Viol d’une jeune fille douce, Le – Film de Gilles Carle

Second long métrage de Gilles Carle, Le viol d’une jeune fille douce est à la fois une illustration glaçante de l’exploitation de la femme par l’homme et une virulente critique sociale.

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Julie Lachapelle (Julie) et Katerine Mousseau (Katerine) dans Le Viol d'une jeune fille douce de Gilles Carle (image promotionnelle dans laquelle les deux jeunes femmes semblent attirées par une personne ou un onjet hors cadre)

Julie Lachapelle (Julie) et Katerine Mousseau (Katerine) dans Le Viol d’une jeune fille douce de Gilles Carle (image promotionnelle – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Le viol d’une jeune fille douce est une comédie satirique écrite et réalisée par Gilles Carle, qui signait là son second long métrage après La vie heureuse de Léopold Z.

Souvent comparé à l’esthétique des oeuvres de Godard, ce film propose une illustration glaçante de l’exploitation de la femme par l’homme, l’une des thématiques récurrentes dans le cinéma de Carle. Paradoxale, l’approche de Carle repose sur le personnage de Julie (incarnée par Julie Andrée Lachapelle), tombée enceinte après avoir été violée, protégée par ses frères (les « Lachapelle Brothers »), eux-mêmes violeurs d’une jeune inconnue. Si Le viol d’une jeune fille douce comporte plusieurs moments comiques, notamment par ses portraits de personnages secondaires typés (une autre constance chez Carle), le film n’en propose pas moins une critique virulente de la société québécoise de l’époque.

En ce qui concerne « Le viol d’une jeune fille douce », j’aurais pu montrer, comme dans « Bonnie and Clyde », de la violence au son d’une guitare. J’aurais peut-être alors plus au public (sic), mais je n’aurais qu’une fois encore contribué à faire accepter la violence. J’ai donc décidé de faire un film très doux dans le détail, avec très peu de violence, ou alors seulement la violence imaginaire du viol, chacun confiant à cette séquence ce qu’il veut bien lui confier. J’ai essayé de présenter des existences normales, parfois banales, très quotidiennes, et de montrer dans la structure même du film que la violence existe. (Gilles Carle s’entretenant avec Claude Nadon, Le Devoir, 28 décembre 1968, p. 9)

À noter qu’il s’agit des débuts au grand écran de la carrière des frères Daniel et Donald Pilon, que Carle réutilisera à plusieurs reprises dorénavant.

Présenté en première mondiale à Berlin en juin 1968 devant deux salles combles, Le viol d’une jeune fille douce n’est sorti en salles que six mois plus tard au Québec, remportant un large succès critique et public. Le film est aussi connu sous son titre anglophone The Rape of a Sweet Young Girl.

Daniel Pilon dans Le Viol d'une jeune fille douce (portrait plein cadre avec chapeau de cow boy)

Daniel Pilon dans Le Viol d’une jeune fille douce de Gilles Carle (image promotionnelle – Collection filmsquebec.com – Reproduction interdite sans autorisation)

Critiques d’époque

La jeune fille douce est victime. Si une séquence particulière fait deviner le viol physique d’un personnage féminin secondaire, si le personnage central attend un enfant, le film révèle avant tout un viol psychologique et moral, celui de la jeune femme d’ici qui, à l’image même du pays, cherche maladroitement à se saisir et à fixer les vraies données de son identité et de son devenir. La jeune fille douce est aux prises avec la méchanceté et l’abandon, aux prises avec le cynisme de la vie et des autres, insécurisée presque perdue dans un monde qui ne la comprend pas et qu’elle ne comprend pas non plus. Consciemment ou non, Carie touche du doigt une plaie qui est celle de tous les Québécois, car la jeune fille douce c’est un symbole du pays. (Richard Gay, Maintenant, mars 1969, p.92)


Admirablement écrit, magnifiquement réalisé, interprété sobrement mais d’une façon impeccable, “Le Viol d’une jeune fille douce » a de quoi nous étonner. On demandait à Gilles Carie un film gentil, surtout drôle. Il nous a livré une oeuvre bien à lui, profondément tendre et cruelle. On est un peu gêné d’un pareil cadeau. Mais c’est Noël, profitons-en. (Luc Perreault, La Presse, 28 décembre 1968, 23)

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