Embrasse-moi comme tu m’aimes – Film d’André Forcier

Treizième long métrage réalisé par André Forcier, Embrasse-moi comme tu m’aimes propose l’histoire d’un jeune conscrit tourmenté par deux amours dissemblables. Choisi pour ouvrir la 40e édition du FFM.

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Lien YouTube : http://youtu.be/watch?v=deUX9acyInQ

Treizième long métrage réalisé par André Forcier, Embrasse-moi comme tu m’aimes se situe, comme d’habitude avec les films du cinéaste, dans un univers bien à part, niché entre fable surréaliste, comédie sentimentale et chronique sociale. Un mélange des genres qui n’est pas sans rappeler Les États-Unis d’Albert (en moins farfelu) ou Je me souviens (en plus débridé), entre autres. Et comme toujours, des amis comédiens (Bonnier, Castel, Dupuis, Girard…) ou techniciens (Daniel Jobin à la photo) qui viennent prêter main forte à l’aventure.

Sur fond de Seconde Guerre mondiale, la famille Forcier se retrouve cette fois plongée dams les tourments d’un jeune conscrit qui se retrouve pris en tenaille entre deux amours que tout oppose, celui charnel, fantasmé, de Berthe (qui n’est autre que sa soeur), et celui plus rationnel et attentif de Marguerite, une jeune femme aux bonnes manières… piquée à son meilleur ami.

Chez Forcier, peut-être ici plus qu’ailleurs, l’univers attachant d’une communauté de gens « ordinaires » se révèle dans un regard teinté d’humour et de respect porté sur des personnages plus grands que nature, sur des tranches de vie en apparence banales, mais qui se révèlent toutefois mues de mystère et de poésie. Avec ce treizième film, Forcier n’a rien perdu de sa jeunesse.

Connu sous le titre de travail Bébés fourneau, Embrasse-moi comme tu m’aimes est présenté en ouverture du 40e Festival des films du monde, en première mondiale.

Image officielle du film Embrasse-moi comme tu m'aimes d'André Forcier - Pascale Montpetit (g.), Émi Chicoine et Mylène MacKay de dos, Alexandre Castonguay, Antoine Bertrand, Roy Dupuis (d.) - Repas arrosé sur fond de chicane familiale (Photo : Sébastien Raymond)

Embrasse-moi comme tu m’aimes d’André Forcier – Pascale Montpetit (g.), Émi Chicoine et Mylène Mackay de dos, Alexandre Castonguay, Antoine Bertrand, Roy Dupuis (d.) (Photo : Sébastien Raymond)

Notes du réalisateur

Mon père s’était engagé dans la police de Montréal pour éviter la conscription. Je lui reprochais d’avoir refusé de se battre contre les nazis. Il y avait longtemps que je voulais faire un personnage québécois engagé contre le nazisme, même si ce n’était pas dans la mouvance de l’époque.

Pour rendre l’histoire intéressante, j’ai imaginé le personnage de Berthe, la soeur jumelle de Pierre, infirme de naissance. La mère des jumeaux Sauvageau n’a pas la force de s’occuper de sa fille, lui faire prendre son bain, la border etc. L’amour fraternel de Pierre est nécessaire et assumé par ce dernier. Par contre pour Berthe il s’agit d’un véritable amour pour son frère, un amour incestueux. Pierre est un gentleman, le personnage de Berthe est manipulateur, jaloux et viscéralement amoureux de son frère. Elle prétexte même qu’il l’a rendu infirme avec son cordon ombilical. Pierre refuse les avances de sa soeur et fait tout pour rencontrer l’âme soeur. Cependant, il est incapable d’embrasser une femme car à chaque fois, il est troublé par des visions de sa soeur.

Pierre ne s’engagera pas dans l’armée pour prendre soin de Berthe de qui il est incapable de se séparer et continuera de s’entraîner tous les samedis avec son meilleur ami, Ollier Allard. Il s’énamourera bien malgré lui de la blonde de ce dernier. Marguerite est une véritable pasionaria qui partage les idéaux de Pierre et si elle n’était pas une femme elle serait déjà pilote de spitfire pour combattre les Allemands. Mais ceci était proscrit par l’aviation canadienne à cette époque. Rien n’échappe à Berthe, qui devine l’amour naissant de son frère pour la belle Marguerite.

Pierre est bon pour sa soeur. Il s’achète un pick-up pour l’amener pique-niquer les dimanches. Les jumeaux Sauvageau sont férus d’opéra et particulièrement du grand ténor Raoul Francoeur. Pour Berthe, c’est la seule façon de s’évader de son quotidien. Un dimanche, alors qu’ils pique-niquent et que La Mattinata joue sur un vieux gramophone à manivelle, un homme raffiné les aborde. C’est Elio Morelli, professeur d’Italien de Francoeur. C’est le coup de foudre instantané entre Elio et Berthe au grand soulagement de Pierre qui n’en demeure pas moins heureux pour elle.

Elio et Berthe sont destinés l’un pour l’autre, ils vont se marier avoir un enfant, et Berthe a tout pour être heureuse, mais son amour pour Pierre lui manque catastrophiquement. Je voulais montrer que le côté perfide de Berthe prend de l’ampleur et rend Elio complice de ses manigances. Alors que Pierre s’apprête à s’engager dans l’aviation, il est attaqué sauvagement par des malotrus qui le rendront inapte à partir au front. « C’est odieux ce qu’on peut faire par amour », dira Élio à Pierre.

Selon moi, il y a deux Berthe, celle que nous avons évoquée et celle qui n’est pas infirme. C’est sur cette dernière que Pierre fabule. Cette Berthe a des jambes à n’en plus finir, danse et copule avec lui avec une audace imparable. Marguerite jure qu’elle va assez « l’frencher » que sa soeur va s’étouffer.

Mon intention est de maintenir le mystère de cette histoire jusqu’à la fin. Pierre est écartelé entre son amour pour Marguerite et son amour indicible pour Berthe et le fantasme de Berthe. Comme le supplice de la goutte d’eau, l’apparition récurrente du fantasme de Berthe, transformera-t-elle Pierre en véritable amoureux de sa soeur ? Qui de Berthe ou de Marguerite partira avec Pierre ?

Image officielle du film Embrasse-moi comme tu m'aimes d'André Forcier : Céline Bonnier (g.), Émile Schneider, Juliette Gosselin, Tony Nardi (d.) - D'heureux mariés posent (Photo : Michel Gauthier)

Embrasse-moi comme tu m’aimes d’André Forcier : Céline Bonnier (g.), Émile Schneider, Juliette Gosselin, Tony Nardi (d.) – Photo : Michel Gauthier

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