Y’est où le paradis? – Film de Denis Langlois

Quatrième long métrage de fiction de Denis Langlois, Y’est où le paradis? relate l’histoire de deux jeunes atteints d’une légère déficience intellectuelle partis à la recherche de leur mère.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=jM_h8bTobME

Y’est où le paradis? (A Paradise Too Far) est réalisé par Denis Langlois qui relate le périple hivernal de deux jeunes atteints d’une légère déficience intellectuelle partis à la recherche de leur mère. Pour le cinéaste québécois, ce quatrième long métrage rompt une longue période de silence, puisque la sortie de son dernier film Amnésie : L’énigme James Brighton remonte à 2005. Au début du projet, le film s’intitulait Michel et Sylvie.

Projeté en première mondiale au Miami Film Festival en mars 2017, Y’est où le paradis? sort sur quelques écrans de la Province le 17 novembre.

Notes du réalisateur

En 2009, mon partenaire Bertrand Lachance et moi sommes allés visiter sa famille en Abitibi, à Rouyn-Noranda. Au retour, nous sommes aussi arrêtés au Lac Guéguen, non loin de Val-d’Or, chez sa tante Gaby et ses deux enfants Michel et Sylvie, aujourd’hui dans la cinquantaine, qui vivent avec une déficience intellectuelle depuis leur naissance. C’était la première fois que je les rencontrais.

Sur la route, par la suite, nous nous sommes demandés ce qui leur arriverait le jour où leur mère décédera. Comment vont-ils gérer ça? Comment comprennent-ils le concept de la mort? Vont-ils réagir comme tout le monde et passer par les étapes habituelles du deuil déni, négociation (prière), colère, tristesse, acceptation?

On a alors développé un projet avec une structure de conte et de road-movie qui nous permettrait, ainsi qu’aux spectateurs, de réfléchir à la mort à travers le regard de personnages qui leur ressemblent, dont le quotidien diffère du nôtre et qui vivent davantage leurs émotions dans le temps présent, avec plus d’innocence.

Petit à petit, la toponymie du territoire s’est aussi imposée dans l’écriture, avec le pouvoir mythique évocateur de la culture crie et anichinabé, à commencer par le lac Matchi Manitou, non loin de Val-d’Or, le paradis perdu que recherchent Samuel et Émilie. Nous avons également découvert un conte commun à plusieurs Premières Nations, celui d’une visite au pays des morts comprenant les éléments suivants que nous avons transposés dans notre histoire le visiteur entend les morts mais ne peut pas les voir (Émilie rêve que sa mère lui dit de venir la visiter), il y a des cadeaux qu’on apporte aux défunts (Samuel veut apporter un chien miniature en porcelaine à sa mère pour sa collection), la traversée dangereuse d’une rivière (le lac, dans notre histoire). À la fin du conte, le visiteur reçoit en cadeau une semence à rapporter à la maison et à planter, un symbole de renaissance (la pomme de pin).

Nos personnages principaux sont aidés dans leur quête par deux jeunes hommes qui les emmènent en voiture et qui partagent avec eux leur conception de la vie après la mort. Dans le langage algonquin, le mot aurore boréale signifie la danse des âmes ou des morts (Samuel a plus tard une vision où sa mère disparaît dans des météores lumineux). Ils leur parlent aussi du diable qui rôde l’hiver et qui dévore les enfants (le conte du Windigo), un présage potentiellement funeste du personnage de l’ermite – de l’ogre? – qu’ils rencontreront dans les bois.

La jeune comédienne Marine Johnson dans Y'est où le paradis?

Marine Johnson dans Y’est où le paradis? (Axia Films)

Les difficultés particulières de ce tournage étaient de devoir faire avec un budget réduit dans un contexte hivernal. Sur 25 jours de tournage, 15 étaient en extérieurs à des températures de -10 à -25oC. De plus, pour minimiser les coûts d’équipement, nous avions décider avec Philippe Roy, le directeur photo, de tourner le plus possible en lumière naturelle, de sorte que les scènes de nuit devaient être tournées à l’aube ou à la brunante. Conséquemment, l’équipe devait travailler très rapidement et nous devions souvent courir après la lumière pour terminer ces scènes. C’est arrivé, par exemple, alors que nous étions en compagnie d’un loup en haut d’une falaise glacée au milieu de la forêt, et un loup, même professionnel, n’est pas le plus pressé des comédiens…

Les conditions climatiques n’étaient pas toujours de notre côté non plus. Par exemple, la scène où Samuel quitte la maison de sa mère en motoneige pour aller à la recherche de sa soeur a été tournée par une journée où une magnifique tempête de neige s’est levée, tel qu’écrit dans le scénario. Mais la suite de la scène, quand il la trouve, devait être tournée trois semaines plus tard, à 150 km plus au nord, sur un autre lac plus sécuritaire. À notre arrivée sur les lieux, on annonce justement une tempête. Nous commençons à tourner, mais la neige se change en pluie et nous devons interrompre le tournage. Un autre jour, alors qu’une tempête est de nouveau prévue, on se précipite sur le lac gelé, mais c’est le soleil qui se présente. Finalement, à quatre jours de la fin du tournage, une tempête parfaite nous permet de compléter la scène. Tout le monde est content d’avoir pu obtenir les images que nous avions en tête, mais nous avons perdu deux jours de tournage.

Pour ce qui est de la signification de l’arbre-sculpture couvert de cabanes d’oiseau à l’allure de totem que l’on découvre à Matchi Manitou, il représente la nature bienveillante de Mado, la mère de Samuel et Émilie. C’est quelque chose qu’elle a construit de ses mains, une extension artistique de son hobby aviaire datant du temps où elle venait au lac avec leur père, un temps paradisiaque. Le film est un hommage, une ode, à toutes les mères qui ne cessent de se soucier de nous et de nous aimer. Mado est présente dans les plans aériens du film, tel un oiseau qui veille sur ses enfants.

Extrait du dossier de presse

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