet physique ou l’histoire dont elle portait la trace ?

L’art contemporain est un milieu qui continue à me fasciner par son caractère spéculatif et ses excès. La place qu’occupe l’artiste dans ce monde marchand aussi. Aujourd’hui cinéaste, étant confrontée moimême à la marchandisation de mes films, je constate le fragile équilibre entre la vie personnelle de l’artiste, son nom, son identité, et le parcours de son oeuvre. Comment, dans ce contexte, préserver le caractère ludique de la création ? Comment demander à une enfant peintre de garder son élan lorsque tout ce qu’elle touche devient monnayable ?

Quels défis avez-vous rencontrés avec ce projet ?

Le casting a assurément été tout un défi ! D’abord, celui de trouver notre Mihail, Bulgare d’origine pouvant s’exprimer parfaitement en français; celui de sa fille, élevée en majeure partie au Québec, s’exprimant avec un accent québécois et une langue bulgare dont elle a hérité de son père. Il est à noter que le bulgare n’est parlé que par 7 à 9 millions de personnes dans le monde… tout comme le français québécois. Trouver des acteurs qui pouvaient aussi bien s’exprimer dans ces deux langues nous a amenés à ouvrir nos frontières, non seulement au Québec et en Bulgarie, mais à toute l’Europe.

Parler d’une réalité qui n’est pas la mienne (celle de l’immigration de Mihail, de la vie en Bulgarie, du monde des marchands d’art) a comporté son lot de défis. J’ai dû faire de plus amples recherches au cours de l’écriture, dialoguer avec des gens du milieu. Il va sans dire que j’ai énormément appris ! À cet effet, la présence d’un coproducteur bulgare dans le développement du projet a été très précieuse. La présence d’acteurs partageant beaucoup de points en commun avec leurs personnages m’aura aussi permis de conserver une justesse tout au long du processus de création. Pour ce qui est du monde de l’art, j’ai eu la chance en cours d’écriture de discuter avec plusieurs acteurs du milieu (collectionneurs, galeristes, consultants en art, commissaires). J’ai effectué un suivi auprès de deux consultantes qui ont lu et révisé différentes versions du scénario. En production, j’ai choisi d’ancrer mon action dans des lieux réels (Arsenal Art contemporain, Galerie Bradley Ertaskiran, entrepôt spécialisé en art) et de faire appel à Aujeault, un artiste montréalais, pour réaliser les toiles de Nina. Il était important pour moi de représenter ce monde de façon crédible et authentique.

Les extraits de l’entrevue ci-dessus sont disponibles dans le dossier de presse du film fourni par Entract Films.

Résumé

Une vidéo d'une fillette bulgare de 8 ans prénommée Nina fait le buzz sur internet. On la voit peignant des tableaux naïfs dignes d'une artiste prodige. Le phénomène attire l’attention de Christophe, collectionneur montréalais. Celui-ci demande à son collègue Mihail de se rendre sur place pour évaluer la valeur du travail de la gamine et d'attester qu'il s'agit bien de ses oeuvres et non d'une arnaque. Réticent, Mihail se résout à retourner pour la première fois dans son pays d’origine, 28 ans après l’avoir quitté. Un voyage au cours duquel il devra affronter les fantômes de son passé.

©Charles-Henri Ramond

Distribution

Galin Stoev (Mihail), Sofia Stanina et Ekaterina Stanina (Nina), Michelle Tzontchev (Rose/Roza), Christian Bégin (Christophe), Chiara Caselli (Giulia), Nikolay Mutafchiev (Bogdan), Tsvetan Todorov (Zarko), Elena Atanasova (Kremena), Svetlana Yancheva (Elvira)

Fiche technique

Genre: drame psychologique - Origine: coproduction Québec-Italie-Bulgarie-Belgique, 2026 - Durée: 1h44 - Langue V.O.: Français, Bulgare - Visa: général - Images: couleurs - Tournage: automne 2024, en Bulgarie et au Québec - Budget approximatif: 4 M$ - Première en salle: 16 février 2026, Berlinale - Date de sortie: 24 avril 2026

Réalisation: Geneviève Dulude-De Celles - Scénario et dialogues: Geneviève Dulude-De Celles - Productrices: Fanny Drew, Sarah Mannering - Coproducteurs: Lorenzo Fiuzzi, Bardo Tarantelli (Italie), Lubomira Piperova, Nikolay Mutafchiev (Bulgarie), Benoît Hansez, Etienne Hansez (Belgique) - Sociétés de production: Colonelle Films (QC), UMI Films (Ita), Ginger Light (Bul), Premier studio plus (Bel) et Echo Bravo (Bel) avec la participation finacière de SODEC, eurimages, Téléfilm Canada, avec l'aide des crédits d'impôts provinciaux, Fondo per le Coproduzioni Minoritarie (Ita), Bulgarian National Film Center, Belgian Tax Shelter, Tax Rebate Bulgaria, Le Fonds Harold Greenberg, CALQ, On Tourne Vert, Radio-Canada, Crave - Distribution au Québec: Entract Films

Équipe technique - 1er assistant réalisation: Gabriel Teller - Conception artistique: Laura Nhem - Costumes: Maya Gili - Coiffures: Dominique Dupras - Distribution des rôles: Tania Arana - Maquillages: Bistra Kechedjieva, Carol-Ann Boivin - Montage images: Damien Keyeux - Musique: Joseph Marchand - Photographie: Alexandre Nour Desjardins - Son: Gilberto Martinelli, Corinne Dubien, Francesco Tumminello

Qui sommes-nous ?

Né en décembre 2008, Films du Québec est un site d'information indépendant, entièrement dédié au cinéma québécois de fiction. Films du Québec contient les fiches détaillées des films québécois, des actualités, des critiques et des bandes annonces et bien plus.
Création et administration : Charles-Henri Ramond, membre de l'Association québécoise des critiques de cinéma.

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