Un été comme ça – Film de Denis Côté

Avec ce 14e long métrage, le réalisateur brosse les portraits de trois femmes hypersexualisées réunies pendant un mois dans une maison de repos afin d’échanger sur leur addiction.

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Un été comme ça (That Kind of Summer en version internationale) est une drame de mœurs écrite et réalisée par Denis Côté. Pour son 14e long métrage, le réalisateur de Curling explore la sexualité féminine en brossant les portraits de trois femmes hypersexualisées réunies pendant un mois dans une maison de repos afin d’échanger sur leur addiction en compagnie d’une thérapeute et d’un travailleur social.

Cette étude inusitée s’inscrit dans l’oeuvre d’un cinéaste qui a toujours regardé l’altérité et filmé les marges sans les juger. Ici, c’est à travers les récits de ces femmes dont les comportements sexuels pourraient être qualifiés par certains de déviants. Comme à son habitude, c’est sans faux-semblants que l’auteur de Vic & Flo ont vu un ours décortique des histoires douloureuses, crues et comportant de nombreux détails explicites, laissant transparaître des êtres blessées dans leur intimité, sans cesse à la recherche d’une forme de reconnaissance.

Présenté en compétition officielle à la Berlinale en février 2022, le film est sorti en France le 27 juillet et au Québec le 19 août. La première québécoise non officielle avait eu lieu le 23 avril 2022, dans le cadre d’une séance surprise des Rendez-vous Québec Cinéma.

Intentions du réalisateur

Au départ, il y eut une étincelle en forme de discussion colorée et décousue. Nous étions trois ou quatre à parler d’une autre époque plus légère et chaude du cinéma québécois. A quel moment s’est tu le cinéma québécois d’exploitation? Ces films des années 70 où l’on déshabillait sans se gêner la Québécoise avec des ambitions mercantiles cheap et à peine voilées ; ces films osés et brouillons, essentiels au paysage diront certains, sont disparus parce que les moeurs changent, parce que l’acceptabilité sociale évolue, parce que rendre adulte un cinéma national impliquerait d’en cacher le versant moins fier, semble-t-il.

De cette discussion, nous avons glissé sur la relative absence du sexe sur nos écrans. Outre une nudité frileuse occasionnelle, quand la sexualité s’est-elle imposée comme sujet assumé et principal dans un film québécois? Nous n’avons pu nommer que très peu de films depuis 25 ans. Pourquoi? Une pudeur qui serait propre à nous, vraiment? La réserve des auteurs, des producteurs et du système? Pourquoi si peu d’exemples? Un homme hétéro, aujourd’hui, avec les nombreuses considérations de notre époque, pourrait-il même penser s’intéresser, financer, produire, réaliser un film dit `sérieux’ sur le sujet, sans faux fuyants, nudité bien assumée à l’appui? La discussion se raffinait.

J’ai réfléchi et je me suis laissé prendre. Les lectures, l’Histoire, les recherches, les rencontres, puis l’envie d’écrire un film dense et intime avec de beaux personnages impétueux et fragiles, simplement. Les démons du sexe, le manque, l’envie, la célébration d’une sexualité décomplexée puis son désabusement, sans jugement, sans fameux message ni conscientisation morale. Sans vouloir choquer et sans chercher à être dans l’air du temps. Le défi était lancé : forcément mes mots et mon regard mais un univers et une parole féminine, la plus juste possible, sans qu’à l’arrivée on m’accuse de sexisme, de misogynie, d’appropriation, était-ce possible?

Avant d’accompagner et bonifier la scénarisation d’un maximum de regards féminins (ma conseillère Rachel Graton, quelques lectrices externes et deux des actrices espérées pour le projet) et après de conséquentes rencontres avec des sexologues intervenantes du collectif Les 3 sex, j’étais armé de paramètres pour me lancer dans une fiction de cinéma, moins intéressée par les « cas sociaux », la science et l’histoire que par le désir d’ausculter l’intime de personnages complexes. Car il importait aussi de comprendre et considérer ce que moi l’auteur, j’ai envie de dire ou de véhiculer comme image de la sexualité; en l’occurrence, ici, une sexualité féminine blessée, rarement discutée ou analysée dans la sphère publique.

J’ai délibérément choisi avec mes collaboratrices de ne pas victimiser les personnages, de ne pas parler de maladie, de ne pas faire un film thérapeutique qui cherche ce qui est bien et moins bien pour la santé sexuelle d’une personne. Avec cette oeuvre, je veux dire qu’il y a toutes sortes de sexualités. Qu’il faut d’abord et avant tout célébrer ce fait, sans juger ni piéger les gens pour leurs choix. Il n’est pas question non plus de faire l’apologie des « déviances » pour servir un film « cool » ou subversif. Pour moi, le film est un parcours bienveillant pour des femmes qui s’en sortiront, ou pas. C’est une pause, un accompagnement dans leur cheminement.

Voici 26 jours de suspension, une parenthèse enchantée ou désenchantée. Je ne règle pas de problèmes. Le cinéma n’intervient pas en ambulancier. Voilà mon intention, aussi simple soit-elle, et aussi décevante soit-elle pour un spectateur avide de solutions et de suspense facile.

Il s’agira donc de Geisha, de Léonie et d’Eugénie, qui n’ont peut-être pas encore trouvé leur propre façon d’aimer, et qui se valorisent par une sexualité gourmande, aveugle et agressive. Derrière le titre du film, volontairement naïf, je veux entrer dans l’intimité des pensionnaires de la maison. Chacune à leur manière, elles sont belles mais affligées, toutes différentes et bien caractérisées, en quête d’introspection et d’une lumière au bout du tunnel de leurs addictions. Elles se souviendront de cet été-là; de ces 26 jours exploratoires, de ces moments de confidence, d’écoute et d’apaisement.

Avec Rachel Graton, ma consultante, nous n’avons pas voulu nous positionner dans une vision morale car, finalement, cette position (surtout servie par un homme scénariste et cinéaste) ramènerait au vieux constat pétrifié qu’une femme au cinéma ne puisse être autre chose qu’un « sujet sexuel » ou, pire, un objet considéré au travers du male gaze).

Mon souhait était de faire un film hyper-sensible qui déjoue toutes les attentes. D’un tel scénario, écrit par un homme, on attendrait les coups, les cris, du muscle, du nerf et de l’intransigeance. Doutons-en ici. Je veux déjouer cela en offrant une oeuvre apaisée quoique dure, douloureusement belle, qui privilégie les visages et les regards plutôt que les corps. Le film parle avant tout et par-dessus tout d’amour, d’estime de soi et de contact, de ce qui brouille notre nature véritable. Voilà quelques défis pour ce film de sexe salement calme.

Intentions du réalisateur extraites du dossier de presse français du film Un été comme ça fourni par Shellac

Résumé

Trois inconnues, Léonie, Geisha et Eugénie, sont réunies dans une maison de campagne pour un séjour d’observation à l’instigation d’une chercheuse universitaire. Celle-ci a délégué le suivi des participantes à Octavia, une professeure venue de Berlin, qui est assistée de Sami, un éducateur spécialisé. Contraintes de vivre en communauté pendant 26 jours à l’exception d’une permission de 24 heures à mi-parcours, les trois jeunes femmes ont ainsi l’occasion de réfléchir sur leur rapport compulsif à la sexualité. Invitées à discuter de leurs expériences, de leurs désirs et de leurs aspirations, elles s’expriment avec franchise, ce qui n’est pas sans troubler le fragile équilibre entre elles et leurs hôtes. (Synopsis officiel)

Distribution

Larissa Corriveau (Léonie), Laure Giappiconi (Eugénie), Aude Mathieu (Geisha), Anne Ratte-Polle (Octavia), Samir Guesmi (Sami), Josée Deschêsnes, Marie-Claude Guérin

Fiche technique

Genre: drame de moeurs - Origine: Québec, 2022 - Durée: 2h19 - Visa: 16 ans et plus - Langue V.O.: Français - Images: Super 16mm, fomat 1.66:1 - Première: 13 février 2022, Berlin - Sortie en salles: 19 août 2022 - Tournage: 8 août au 10 septembre 2021, pendant 24 jours, dans les Laurentides - Budget approximatif: 2-3 M$

Réalisation: Denis Côté - Scénario: Denis Côté - Conseillère au scénario: Rachel Graton - Production: Sylvain Corbeil, Audrey-Ann Dupuis-Pierre - Producteur délégué: Yannick Savard - Société de production: metafilms avec la participation financière de Téléfilm Canada, SODEC, Le Fonds Harold Greenberg, crédits d'impôts fédéraux et provinciaux - Distribution: Maison 4:3

Équipe technique - Assistante réalisation: Catherine Kirouac - Costumes: Caroline Bodson - Direction artistique: Marie-Pier Fortier - Maquillages: Dominique T. Hasbani - Montage images: Dounia Sichov – Musique: NA - Photographie: François Messier-Rheault - Son: Yann Cleary, Sacha Ratcliffe, Stéphane Bergeron

Affichiste: Miro Denck

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