Après ski – Film de Roger Cardinal

Produit avec un budget pharaonique pour l’époque, Après ski est devenu l’emblème de la comédie grivoise québécoise.

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Produit avec un budget pharaonique pour l’époque (deux ou trois fois le prix d’un film québécois « ordinaire ») à partir d’un roman érotique éponyme de Philippe Blanchont paru en 1966, la comédie érotique culte Après ski peut être vue comme un emblème de la comédie grivoise québécoise, genre né à la fin des années soixante dans la foulée de la libération des mœurs d’une société largement dominée par la morale imposée par le clergé.

Le film est le premier long métrage de Roger Cardinal, anciennement monteur à Radio-Canada (1961-1968) et réalisateur de quelques courts institutionnels. L’année suivante, il réalisera la comédie satirique L’apparition avec Les Baronets puis, dans les années 80, le drame Malarek.

Une scène du film Après ski - Philippe (Daniel Pilon) apprécie particulièrement la jolie starlette Terry Lopez (Céline Lomez) - Source: capture d'écran VHS - ©filmsquebec.com

Une scène du film Après ski – Philippe (Daniel Pilon) apprécie particulièrement la jolie starlette Terry Lopez (Céline Lomez) – Source: capture d’écran VHS – ©filmsquebec.com

À l’initiative du clergé, par les voix du père dominicain Marcel-Marie Desmarais à Montréal et du curé Raymond Lavoie à St-Roch, Après ski et Pile ou face de Roger Fournier furent l’objet de retentissants procès après leur sortie en salles. Le film de Cardinal fut condamné pour obscénité et demeure le seul film québécois à être condamné par un tribunal en vertu du Code criminel (Yves Lever, Dictionnaire de la censure du cinéma au Québec, p. 45).

Si Après ski a mieux traversé les âges que bien d’autres comédies légères de cette période (Les chats bottés, Sept fois par jour, La pomme la queue et les pépins, entre autres), ce n’est certainement pas en raison de ses qualités cinématographiques.

Il faut cependant reconnaître que, outre des scènes dénudées plus crues qu’à l’habitude, le film regorge de célébrités du petit milieu du showbizz québécois, comme l’animateur Robert Arcand, le Baronet René Angélil, l’auteur et interprète Raymond Lévesque, Francine Grimaldi et bien sûr Daniel Pilon. Malgré sa minceur, le scénario d’Après ski se révèle relativement « étoffé » pour le genre, tandis que les décors naturels de la défunte station de ski de Ste-Adèle apportent au film une facture visuelle supérieure à la plupart des comédies de fesses produites en ce temps-là.

Une scène du film Après ski - René Angelil et Francine Grimaldi discutent au comptoir du bar de l'hôtel - Source: capture d'écran VHS - ©filmsquebec.com

Une scène du film Après ski – René Angelil et Francine Grimaldi discutent au comptoir du bar de l’hôtel – Source: capture d’écran VHS – ©filmsquebec.com

Mais l’autre particularité notable d’Après ski, et sans doute celle qui revêt aujourd’hui la vraie satisfaction du film, c’est une trame musicale de premier ordre, dans laquelle on retrouve certes quelques refrains faciles à retenir, dont la chanson du générique interprétée par Céline Lomez, mais surtout de pièces de funk québécois, rythmées et excitantes, dont les orchestrations sont signées Jacques Crevier. Depuis, plusieurs spécialistes remettent en question la paternité de l’oeuvre.

Choquant pour plusieurs, navrant pour la critique, mais amusant pour le grand public, le film a connu un très grand succès en salles, puis sur le marché du visionnement domestique, avec une version VHS sortie au printemps 1984 qui contenait 20 minutes de scènes censurées ainsi qu’une édition en DVD, rare privilège que plusieurs grands films québécois n’ont pas eu la chance de connaître. Au fil des années, Après ski a acquis une aura indéniable et reste, plusieurs décennies après sa présentation, l’un des films québécois les plus connus du public.

Après ski est connu sous plusieurs titres anglais; les évocateurs Sex in the snow ou Sex on skis ainsi que les plus ordinaires Winter games et Snowballin’.

Une scène du film Après ski - Tony se remet de son accident de ski, dans les bras d'une infirmière française délurée - Source: capture d'écran VHS - ©filmsquebec.com

Une scène du film Après ski – Tony se remet de son accident de ski, dans les bras d’une infirmière française délurée – Source: capture d’écran VHS – ©filmsquebec.com

Critiques d’époque

Un film mal fait, amateur, un film où il n’y a pas plus de sexe que dans d’autres films du genre, loin de là, un film dont toute l’intelligence est située en bas de la ceinture, un film sans raffinement, sans subtilité, sans histoire, un film « botché », « garroché », fait dans le but exclusif de faire de l’argent en prenant le monde pour des cabochons (- Jean-Claude Lord, Le Petit Journal, semaine du 11 avril 1971, cahier cinéma, page 3)

Depuis la sortie de ce film, tous les acteurs, Donald Pilon (sic), Céline Lomez, Mariette Lévesque, etc. regrettent tous d’avoir embarqué dans cette galère, les « pôvres »!. C’est sûr qu’il y a de belles photos prises dans la nature, mais à part ça, l’histoire du film est une histoire de consommation pour alimenter en piastres les dirigeants de ce film, qui va rapporter, semble-t-il, le minimum de 1 million sonnant. Il faut féliciter et appuyer le Père Desmarais dans sa Campagne contre la continuité de ces orgies sur nos écrans, qui écoeurent, j’en suis sûr, les jeunes et les moins jeunes, donnant le mauvais exemple à la future génération. (- Bob Fugère, L’Écho du St-Maurice, le mercredi 5 mai 1971)

Chansons

Ces titres sont indiqués au générique: Comme elles sont belles: composée et chantée par Marc Hamilton ; Après Ski: Céline Lomez ; Dors avec moi: Mariette Lévesque ; Les amants: Musique instrumentale / Éditions Tournesol sur disque Trans-Canada

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