Voleur de caméra, Le – Film de Claude Fortin

Premier long métrage de Claude Fortin, Le voleur de caméra tentait à sa manière de « conscientiser les enfants de la TV sur l’urgence de se réapproprier le médium ».

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Un reporter se fait voler sa caméra par un jeune homme qui, déçu de la télévision, s’est mis en tête de faire un remake du film de Denys Arcand Le déclin de l’empire américain. C’est en substance la prémisse de Le voleur de caméra, le premier long métrage de Claude Fortin, qui avait comme objectif de « conscientiser les enfants de la TV sur l’urgence de se réapproprier le médium ».

Produit avec un budget plus que modeste, le film avait permis à Claude Fortin de remporter la prime à la qualité de la SODEC et le prix SARDEC du meilleur scénario (ex-aequo avec Requiem pour un beau sans cœur de Robert Morin).

Notes du réalisateur

La première image que j’ai tournée pour le petit film qu’il nous fallait faire dans le cadre de ce cours a été celle du caméra-reporter d’une chaîne de télé faisant un vox populi dans la rue. Au moment d’être interviewés, une amie et moi, on lui vole sa caméra et on s’enfuit en courant. Ceci est devenu mon premier long métrage, intitulé Le Voleur de caméra. Je m’étais donc approprié le moyen de production de ce médium cinématographique.

Mais, n’ayant étudié ni en cinéma ni en communications, mes premières images – après avoir volé la caméra – étaient naïves et très amateurs. Je cherchais autour de moi, je jouais moi-même mon personnage. Et, en pratiquant de la sorte, je prenais conscience de plusieurs choses au sujet de l’image. Je ne regardais plus la télé ni les films de la même manière. Je m’apercevais aussi que les images que je voyais à la télé ne ressemblaient pas aux miennes, malgré le fait que, même moi, j’essayais de refléter mon environnement. Il faut tout de même se rappeler qu’à cette période de la fin des années 80, celle où nous étions dans la vingtaine, était difficile: chômage, aide sociale, dette d’études à 16% d’intérêts…

Comme plusieurs autres de ma génération, j’avais l’impression que nous étions mal représentés dans pratiquement toutes les sphères de la société et dans les médias. Dans mon premier film, j’ai donc aussi fait un manifeste du FRIP, le Front pour la réappropriation des images du peuple, dans lequel je revendiquais le vol de caméra en question, ainsi que le droit de nous représenter nous-mêmes et ce, en exigeant 25% de la grille horaire, pourcentage correspondant à ce que nous représentions démographiquement.

Extrait de « Du droit de se représenter » par Claude Fortin, Cinéaste et vice-président de Paraloeil, Rimouski paru dans art-ville.org – Texte complet : http://www.arts-ville.org/media/upload/fichiers/claude_fortin4.pdf

Réception critique

Très peu montré en dehors de quelques projections en festivals (dont Toronto), le film reste méconnu du public. Une couverture médiatique importante avait cependant accompagné sa courte carrière au Cinéma Parallèle de Montréal. En voici quelques extraits:

Comme le réclame d’ailleurs si bien le premier film du Québécois Claude Fortin Le Voleur de caméra, il est temps de redonner le pouvoir des images aux enfants de la télévision. Parfois brouillon et malhabile, ce film nous plonge dans l’univers d’une génération sacrifiée, gavée d’images et de B.S. et à qui on demande en retour de se taire. Claude Fortin refuse le silence et c’est tant mieux. Même si son propos se perd à l’occasion dans les circonvolutions de la langue mal maîtrisée, l’essentiel nous atteint de plein fouet, les questions qu’il pose sont les bonnes et remettent enfin en cause la sacro-sainte institution télévisuelle. Bravo! (Mario Cloutier, Séquences : la revue de cinéma, n° 163, p. 6)


Toutes proportions gardées, le film n’est pas sans évoquer de loin un mauvais remake d’À tout prendre, par la mollesse de son personnage principal qui « aimerait faire des choses » mais qui se contente surtout de gémir sur son sort entre deux sorties aux Foufounes électriques. Mais à la différence que le film de Jutra innovait au plan formel, alors que Le voleur de caméra s’emploie plutôt à semer la consternation. (Gilles Marsolais, 24 images, n° 66, p. 72)


Si on résiste à la tentation de décrocher, on se rapproche peu à peu de ce décroché-type, qu’on avait juste envie de secouer comme un prunier au départ, et on en vient à pouvoir regarder avec ses yeux ce drôle de monde dans lequel nous vivons. On apprécie alors à sa valeur, qui est réelle, ce film cent fois plus éloquent par ses imperfections que par ses images et dialogues! (Huguette Roberge, La Presse, 23 janvier 1993, p. D2)


En fin de compte, la critique qu’offre Le voleur de caméra ne se limite d’ailleurs pas qu’à la télévision que l’on peut ici percevoir comme une métaphore de tout l’ordre social actuel. Car comme le reste de la planète, c’est autour de l’argent que tourne ce petit microcosme. (Alexandre Fontaine Rousseau, Panorama-cinéma, juin 2005)

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