
Dans ma vie de blogueur et de recherchiste consacré au cinéma québécois, rares sont celles et ceux qui auront exercé une influence aussi déterminante que le professeur, critique, essayiste et poète Gilles Marsolais. Cofondateur de l’Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC), il s’est éteint le 3 juin dernier, à l’âge de 86 ans.
Outre l’homme de savoir, le spécialiste émérite en cinéma, Gilles était avant tout l’un de mes mentors, tout comme le furent en leur temps Pierre Véronneau et Yves Lever. Il appartenait à cette lignée de passeurs qui encouragent, qui invitent à persévérer, qui partagent leurs connaissances avec la bienveillance des sages. Nos échanges, la précision de sa pensée et la qualité de ses écrits m’ont profondément marqué. Son regard lucide, dépourvu de condescendance et attentif à l’autre, a façonné une éthique que j’ai tenté d’honorer sur ce site depuis 2008.
Né à Montréal le 22 septembre 1939, Gilles Marsolais laisse une œuvre essentielle pour comprendre les fondements du cinéma québécois. Parmi ses contributions majeures figurent L’aventure du cinéma direct — ouvrage récompensé en 1975 par le Prix de la Société des écrivains de cinéma et de télévision à Cannes — ainsi que sa version enrichie, L’Aventure du cinéma direct revisitée (Les 400 coups, 1997). À ces titres s’ajoute Cinéma québécois. De l’artisanat à l’industrie (Triptyque, 2011), qui demeure une référence incontournable pour quiconque s’intéresse à l’évolution de notre septième art. À une époque où la mémoire culturelle vacille et où l’image circule plus vite qu’elle ne s’examine, relire Marsolais, c’est retrouver des repères de compréhension indispensables.
Son aura — car il faut bien employer ce mot — a débordé le cadre de nos frontières. Premier détenteur au pays d’un doctorat en histoire du cinéma, Gilles a obtenu le diplôme de l’Institut des hautes études cinématographiques de France (IDHEC). Professeur à l’Université de Paris X Nanterre au début des années 1970, il a enseigné sa passion à des centaines d’étudiants français et étrangers. Au Québec, son nom évoque un critique respecté et un passeur infatigable. Il a fondé et dirigé le secteur des études cinématographiques à l’Université de Montréal, où il a animé des dizaines d’ateliers de critique cinématographique, et a collaboré avec de nombreux médias, dont Vie des Arts, Le Devoir, la revue 24 images — où il siégeait au comité de rédaction — ainsi que la série Cinéma d’ici de la télévision de Radio-Canada.
Salut Gilles. Ta voix, ta rigueur et ton humanité continueront de m’accompagner.

