Journal d’un vieil homme, Le – Film de Bernard Émond

Adapté d’une nouvelle de Tchekov, Le journal d’un vieil homme est le septième long métrage de fiction de Bernard Émond. Une réflexion psychologique et pessimiste sur le sens de la vie.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=sI6i7-igkck

Le journal d’un vieil homme est un drame psychologique réalisé par Bernard Émond, qui a choisi pour ce septième long métrage de fiction en carrière d’adapter le récit Une banale histoire d’Anton Tchekov publié en 1889. Le film propose une réflexion sombre et dépassionnée sur les valeurs de la vie, telle que vue par un homme sur ses derniers jours.

Présenté en première mondiale lors de la semaine de la critique à la 65e Berlinale en février 2015, Le journal d’un vieil homme s’appelait à l’origine Katia.

Mot du réalisateur

Il y a des années que je veux adapter Une banale histoire d’Anton Tchekhov. Ce récit, qui date de 1889, est un de ses plus beaux. Pour moi, tout Tchekhov est là : sa compassion, son ironie, sa mélancolie et l’attention pleine de sollicitude qu’il porte aux mouvements de l’âme de ses personnages.

C’est un sombre constat que celui de notre impuissance devant le malheur de ceux qu’on aime, et pourtant le récit nous laisse avec le sentiment que l’amour et la tendresse ne sont jamais perdus. Quelque chose de très doux subsiste à la fin de cette amère histoire : nous passons, nous ne faisons que passer et c’est peut-être en vain, mais l’amour lui-même n’est jamais vain, même s’il ne peut pas tout. Voilà pourquoi la dernière phrase de Nicolas : « Adieu, mon incomparable », est si déchirante. Elle nous laisse seuls avec cette question, peut-être la seule qui compte : « au fond, qu’est-ce qui importe vraiment? »

Pourquoi prendre le risque du cinéma? Le récit existe, bien à l’abri des déformations entre les couvertures des livres, et n’importe qui peut avoir accès au texte intact pour peu que l’envie lui en prenne. Alors pourquoi adapter ce texte?

Par amour. Par amour de Tchekhov ; par amour à la fois de la littérature et du cinéma ; parce que je ne connais rien de plus juste sur la nécessité et les limites de la compassion, sur le vieillissement et l’angoisse de la mort ; parce que ce texte est aussi vivant que s’il avait été écrit hier. C’est pourquoi j’ai choisi de me tenir le plus près possible de ce qui m’apparaît comme le coeur du récit : le lien antre Nicolas et Katia, et pourquoi la narration de Nicolas ne s’éloigne guère du texte de Tchekhov. J’espère ne pas l’avoir trahi.

Extrait du dossier de presse du film

Image du comédien Paul Savoie dans Le journal d'un vieil homme de Bernard Émond

Paul Savoie dans Le journal d’un vieil homme de Bernard Émond

Une banale histoire (Anton Tchekov)

La Pleiade, traduction d’Édouard Parayre

EXTRAITS DU RÉCIT

Quels que soit le nombre de mes pensées et les directions où elles se dispersent, je vois clairement qu’il manque à mes désirs quelque chose d’essentiel, le principal. Ma passion pour la science, mon désir de vivre, (…) et mon aspiration à me connaître moi-même, toutes mes pensées, tous mes sentiments, toutes les idées que je me fais de chaque chose, manquent de l’élément de liaison qui en ferait un tout. Chacun de mes sentiments et chacune de mes pensées vit pour son propre compte, et dans tous les jugements que je porte sur la science, le théâtre, la littérature, mes étudiants, dans tous les tableaux que me trace mon imagination, l’analyste le plus expert ne découvrirait pas ce qui s’appelle une idée générale ou le Dieu des vivants.
Et faute de cela, il n’y a rien. (…)

Je suis vaincu. S’il en est ainsi, ce n’est plus la peine de continuer à penser, il n’y a plus rien à dire. Je vais attendre en silence ce qu’il adviendra.


« Aidez-moi! sanglote-t-elle en saisissant ma main et en la baisant. Vous êtes mon père, mon seul ami! Vous êtes intelligent, instruit, vous avez une longue vie derrière vous! Vous avez été professeur! Dites-moi ce que je dois faire.

– Honnêtement, Katia, je ne sais pas … » Je suis désemparé, confus, touché par ses sanglots et je tiens à peine sur mes jambes.

« Allons déjeuner, Katia, dis-je avec un sourire forcé. Assez pleuré! »

Et aussitôt j’ajoute d’une voix défaillante: « Bientôt je ne serai plus, Katia …

– Rien qu’un mot, rien qu’un mot! dit-elle au milieu des larmes en tendant les mains vers moi. Que dois-je faire ?

– Tu es vraiment extraordinaire! murmuré-je. Je ne comprends pas! Intelligente comme tu es, et, tout à coup, comme ça, tu fonds en larmes … »

Un silence suit. Katia arrange sa coiffure, remet son chapeau, puis froisse ses lettres en boule et les fourre dans son sac, tout cela sans dire un mot et sans se presser. Sa figure, sa poitrine et ses gants sont humides de larmes, mais l’expression de son visage est déjà sèche, sévère … Je la regarde et j’ai honte d’être plus heureux qu’elle. Je n’ai observé l’absence en moi de ce que mes collègues les philosophes appellent une idée générale que peu de jours avant ma mort, au déclin de mes jours, tandis que l’âme de cette pauvre enfant n’a pas connu et ne connaîtra pas la quiétude de toute sa vie. De toute sa vie !

Une banale histoire, in Anton Tchekhov, OEuvres II, Bibliothèque de la Pléiade : pp. 736-739.

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