Saint-Narcisse – Film de Bruce LaBruce

Fidèle à ses habitudes, le sulfureux réalisateur n’y va pas par quatre chemins dans ce drame fantasque, sorte de référence au cinéma de série Z des années 1970.

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Saint-Narcisse est le deuxième long métrage de fiction produit et tourné au Québec par le Canadien Bruce LaBruce, sept ans après Gerontophilia.

Comme à son habitude, le sulfureux réalisateur, connu pour L.A. Zombie ou The Raspberry Reich, continue de bousculer les préjugés et les codes avec ce suspense fourre-tout, mêlant le gothique, le fantastique, le drame familial, la chronique érotique. On y aborde sans gants blancs les questions de gémellité, de narcissisme, d’inceste et d’homosexualité, tout en illustrant le drame des abus sexuels commis par les prêtres. C’est joyeusement tordu, sublimement anodin et ça ne manque pas d’audace, mais ce n’est certainement pas pour tous les publics.

Présenté en première mondiale au Festival de Venise en 2020, où il reçut le Prix Meilleur Film Graffetta d’Oro), Saint-Narcisse a ensuite continué sa route dans quelques festivals majeurs, comme le TIFF, le festival de Busan, ou celui de Sitges. La première québécoise avait eu lieu en octobre 2020 au Festival du nouveau cinéma de Montréal. Le film est à l’affiche dans quelques villes du Québec dès le 24 septembre.

Trois questions à Bruce LaBruce

Le film traite de nombreux éléments culturels classiques, tant de la mythologie que de l’iconographie chrétienne. Comment avez-vous abordé ces derniers ?

Saint-Narcisse est un amalgame de références à la mythologie classique, à la religion organisée et à la vie des sorcières et des saints. Mais j’étais surtout intéressé par la manière dont ces mythes ont été interprétés historiquement au cinéma. Je pensais à l’interprétation contemporaine de Cocteau du mythe d’Orphée, par exemple, ou à l’interprétation suprêmement gay de Derek Jarman de Saint Sébastien, ou à la façon dont les lesbiennes sont souvent codées comme des sorcières dans les films grand public. Ma représentation du catholicisme dans le film est largement basée sur la façon dont il a été interprété dans les films, de « Salo » de Pasolini à « Les Diables » de Russell. En d’autres termes, mon interprétation de la mythologie est basée sur la façon dont je la vois dans mon imaginaire basé sur des influences cinématographiques.

Pouvez-vous nous parler du thème de la dualité et d’une pièce manquante au cœur du film?

Il y a plusieurs dualités dans le film : ville/pays, sorcellerie/religion, homme/femme, gay/lesbienne, mère/père, anglais/français. Le monde de Béatrice, la Terre Mère – la maison dans les bois, la nature, la sorcellerie, l’art du bricolage, la marijuana, les désirs saphiques – est mis en contraste avec le monde du père Andrew – le monastère, l’artifice, la vie mystique des saints, art classique, drogues chimiques, désir d’homosexualité. Il y a deux paires de jumeaux dans le film – Dominic et Daniel, les jumeaux littéraux, et Agathe et Irene, la mère et la fille identiques, qui sont toutes deux l’objet du désir de Béatrice. Le film est ambivalent à propos de ces dualités, célébrant et critiquant les aspects des deux, et suggérant en fin de compte qu’à certains égards, ce sont les deux faces d’une même pièce (les pièces occupent une place prépondérante dans le récit – la pièce que Dominic rend à Béatrice est parallèle à la pièce de Saint Sébastien que le Père André a donnée à Daniel pour qu’il la porte autour du cou). S’il manque une pièce au film, c’est peut-être la notion de morale. Le film ne porte pas de jugement sur les personnages et leurs écarts à la morale conventionnelle. Il en explore ses potentialités

Saint-Narcisse est votre deuxième long métrage fait au Québec. Quel est votre rapport avec le Québec et au cinéma québécois?

Sans mentionner le fait que pour une raison quelconque, je n’ai pas obtenu de financement dans ma province natale de l’Ontario, j’ai toujours eu une forte appréciation pour le cinéma québécois depuis que je suis enfant. En fait, Gérontophilie et Saint-Narcisse sont en quelque sorte des hommages à des films tournés au Québec à la fin des années 60 et au début des années 70 comme Kamouraska de Jutra et la grande trilogie de Paul Almond, Isabel, The Act of the Heart et Journey. En raison de la mentalité des « deux solitudes », inhérente à la psyché canadienne, le Québec a développé une culture et un cinéma très distincts qui sont sans doute plus politiques et plus rigoureux sur le plan esthétique, témoignant peut-être d’une sensibilité plus européenne. J’aime donc travailler avec des acteurs et des équipes québécoises qui considèrent le cinéma comme essentiel à leur expérience culturelle.

Les questions et les réponses ci-dessus sont extraites du dossier de presse anglophone du film. La traduction est de l’auteur de la fiche.

Résumé

Au début des années 1970, au Québec. Lorsque sa grand-mère meurt, le jeune, beau et narcissique Dominic en apprend plus sur sa mère et sur le fait qu'elle ne serait pas morte comme on le croyait. Connaissant vaguement l'endroit où chercher, il débute sa quête. Il retrouve sa maternelle, qui vit en réclusion dans les bois avec la jeune et mystérieuse Irène. Des liens étranges et forts se nouent entre eux. Mais, Dominic ne tarde pas à s'apercevoir qu'il a un frère jumeau identique, résidant dans un monastère où il subit la loi d'un prêtre menaçant.

©Charles-Henri Ramond

Distribution

Felix-Antoine Duval (les jumeaux), Tania Kontoyanni (la mère), Alexandra Petrachuk (Irène), Andreas Apergis (Père Andrew), Angèle Coutu (la grand-mère)

Fiche technique

Genre: genrefilm - Origine: coproduction Québec-Ontario, 2020 - Durée: 1h41 - Langue V.O.: Français, Anglais - Visa: en attente - Première: 11 septembre 2020, Festival de Venise - Giornate degli Autori - Sortie en salles: 24 septembre 2021 - Tournage: été 2019 - Budget approximatif: 2 à 2,5 M$

Réalisation: Bruce LaBruce - Scénario: Martin Girard, Bruce LaBruce - Production: Nicolas Comeau, Paul Scherzer - Sociétés de production: 1976 Productions et Six Island Productions avec le soutien financier de CBC Films, Téléfilm Canada et la SODEC - Distribution: AZ Films

Équipe technique - 1er assistant: Marc Larose - Conception sonore: Ryan Birnberg, Keith Elliott - Costumes: Valérie Gagnon-Hamel - Conception visuelle: Alex Hercule Desjardins - Mixage: Keith Elliott - Montage images: Hubert Hayaud – Musique: Christophe Lamarche-Ledoux - Photographie: Michel La Veaux - Prise de son: Marcel Chouinard

Qui sommes-nous ?

Né en décembre 2008, Films du Québec est un site d'information indépendant, entièrement dédié au cinéma québécois de fiction. Films du Québec contient les fiches détaillées des films québécois, des actualités, des critiques et des bandes annonces et bien plus.
Création et administration : Charles-Henri Ramond, membre de l'Association québécoise des critiques de cinéma.

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