Apparition, L’ – Film de Roger Cardinal

Réalisé par Roger Cardinal dans la foulée d’Après ski, L’apparition est une comédie satirique qui se moque du petit peuple québécois et de ses excès de religiosité.

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Ayant apprécié la collaboration avec René Angelil et Pierre Labelle lors du fameux Après ski, le réalisateur Roger Cardinal les fait re-signer un an plus tard pour cette pantalonnade ratée, dont le sujet, tournant autour de prétendues apparitions de la Vierge Marie dans la ville de Saint-Bruno, en profite pour se moquer sans grande méchanceté, mais sans génie non plus, des excès de religiosité qui ont cours dans la société québécoise de l’époque.

À l’instar de Y’a toujours moyen de moyenner (Héroux, 1973), Tiens-toi bien après les oreilles à papa (Bissonnette, 1971) ou le P’tit vient vite (Carrier, 1972), entre autres, L’apparition est l’une de ces comédies populaires québécoises, à peine plus prudes et sérieuses que les films de fesses de la même période, mais guère plus réussies non plus. Avec sa durée excessive de deux heures, L’apparition n’eut pas droit au succès public et sombra vite dans l’oubli.

Il s’agit du quatrième long métrage de Roger Cardinal, cinéaste à la carrière impressionnante mais resté relativement méconnu qui est devenu membre émérite de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ). À l’origine du projet, c’est Camil Adam (Manette ou les dieux de carton) qui, en plus d’avoir écrit une première version du scénario, devait réaliser et qui a d’ailleurs tourné quelques scènes d’extérieur. Adam s’est par la suite dissocié du projet parce qu’il « n’avait pas de producteur (d’où pagaille au niveau du budget), et que les Baronets, contrairement au scénario original, voulaient s’accaparer tout le devant de la scène », selon ce qu’indiquait un encart dans la revue Cinéma/Québec, vol. 1 no8 (mai-juin 1972)

Encart publicitaire pour le film L'Apparition de Roger Cardinal (Le Petit Journal, 23 mars 1972)

Encart publicitaire pour le film L’Apparition de Roger Cardinal (Le Petit Journal, 23 mars 1972)

Anecdote

Tout le monde s’est étonné de voir, à la fin du film, un caméo avec le curé Raymond Lavoie qui a fait un procès à Après-Ski. Cardinal m’a raconté que Lavoie n’avait pas fait le lien entre les deux films du même auteur au moment du tournage. Mais quand il l’a su, il a quand même accepté sa présence dans le film.

Témoignage de M. Yves Lever

Réception critique

On a peut-être trop misé sur les qualités personnelles et les performances individuelles de tous et chacun, et ça au détriment d’un scénario dont la pire faiblesse est d’être inégal!

Jacques Chrétien, Le Petit Journal, 23 mars 1972, page Cinéma 1


Malgré énormément de détails inutiles, l’absence de rythme, la platitude de certains gags ou la sophistication de certains autres, L’apparition fait quand même rire beaucoup de monde et apporte quelques éléments qui méritent d’être soulignés. Personnellement, j’aime beaucoup les personnages de Rosaire Latendresse (Pierre Labelle, celui des Baronnets qui joue au niaiseux) et de Marie-Claire. Au milieu de tous les autres personnages qui sonnent faux (et qui sont faux, on s’en rend compte plus que jamais) parce qu’ils correspondent trop à l’imagerie-cliché qu’on s’en fait habituellement (le reporter de la télé et son assistante-maîtresse, Ti-Mé le paysan, le couple de millionnaires, etc.), Rosaire et Marie-Claire deviennent très attachants, l’un par son langage bien spécial, l’autre, par son silence. Timide et très niaiseux (apparemment), Rosaire n’ouvre la bouche que pour des monologues (très drôles) à travers lesquels il opère une véritable désarticulation du langage logique et, par approximations successives, se trouve des paroles authentiques et atteint à une sorte de lucidité. Avec sa tendresse et sa naïveté, c’est lui qui touchera finalement le coeur de la très belle et un peu mystique Marie-Claire. Un Charlot parlant aurait sans doute été mieux réussi que Rosaire, mais il aurait été construit sur le même modèle.

Yves Lever, in Relations, avril 1972


Dernier rejeton de la vulgarité québécoise, pour appeler les choses par leur nom. Une ordure de film.

Revue Cinéma/Québec, vol. 1 no 8, page 6.


Le thème de l’apparition contribue à ridiculiser de « bonnes âmes ». Mais le film est plus ridicule encore parce que cette débauche de mauvais goût sombre dans le pire crétinisme. Voilà le navet (par excellence) béni par Mgr Lavoie qui fait une « apparition » ultime comme pour absoudre le pitoyable réalisateur de ce trop long métrage horriblement fadasse.

Revue Séquences, no 69, page 40.


Ci-dessous un extrait de l’avis de l’Office Communications et Société du 24 mars 1972

L’intrigue, d’une insignifiance navrante, va à la dérive au long d’épisodes mal réunis dans une durée de projection insupportablement soufflée. Le réalisateur n’a manifestement aucune idée de ce qu’est la mécanique du gag et les rares bonnes idées sont étouffées par une mise en scène lourde et traînarde. La niaiserie le dispute à la vulgarité et les interprètes bêtifient à qui mieux mieux – Cette comédie se moque sans grande méchanceté de certains excès de religiosité. De nombreux éléments vulgaires se mêlent à l’ensemble. (Coté 7)

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