Acrobate, L’ – Film de Rodrigue Jean

Sixième long métrage du Néo-brunswickois mettant en scène la rencontre puis la passion de deux êtres « traversés par la violence de leur époque ».

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L’acrobate est un drame érotique écrit et réalisé par Rodrigue Jean. Le film été présenté l’automne dernier en première au Vancouver International Film Festival (VIFF), et en compétition nationale au Festival du Nouveau Cinéma (FNC). La sortie en salle est prévue pour le 7 février 2020. La version sous-titrée en anglais s’intitule The Acrobat.

Depuis 1999, Rodrigue Jean a acquis une place à part dans la filmographie québécoise en signant des oeuvres fortes et dérangeantes telles que Full Blast, Yellowknife, ou L’amour au temps de la guerre civile, son dernier film. Avec son histoire de relation torride entre un cadre rangé et un acrobate blessé d’origine slave, ce sixième long métrage en carrière de l’Acadien ne devrait pas échapper à la règle.

Le film s’ancre dans la pensée queer actuelle qui renoue avec les pratiques révolutionnaires d’autres époques. Dans son rapport à la sexualité et plus largement à la vie, il met en lumière le potentiel de transformation à l’oeuvre au coeur de la relation qui unit Christophe et Micha. (Rodrigue Jean)

Notes du réalisateur

Les personnages

Dans sa folle course, le régime économique actuel a pris possession des corps et des âmes. Christophe et Micha, les deux protagonistes de L’acrobate, sont traversés par la violence de leur époque. Dépossédés d’eux-mêmes, ils cherchent à se situer dans un environnement urbain en perpétuelle reconfiguration. L’un et l’autre sont à la recherche d’une issue qui les ramènerait dans la communauté des vivants. Suivant leur rencontre fortuite et à la faveur d’une relation amoureuse qui va très vite les dépasser, ils se heurtent à un univers de contrastes et de paradoxes dont ils ne mesurent pas l’ampleur et les conséquences. Là est tout la beauté tragique de leur destinée. L’acrobate rend compte d’existences inusitées. Il explore les affects de personnages adultes qui, comme chez Genet, Fassbinder ou Pasolini, larguent les amarres et ne s’encombrent pas des normes sociales, si nouvelles soient-elles. Christophe et Micha se réinventent en marge du monde dans le surgissement de leur liberté retrouvée.

Le cirque comme métaphore du monde

À une époque où le désir d’immortalité et le transhumanisme font plus que jamais partie des obsessions occidentales contemporaines, le corps nous apparait dans toute sa fragilité. Ce désir semble paradoxalement activé par une pulsion de mort inédite qui se manifeste par la destruction accélérée des milieux de vie. En ancrant une partie de son récit dans le monde du cirque par le biais du personnage de Micha, L’acrobate met en scène des corps vulnérables en quête d’élévation sous les chapiteaux forains. Il faut se souvenir que, avant que le paysage circassien en Occident ne devienne une célébration du capitalisme mondialisé et transnational, le cirque était un art populaire. Et cet art des pauvres, dont le cinéma s’est souvent emparé avec flamboyance par le passé, faisait volontiers écho aux aspirations des classes dites populaires. Comme chez le poète Robert Lax, le cirque, tel que représenté dans L’acrobate, renvoie à l’image de la (re)création du monde où les acrobates seraient des anges baignant dans l’amour de cette création.

L’ancrage dans l’époque

L’arrière-plan de L’acrobate est évidemment Le dernier tango à Paris (1972). Dans la mouvance de mai 68 et de la libération des moeurs qui a accompagné cette vague de fond, le film sulfureux de Bernardo Bertolucci marquait un changement d’époque et annonçait une profonde transformation des cultures européennes. On connait la suite : rapt des idéaux révolutionnaires qui s’est soldé par le néolibéralisme et fausse révolution sexuelle qui a vu émerger un renforcement de la domination masculine au détriment des aspirations féministes. Aujourd’hui, à l’heure du capitalisme tardif, l’Occident est entré dans une nouvelle période de transformation qui n’a de fait rien de libératrice. L’acrobate s’inscrit dans ce contexte de transformation où les passions du corps constituent l’ultime refuge face au moralisme ambiant. À l’image du monde qui les entoure, les personnages du film sont aspirés dans une spirale vertigineuse mais, dans leur cas, l’expression du désir qui les submerge est un mode d’accès privilégié au plus près de ce qui donne sens à la vie.

La sexualité comme arme de subversion

Les scènes de sexe explicites dans le film sont là comme un miroir du commerce des corps et des sentiments qui caractérise notre temps. L’Internet offre désormais un accès infini et illimité à tout ce que l’imagination du commerce peut produire aujourd’hui dans ce domaine. L’exposition et le viol du corps des femmes sont encore, et peut-être plus que jamais, le tout venant de la production d’images. Par son approche directe des pratiques sexuelles, L’acrobate se propose de mettre en échec le moralisme et l’hypocrisie de notre époque soi-disant libérée, face à ce que l’industrie du spectacle offre en flux continus à notre regard.

Notes du réalisateur extraites du dossier de presse du film fourni par Fragments Distribution

Résumé

Dans une ville nord-américaine en plein boom de la construction, un professionnel d’âge moyen amorce une relation intime avec un acrobate russe alors qu’il visite un appartement. Micha se déplace avec des béquilles, la jambe cassée suite à une chute de trapèze. Les deux hommes se revoient toutes les nuits dans le même appartement que Christophe a acheté précipitamment. Au cœur de l’hiver, coupés du monde extérieur, les amants plongent sans retenue là où leur désir les entraine. (Officiel)

Distribution

Sébastien Ricard (Christophe), Yury Paulau (Micha), Lise Roy, Victor Fomine, Chloé Germentier, Nadine Jean

Fiche technique

Genre: drame érotique - Origine: Québec, 2019 - Durée: 2h14 - Format de tournage: 4K - Cadre: 2.39:1 - Langue V.O.: Français, anglais et russe - Visa: 19 ans et plus - Première mondiale: 2 octobre 2019, Vancouver international film festival - Sortie en salles: 7 février 2020 sur 3 écrans au Québec - Tournage: NC - Budget approximatif: NC

Réalisation: Rodrigue Jean (crédité "Rod Jean") - Scénario: Rodrigue Jean - Production: Maxime Bernard - Producteur exécutif: Rodrigue Jean - Société de production: Transmar Films avec la participation financière de Téléfilm Canada, SODEC, Conseil des arts du Canada, crédits d'impôts fédéraux et provinciaux avec le soutien de Post-Moderne, Radio-Canada - Distribution: Fragments Distribution

Équipe technique - Directeur de production: Simon Marcotte - Coiffure: Nermin Grbic - Costumes: Caroline Poirier - Direction artistique: Joëlle Harbec - Distribution des rôles: Pierre Pageau, Daniel Poisson, Nathalie Boutrie - Maquillage: Kim C. Frenette - Mixage: Luc Boudrias - Montage images: Omar Elhamy - Montage sonore: Sylvain Bellemare, Francis Gauthier, Mathieu Beaudin – Musique: Steve Bates - Photographie: Mathieu Laverdière - Prise de son: Daniel Fontaine-Bégin - Directrice de postproduction: Melany Bourgouin

Infos DVD/VOD

Le film est disponible en VOD depuis le 24 mars 2020.

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