Boris sans Béatrice – Film de Denis Côté

Boris sans Béatrice de Denis Côté, relate l’histoire d’une remise en question brutale chez un homme hautain et sûr de lui. Première à Berlin et ouverture des RVCQ pour ce neuvième long métrage de Côté.

Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=j8oxJH6oTNI

Réputé bien au-delà des frontières québécoises, le cinéaste est récipiendaire, entre beaucoup d’autres, des prix de mise en scène et d’interprétation masculine au Festival de Locarno en 2010, pour Curling, du prix Alfred-Bauer au Festival international du film de Berlin et du Bayard d’Or du meilleur scénario au Festival international du film francophone de Namur en 2013, pour Vic + Flo ont vu un ours.

Avec Boris sans Béatrice, Denis Côté signe son 9e long métrage. « Je trouvais que j’avais fait le tour des films avec des personnages qui parlent peu, lâche le cinéaste reconnu pour sa franchise. Dans Curling et Vic + Flo ont vu un ours, deux films de gens avec “les épaules par en dedans”, je laissais parler les silences. Pour ce neuvième film, je voulais au contraire beaucoup de dialogues, avec des personnages éduqués qui ont un verbe pour se défendre. …/… À Berlin, j’ai rencontré Isolda Dychauk, une actrice russe qui vit là-bas, et j’ai voulu travailler avec elle. L’idée de mon film prenant forme, je l’ai vue interpréter l’infirmière qu’engage Boris pour s’occuper de son épouse. En parallèle, je désirais collaborer avec James Hyndman. Il est né en Allemagne, mais il parle russe. Bref, tout ça s’est mis en place par un système de hasards. Mais de façon générale, c’est vrai que je ne déteste pas, dans mes films, me tenir loin d’un Québec trop blanc, trop pure laine. » [1]

James Hyndman de dos dans Boris sans Béatrice (courtoisie K-Films Amérique)

James Hyndman de dos dans Boris sans Béatrice (courtoisie K-Films Amérique)

Le 66e Festival international du film de Berlin qui se tient du 11 au 21 février 2016 a visiblement beaucoup aimé Boris sans Béatrice puisqu’il le présente en première mondiale dans sa compétition officielle.

Au Québec, le film fait l’ouverture des 34e RVCQ le 18 février et sort en salles le 4 mars.

Mot du réalisateur

Je me suis intéressé à un personnage robuste qui connait le prix et le salaire de l’effort, qui ne vit pas le manque et qui n’est pas prédisposé à une quelconque carence sociale, émotive ou financière. Il accueille la vie et se défend par son verbe, par l’arbre de la connaissance qu’il a planté, par un rang social visible et parfois ostentatoire. Sans être désagréable, ni trop sympathique, Boris Malinovsky vit son mitan de l’âge de façon pleine et fière.

J’ai eu le désir de dessiner la gueule d’un certain Québec d’aujourd’hui. J’ai l’impression que dans cet entrepreneur inquiet se bouscule les qualités, forces, tares et gouffres d’un Québec décomplexé qui surfe sur des vagues tantôt pessimistes, tantôt euphorisantes; un Québec satisfait et habitué à son confort social démocrate mais tenté par l’aventure dévorante du néo-libéralisme voire du libertarisme. Le monde intérieur de Boris, jusque là satisfait de sa dormance, est visité par une secousse. Les effets et les traces de ce tremblement se déploient sur toute la durée du film. Le film reste universel sans régionalismes ni désir de faire pittoresque. Les personnages s’expriment dans une langue relevée et sont le produit du métissage d’aujourd’hui.

Le monde des Malinosvky est clair, établi, en bonne position et ancré dans un succès vertueux. Je n’aime pas dire que l’histoire se déroule chez les bourgeois ou les nouveaux riches. Je préfère avancer qu’elle se déploie dans un Québec contemporain, où personne n’a honte du succès mais où le précipice est toujours à un jet de pierre. De cet ensemble, une question en apparence simple se présente Boris, (nous nous la posons tous!) et habite le film de bout en bout: Suis-je une bonne personne? Et aux yeux de qui?

Quelque part en lui, Boris possède la réponse à la question et les clés de l’énigme. Il doit mettre les morceaux d’un puzzle abstrait aux bons endroits et peut-être une sorte de Commandeur récompensera ses efforts et ses bonnes actions. Le spectateur doit sortir de cette histoire avec l’impression d’avoir assisté à un cheminement intime distordu auquel il peut, j’espère, s’identifier. Il y a autour de Boris un monde de serpents et d’échelles. J’ai imaginé des événements qu’il peut contrôler, d’autres qui sont carrément des obstacles à sa jouissance. J’ai imaginé une galerie de personnages qui peuvent l’épanouir comme le contraindre.

Au décollage de l’histoire, l’inconfort de Boris est concret. Il s’agit de la maladie de sa Béatrice. Puis un brassage improbable de cartes s’opère quand on lui annonce qu’il serait responsable du Grand Mal de son épouse. Boris a-t-il fait du mal à quelqu’un? Boris vit-il une mauvaise vie? Pourquoi devrait-on punir Boris? Pour sa richesse? Son succès? Ses excès? Qui aurait décidé de la validité du parcours de vie de notre héros? Il pourrait poursuivre son chemin et attendre la rémission de Béatrice mais le doute est planté en lui. À quel tribunal doit-il répondre? Sa quête n’est pas de nature judéo-chrétienne. Boris n’a pas à se racheter ou même à se prouver. Il n’a qu’à vivre, assumer et comprendre son doute; un doute planté en lui; venu d’ailleurs; un doute qui nous visite tous à un moment ou un autre. [2]

Denis Côté tourne Boris sans Béatrice (source: page Facebook du film)

Denis Côté tourne Boris sans Béatrice (Simone-Élise Girard et James Hyndman – source: page Facebook du film)

[1] Entrevue accordée à François Lévesque dans Le Devoir du 24 août 2015

[2] Extrait du dossier de presse

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